vendredi 6 janvier 2017

Le cercle

Dave Eggers, Gallimard, 2016, 528 p., 18€ epub avec DRM

 

Violence des échanges en milieu tempéré

Bienvenue au Cercle, un réseau social 4.0. Son crédo : la transparence et votre bien-être. Son crédo "Tout ce qui se produit doit être su".
Un beau gâchis.

Présentation de l'éditeur :

Quand Mae Holland est embauchée par le Cercle, elle n’en revient pas. Installé sur un campus californien, ce fournisseur d’accès Internet relie les mails personnels, les réseaux sociaux, les achats des consommateurs et les transactions bancaires à un système d'exploitation universel, à l’origine d’une nouvelle ère hyper-numérique, prônant la civilité et la transparence.
Alors que la jeune femme parcourt les open-spaces, les immenses cafétérias en verre, les dortoirs confortables pour ceux qui restent travailler le soir, la modernité des lieux et l’intense activité la ravissent. On fait la fête toute la nuit, des musiciens célèbres jouent sur la pelouse, des activités sportives, des clubs et des brunchs sont proposés, et il y a même un aquarium contenant des poissons rares rapportés par le P.-D.G.
Mae n’en croit pas sa chance de travailler pour l’entreprise la plus influente qui soit – même si le campus l’absorbe entièrement, l'éloignant de plus en plus de ses proches, même si elle s’expose aux yeux du monde en participant au dernier projet du Cercle, d’une avancée technologique aussi considérable qu’inquiétante.



Mon ressenti :


Le nom du personnage principale Mae, le lieu une entreprise de technologies numériques. J'ai eu peur de me trouver devant la novélisation de la novela Cookie monster de Vernor Vinge. Quelques pages ont fait disparaitre ma crainte.
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Le cercle, un succédané de Google Facebook et consort. Mae, jeune campagnarde y a décroché une place dans le service relation clientèle, ou plutôt l'"expérience clientèle". Nous découvrons avec elle ce lieu de travail idyllique ou tous les collègues sont sympas, les chefs top cool (L'entretien bienveillant, empreint de communication non violente, fait froid dans le dos) .
Les technologies mises en place sont un brin invasive ? Qu'importe, si vous n'avez rien à vous reprocher, pourquoi le cacher ? Et de convoquer aussitôt la défense des fameux droits de l'homme et des libertés individuelles.
Tout doit être dans le réseau. Si vous ne répondez pas immédiatement, vous devenez un bourreau pour vos amis. Vous oubliez de vous connectez, de commenter un commentaire, de partager votre week end, et voilà qu'on vous regarde avec méfiance.


Tout le monde est toujours bienveillant, on vous prend avec des pincettes pour ne pas vous froisser, fâcher, énerver. Un monde où l'apparence est reine, lisse, propre mais les conséquences sur les individus d'une violence inouïe. C'est bien vu, interroge la gratuité de ces modèles économiques.
Des notes d'humour absurde : l'inflation exponentielle du nombre d'écran, pour être toujours "au courant".

Voilà pour une moitié réussie, puis ça se gâte.

Mae, malgré une vie professionnelle épanouissante, a une vie amoureuse compliquée. Elle n'est qu'une petite femme prise dans la valse des sentiments entre le beau ténébreux mystérieux, le geek à la gachette rapide et le rustre campagnard. Et la voilà butinant chez l'un, chez l'autre.
Je ne résiste pas à la tentation de vous en mettre quelques extraits torrides
Attention, Caliente.Imaginez la musique Sexual Healing de Marvin Gaye et appréciez:


Sa bouche s’ouvrit dans son oreille et il enfonça sa langue. Elle haleta et s’appuya contre lui. Les mains de Kalden caressèrent son ventre, sa taille, et descendirent rapidement vers ses cuisses qu’elles saisirent vigoureusement.
Et ferme les yeux. Imagine ce que je suis en train de te faire.
Sa bouche s’attardait dans son cou, l’embrassait et la léchait, pendant que ses mains s’affairaient avec sa jupe et sa culotte qu’il fit glisser sur ses cuisses, puis par terre. Puis il la souleva et la pénétra aussitôt. « Mae », dit-il encore, les mains sur ses hanches. Elle s’arc-bouta sur lui, l’enfonçant si profondément en elle qu’elle sentit la pointe de son sexe quelque part près de son cœur.
Elle jouit, pantelante, et lui aussi, frissonnant en silence.
elle décrivit de la main gauche des cercles autour de ses tétons, et de la droite poussa sa culotte et imita les mouvements d’une langue, sa langue.
L'énigme du beau ténébreux mystérieux empoisonnera Mae durant les 500 pages, alors qu'il lui suffisait de demander au pauvre lecteur qui il était. Navrant.
Et c'est long, très long. L'auteur ajoute des développements qui n'apportent rien au récit, une course poursuite ridicule et téléphonée...
Pas de réel contrepoint, pas de véritables opposants à cette entreprise. La transparence s'applique à tous les décideurs, sauf ceux du Cercle, et cela ne choque personne.

La fin évite toutefois de nous laisser sur une note affligée.

Les ficelles sont tellement grosse que l'industrie du cinéma n'a pu résister à en faire un film The Circle. Film étrangement plutôt réussi

Vendu au prix de 18 euros, soit 118,07 francs, cela laisse rêveur.
La politique tarifaire du groupe Gallimard en 2017 : le prix de l'ebook plus cher que la version papier grand format ?
Pour les plus riches d'entre vous qui déciderez tout de même d'acheter le livre, Gallimard a mis en place une deuxième sécurité : verrouillage par des DRM.
Mais je pense que je ne vois que le mal : Gallimard à sûrement une très haute estime de notre réseau de bibliothèques médiathèques en France, milite pour une culture libre et pousse par tous les moyens les lecteurs à s'inscrire en masse. Cet altruisme pouvant être mal vu de la part de ses actionnaires, le groupe préfère utiliser divers subterfuges pour le cacher. Désolé donc pour mes sarcasmes et je souhaite à Monsieur Gallimard de continuer sa politique de mise en avant de nos bibliothèques.

Citation : 


Mieux vaut être en bas d’une échelle que tu as envie de gravir qu’au milieu d’une putain d’échelle de merde, non ?


4 commentaires:

  1. Déjà, cela commence mal pour le bouquin : il y a un DRM. Peu de chance que je sois tentée par la version numérique. (en plus il faut s'inscrire, demander les autorisation en 36 exemplaires, passer l'e-book à la moulinette, et nous ne pourron pas le lire sous de multiples supports,.... j'exagère à peine).
    Bref,
    - premier mauvais point : DRM
    - deuxième mauvais point : le prix, là c'est du foutage de gueule. C'est bien simple, je le prends de cette maison comme un énorme doigt et sans vaseline.
    D'ailleurs, il faudrait la boycotter - j'y réfléchi depuis un moment, elle et une ou deux autres
    - 3° mauvais point : ta critique

    Bref, il y a toutes les raisons pour que je fuis ce livre, ce dont je ne vais pas me priver.

    Ensuite, je partage ton sentiment sur la politique d'accès à la culture de Gallimard...

    Super citation au passage.

    Pour conclure, ahhh, si j'étais un peu douée en informatique et décryptage, il y a des petits plaisirs que je m'autoriserais. Dommage que je sois plus proche de l'enclume que de la plume à ce niveau.

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  2. Pourtant, sur le site d'Adobe digital edition, il dise que c'est hyper simple de télécharger des livres avec DRM. Je pense qu'il ont pris comme base de référence des téléchargements depuis des sites dont on ne doit pas prononcer les noms !

    Concernant le boycott, j'avais bien envie de m'inscrire au challenge de AC de Haenne, mais faire de la "pub" pour des DRM ne me tente guère. Dommage. Et comme Yogo, pas envie de quémander des éventuels SP.

    Pas si difficile que cela l'informatique, il y a plein de tutos sur google.

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  3. Bon, ben heureusement que je lis des livres papier moi :-) (ok, je sors...).
    Sinon, j'ai déjà lu un roman de Eggers qui m'a plu et sans vouloir le défendre outre mesure, écrire des scènes de sexe, ben c'est pô facile... Moi je dis que certains pourraient même s'en passer :-)
    On va avoir de plus en plus d'auteurs mainstream qui vont se rendre compte que les réseaux sociaux, l'hyperconnexion, la surveillance tous azimuts etc. sont de très bons sujets de romans et vont donc en écrire, malheureusement comme s'ils venaient d'inventer l'eau chaude... Ça nous promet pas mal de platitudes encensées par les médias traditionnels qui généralement ne connaissent rien à la SF ou même à l'anticipation...

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    1. Le papier garde cette avantage de la liberté, espérons que les DRM ne donne pas des idées aux imprimeurs, style, le livre papier ne s'ouvre qu'après reconnaissance rétinienne de l'acheteur.

      Sur les scènes de sexe, je veux bien te croire. Mais souvent dans les livres de l'imaginaire, elles arrivent comme un cheveu sur la soupe et n'apportent rien à l'intrigue. Donc d'accord avec toi, certains auteurs devraient s'en passer.

      Sur le mainstream, je partage ton opinion.

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