lundi 8 mai 2017

Bifrost n.86 - Richard Matheson : il est une légende

Bifrost, Le Bélial, 2017, 191 p., 6€ epub sans DRM

 Je crois que la Terre est un sujet de test.
D’une manière générale, l’humanité a raté ce test.

Bifrost a désormais 21 ans, sa quatre-vingt sixième livraison s'attaque à la légende Matheson.

Olivier Girard nous parle de l'Appel de l'imaginaire dans son éditorial. J'en avais parlé ici.

Une novella et une (très) courte nouvelle ouvrent ce numéro :

Carnaval, l'Aire Tripartite, de Laurent Genefort :
Un texte qui va faire plaisir aux alienophiles de par son introduction olé olé entre une humaine et un Hodgqin. Aie caramba ! Une novella, rien de moins, se déroulant sur Omale, la grande œuvre de Laurent Gennefort. Pari hasardeux de faire entrer un tel univers dans ce court texte pour que les non connaisseurs de l’œuvre puissent aussi y prendre plaisir. Pour ce faire, l’auteur a décidé d’ancrer son récit durant le Carnaval de l’aire tripartite. L’occasion de découvrir quelques us et coutumes des trois rehs (races) la composant. Nous suivons le procès d’une humaine de la haute société qui a fricoté avec un être d’une autre reh. Des convenances de classe au questionnement sur la justice, ce procès est surtout celui du métissage, du vivre ensemble. Pari pleinement réussi donc.

Journal d’un monstre, de Richard Matheson: très court texte, le premier publié de l'auteur, qui dans une économie de mots parvient à nous immerger pleinement dans son histoire. Glaçant.
L'introduction au texte dit :
"Rares sont les textes qui marquent au point qu’on se souvienne, des années après, des circonstances de leur première lecture.« Journal d’un monstre » est de ceux-là, sans doute aucun"
Pour ma part, j'ai oublié les circonstances de ma découvert de ce texte, mais il est magnifique.


Suit le fameux Cahier critique sur l'actualité du genre SF. Afin de pouvoir prévoir ses futurs achats. Indispensable pour ne pas jeter de l'argent par les fenêtres.
Livraison qui va me permettre de faire quelques économies, rien de bien marquant selon mes goûts, si ce n'est Drone Land, Cérès et Vesta et peut être Luna. Pas non plus de découvrir les magazines du coin des revues (et fanzines)
Paroles de Michelle Charrier, traductrice qui a à son actif quelques romans de Tim Powers, de Robert Charles Wilson, de Mary Gentle, de Glen Duncan ou encore de J.G. Ballard. Rien que ça. Toujours instructif de découvrir des métiers de la chaine du livre. J'ai aimé sa position sur la traduction :
Je ne veux pas qu’on reconnaisse ma « patte » dans mes traductions, mais qu’on y retrouve le style, l’ambiance, la présence des textes d’origine. Ça ne me gêne donc pas de disparaître derrière le texte, au contraire.
En fait, je ne me considère pas comme un auteur, alors que les traducteurs sont légalement des auteurs, en France. Ils en ont le statut officiel, un statut auquel la plupart sont attachés, à cause du côté artistique qu’il implique. Mais s’il y a une part de créativité dans mon travail, je n’ai rien à voir avec l’intrigue, les personnages, je dirais la substantifique moelle des textes que je traduis. Je n’écris pas, c’est aussi simple que ça.


Arrive enfin le dossier Richard Matheson, 70 pages pour faire plus ample connaissance avec Monsieur "Je suis une légende" "L'homme qui rétrécit" ou "La quatrième dimension"
Dossier composé de huit articles, d'un guide de lecture et d'une bibliographie.


Richard Matheson : Généalogie d’une légende. Courte biographie qui donne envie d’en savoir plus, ce qui doit être assez difficile, Gregory Drake concluant son article par ce "grand néant biographique" et l'auteur n'étant pas porté sur la divulgation de sa vie privée.

L’alpha et l’oméga : un abécédaire selon Thierry Di Rollo. Euh en fait non, problème de copier coller de l'édition numérique ! Il s'agit de Ce que je crois, par Richard Matheson. Fantastique, terreur, horreur et épouvante, ce qu'en pense l'auteur. Un optimiste bien pessimiste sur l'homme.

Les textes de Matheson ne vous suffisent pas, l'article Je suis une légende : Un roman et trois adaptations cinématographiques vous dira qu'il ne faut pas compter sur le cinéma pour combler ce manque. Ayant vu les trois films, je ne peux que plussoyer. Cela donne envie tout de même de se replonger là dedans, surtout pour voir ses zombies vampires (The Last Man on Earth), les mutants albinos (The omega man). Texte plein d’anecdotes truculentes sur les aléas des différents adaptations : où j’apprends que
"Charlton Heston militait très activement pour les Droits civiques et qu’il était certainement le premier acteur blanc à embrasser une actrice noire à l’écran, en la charmante personne de Rosalind Cash, sa partenaire dans le film qui nous occupe. : ou que Arnold était pressenti pour jouer Robert Neville"
Thomas Day n'a pas froid aux yeux et a pris ses vacances dans Les maisons du diable : Lecture comparée de Shirley Jackson et Richard Matheson. Pas lu, j’ai l’intention de lire les romans depuis un billet sur le blog d'Un papillon dans la lune. Et comme l'auteur nous indique que l'article spoile...

Réflexions d’un raconteur d’histoires : une conversation avec Richard Matheson. Entretien réalisé en 1980 où Richard Matheson renie certains de ses textes d’horreur et d’épouvante, prône la spiritualité, le mariage et la famille. Qui a dit Réac ? Pas bien de vieillir.
 
Polars sous tension  : brève analyse de trois polars. Pas sur que cela me donne envie de connaitre cette facette de l'auteur  : relations de couples, classes moyennes. Même si cela peut éclairer d'autres de ses romans. A réserver aux inconditionnels.

Gregory Drake a lu pour vous les trois recueils de nouvelles de Matheson et vous en donne un aperçu dans Richard Matheson : la quintessence de la nouvelle
J'aurais plus vu cet article dans le guide de lecture, mais bon, je chipote.

Légendaire : un entretien avec Richard Matheson clôt les articles du dossier. Il y sera surtout question de cinéma et de scénarios.
Au final, un très bon dossier que je ne peux que vous conseiller.


Dans le scientifiction, J.-Sébastien Steyer et Roland Lehoucq se posent une question : La Force s’est-elle vraiment réveillée ? Le septième épisode de Star Wars prend-il des libertés avec la réalité scientifique ? Et bien sans divulgacher, je dirais : autant que les six premiers épisodes.
Ce Bifrost se termine comme habituellement par l'Infodéfonce &Vracanews


Lecture42 donne son avis.

Quelques citations :


— Il n’y a personne pour considérer que j’ai tout perdu dans cette affaire ? Mon statut, mes enfants peut-être ?
— Justement. Tu es devenue l’exemple à ne pas suivre. »
Chirtal était trop estomaquée pour parler.« Comprends ce que je veux dire. Ici, on passe l’essentiel du temps à collectionner les intrigues. Crois-tu qu’aucune de nous n’ait jamais fantasmé sur un Chile ou un Hodgqin ? Qu’elle n’a même rien tenté à l’occasion ? Mais elle se ferait trancher une main plutôt que l’avouer. Tu es coupable d’avoir manqué aux convenances. Or, à Useri, les convenances sont notre meilleure arme, parfois même notre seul rempart.
Carnaval, Laurent Genefort

À deux reprises, j’ai mis le mot « scientifique » entre guillemets. Je l’ai fait parce que je crois que, dans l’état actuel des choses, la science est entravée par un trop grand nombre de préjugés. On ne peut croire à l’impartialité d’une discipline, quelle qu’elle soit, qui se propose d’étudier les phénomènes qui nous entourent mais qui évite délibérément de prendre en considération un pourcentage important de ces phénomènes. Je crois fermement à la méthode scientifique quand c’est une approche de l’observation des phénomènes, et non une catégorisation rigide desdits phénomènes. Si elle n’envisage pas tous les phénomènes, la méthode scientifique est irrecevable.
Ce que je crois, par Richard Matheson


Je crois que ma philosophie de la vie est assez étrange dans la mesure où elle combine une spiritualité positive et un cynisme matérialiste négatif. À mon avis, la nature est toute ordre et somptuosité. Et à mon avis, l’humanité fait tout son possible pour détruire cet ordre et cette somptuosité. Pas au détriment de l’ordre, bien sûr. Seulement de l’humanité.
Je crois que tout a été créé par une force d’amour. Je crois que cette force a instauré un système utilisable. Je crois que l’on peut s’associer à ce système, et que cela entraîne l’harmonie. Je crois que l’on peut mal utiliser ce système, et que cela entraîne un déséquilibre. La beauté existe dans le monde. Nous en sommes environnés. Il existe sur cette terre des peuples magnifiques. Magnifiques en ce sens qu’ils respectent et alimentent le système. Pourtant, à mon avis, la plupart du temps le système est dégradé. Résultat : nous menons une vie extrêmement violente, cruelle, avide et autodestructrice.
Je crois que, périodiquement au cours de l’Histoire, ce type de vie a détruit des civilisations très importantes. Il est tout à fait possible que le monde ait souvent traversé de telles périodes de bouleversement. Je crois que la Terre est un sujet de test. D’une manière générale, l’humanité a raté ce test.
Ce que je crois, par Richard Matheson


2 commentaires:

  1. Dommage que tu ais sauté le dossier de Thomas Day, c'était, selon moi, la partie la plus savoureuse du dossier. Je n'ai pas eu peur du spoil et j'ai récupéré dans la foulée les deux bouquins concernés !

    Jolie retour sur ce numéro, exhaustif. Merci pour le lien !

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    1. Merci et de rien.

      Je garde le meilleur pour la fin, tout en faisant durer le plaisir...

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