Cérès et Vesta

Greg Egan, Le Bélial, 2017, 120 p., 4€ epub sans DRM


Une approche clinique de thématiques humanistes

Présentation de l'éditeur : 


Cérès d’un côté, Vesta de l’autre. Deux astéroïdes colonisés par l’homme, deux mondes clos interdépendants qui échangent ce dont l’autre est dépourvu — glace contre roche. Jusqu’à ce que sur Vesta, l’idée d’un apartheid ciblé se répande, relayée par la classe politique. La résistance s’organise afin de défendre les Sivadier, cible d’un ostracisme croissant, mais la situation n’est bientôt plus tenable : les Sivadier fuient Vesta comme ils peuvent et se réfugient sur Cérès. Or les dirigeants de Vesta voient d’un très mauvais œil cet accueil réservé par l’astéroïde voisin à ceux qu’ils considèrent, au mieux, comme des traîtres… Et Vesta de placer alors Cérès face à un choix impossible, une horreur cornélienne qu’il faudra pourtant bien assumer…


Mon ressenti :


Greg Egan est un fantôme dont un des loisirs est de jouer au football quantique et un autre de pondre des textes de Hard-SF. Dans Cérès et Vesta, il a pensé aux pauvres lecteurs allergiques à ce genre et a évité de mettre des théories scientifiques dont même les noms vous filent des maux de tête. Merci Greg.


Sur des thématiques qui m'interpellent, stigmatisation, racisme, immigration, implication personnelle, militantisme et engagement, j'ai pourtant pris mon temps avant de me décider à lire cette novella. Première raison : l'auteur est réputé écrire ses romans comme des formules mathématiques, pas de fioritures ! Deuxième raison : mon flair ! Alors, qu'en est-il ?

Au final, nous avons un très bon univers cohérent qui nous plonge dans ce futur éloigné. Chaque objet de ce futur nous fait vivre pleinement le quotidien, la vie sur Cérès et Vesta nous semble plausible et les images sortent des mots de l'auteur. La narration est entrecoupée de flashbacks réguliers de la vie sur Vesta. Nous suivons deux femmes, deux hommes pris dans le maelstrom de la vie et de ses inévitables choix. Autant l'immersion dans ce futur galactique est réussie, autant je n'ai jamais eu d'empathie avec les différents protagonistes. Sur des questions humanistes, cela m'a posé problème. L'auteur a voulu je pense éviter une approche sentimentale des sujets abordés, cela aurait pu donner un point de vue intéressant de notre actualité, mais le résultat n'a pas été convaincant pour moi.
Bifrost n.88
Greg Egan s'est laissé illustrer de dos
et à contre jour sur la couverture,
sauras tu le reconnaitre ?
Assez binaire dans sa réflexion (une volonté de l'auteur encore ?), cette novella reste à mon sens trop caricaturale sans être manichéenne, il y manque clairement tout le volet diplomatique et politique qui aurait pu l'ancrer dans le réel. (Sur le fameux dilemme,  comment une directrice de spatiosport peut prendre seule une telle décision sans en référer au plus haut niveau ?)

Un texte politique, engagé, soulevant de nombreuses questions et réflexions, mais qui aurait gagné à une meilleure humanité des personnages et à un récit plus long pour éviter un effet légèrement caricatural des problématiques.

Pour info, le prochain numéro de Bifrost à paraitre en octobre sera consacré à cet auteur dont je n'ai
lu que des textes courts.

Apophis a trouvé le texte pertinent, les trolls sont mitigés, les makis sont conquis, les lutins veulent de la nuance, Lecture 42 est convaincu, Lorhkan aurait aimé plus d'incarnations,  Vert a été touché, Xapur n'en veut pas plus.
Des avis assez disparates, il ne vous reste plus qu'à le lire pour vous faire votre avis.




 


6 commentaires:

  1. Je suis totalement d'accord avec toi. EN lisant ton ressenti, j'avais l'impression que tu écrivais ce que j'en pensais.
    C'est dommage effectivement car il y a du très bon, pas de formules mathématiques, de la cohérence et un message. Mais pas assez finalement.

    'adore la façon dont tu présentes les liens. Génial, je ris à chaque fois.

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    1. Oui nous avons, malheureusement, eu le même ressenti. De bonnes idées, ou intentions, ne font pas, toujours voir rarement, un bon livre. Les idées oui, mais ne jamais oublié le roman.

      Ma présentation des liens va devenir ma marque de fabrique comme vous aimez. Cela demande par contre un peu de temps, il faut relire toutes les chroniques...

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  2. "Greg Egan est un fantôme dont un des loisirs est de jouer au football quantique et un autre de pondre des textes de Hard-SF. Dans Cérès et Vesta, il a pensé aux pauvres lecteurs allergiques à ce genre et a évité de mettre des théories scientifiques dont même les noms vous filent des maux de tête. Merci Greg."

    Très drôle !

    C'est vrai que son récit est froid, pour la directrice du spatioport j'avais cru comprendre que c'était elle le dernier maillon de la hiérarchie, mais j'ai peut-être mal compris.

    Pour ma part je suis curieux de lire le prochain numéro de Bifrost et peut-être tenter l'auteur dans un format plus long et plus douloureux ? ^^

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    1. Merci.

      Pour la directrice, même si elle est le dernier maillon de sa hiérarchie, j'imagine qu'il y a un pouvoir politique au dessus, de là mon étonnement.
      Impatient aussi de lire ce futur dossier. Si l'équipe de Bifrost réussi à nous faire lire un roman de l'auteur, ils auront réussi leur pari.

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  3. C'est le problème de la novella, trop court pour développer entièrement les thèmes qu'on aimerait voir approfondis. Mais dans le même temps, ca évite les longueurs et les digressions en tout genre. Et là Egan s'en sort bien. POur une fois que je comprends un de ses bouquins...

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    1. Je dois avoir du mal avec les novellas, tous les heures lumière que j'ai lu ne m'ont pas fait un grand effet.
      Mais je suis comme toi, cela fait du bien de se dire que l'on a lu et compris un Egan !

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