Le grand n'importe quoi

 

J. M. Erre, Buchet Chastel, 2016, 304 p., 14€ epub sans DRM


Marre de la SF sérieuse ?
Marre de tous ces livres qu'il faut avoir impérativement lus ?
Marre qu'on vous rabâche avec les Grands Auteurs de la SF ?
Marre de cette Culture SF avec un grand C ?
Alors tentez le grand n'importe quoi,
La culture dite populaire n'a pas dit son dernier bon mot !


Présentation de l'éditeur :


Samedi 7 juin 2042. 20 h 42. Durant cette minute qui n’en finit jamais, de nombreux personnages vont se croiser dans les rues d’un petit village après l’apparition d’une soucoupe volante et la tentative d’enlèvement d’un villageois par des extraterrestres. Parmi eux, on suivra notamment le destin d’Arthur, un réfugié monégasque qui n’aurait jamais dû se rendre à une soirée costumée pleine de culturistes ; de Lucas, un romancier en panne d’inspiration qui n’aurait jamais dû ouvrir sa porte à Marilyn Monroe ; du Grand Joël, auteur de L’Incroyable Révélation, un modeste essai qui apporte une réponse définitive aux plus grands mystères de l’univers ; d’Angelina, maire du village et conceptrice d’une technique imparable pour échapper aux angoisses existentielles ; et de J-Bob et Francis, les philosophes du bar local, qui commentent l’action avec l’ampleur lyrique d’un chœur antique (ou presque).

Mon ressenti :


Le 7 juin 2042 à 20h42 à Gourdiflot le Bombé, Spiderman se prend une raclée par Tarzan à cause de Françoise, tandis qu'Alain Delon décide de réussir au moins une chose dans la vie, son suicide ! Marylin Monroe se fait abuser par un auteur de SF pendant que les martiens débarquent dans leur soucoupe délabrée. Le dernier bistrot avant la fin du monde termine sa journée en compagnie des piliers de bar alors que la majorité du peuple mange devant le Pas très normal show sur C8 en compagnie d'un animateur crétin. Mais l'histoire est un éternel recommencement.
Voici le pitch improbable mais hautement jouissif de ce grand n'importe quoi.

Boucles spatio-temporelles, physique quantique, enlèvement par des aliens, anticipation sociale, voici les principaux concepts dont il sera question ici, mais à la sauce absurde. L'auteur joue avec les codes de la SF, se permet des mises en abyme, et mêmes quelques pics envers nos modes de vie contemporains. Bourré de références et de clin d'oeil à la culture populaire générale ou SF, truffé de bon mot ou de jeu de mots, ce roman est bon pour les zygomatiques. Ça se lit d'une traite, cela s'oublie sûrement tout aussi vite, mais le moment passé est agréable. Bref, si vous avez envie de savourer un petit divertissement sans prise de tête, Le grand n'importe quoi fera l'affaire. Et puis un auteur qui cite Le péril bleu de Maurice Renard doit être pris plus au sérieux que ces quelques lignes ne le laissent présager.
Seul ombre au tableau, le prix : 14€ l'ebook pour 300 pages en gros caractères, c'est abusif, voir pousse au crime. Résultat, il est facilement trouvable sur internet...

En 2014, il avait remporté le Groprix de littérature grolandaise, pour La fin du monde a du retard. Depuis, il a rejoint l'équipe des auteurs de Groland.

C'est absurde, c'est loufoque ou c'est grotesque, voire les trois à la fois par moment, mais ça fonctionne et c'est marrant, dixit Baroona grâce à qui j'ai découvert ce roman. Lune enfonce le chou clou: "ce récit est jouissif. L'auteur a l'art de la formule, du dialogue qui percute et se fait plaisir. Son récit est vraiment drôle et bourré de références."

Challenge S4F3

Quelques citations :


En sus d’être sensas, Patrick passait ses week-ends dans un petit village, rapport à la vie saine de la campagne où l’on peut prendre ses stéroïdes avec des courgettes bio. Bilan : deux heures de route depuis Bastille pour rejoindre la soirée d’anniversaire de Monsieur Muscle au milieu de nulle part. Mieux qu’une soirée d’anniversaire : une soirée d’anniversaire costumée. Car Patrick faisait partie de ces trentenaires espiègles qui ont eu le bon goût de garder leur âme d’enfant.

Arthur posa sa main sur la surface noire, appuya, et ce qui se passa alors était tellement incroyable qu’il serait cruel de continuer à allonger cette phrase par des procédés stylistiques douteux dans le seul but d’amplifier artificiellement le suspense et d’imposer au lecteur une attente qui pourrait à terme générer chez lui une irritation compréhensible mais nuisible à cette histoire, donc enchaînons. Le monolithe bougea sur sa base et vacilla. Claire poussa un cri, Arthur venait-il d’hériter d’une force surhumaine ? Le monolithe bascula et s’écrasa au sol à la consternation générale.


Ensemble, ils avaient parcouru l'espace infini d'un bout à l'autre, car ils se riaient des paradoxes. Ensemble, ils avaient dépassé maintes fois la vitesse de la lumière, car ils se gaussaient des théories relativistes de physiciens allemands hirsutes. Ensemble, ils s'étaient beaucoup tripotés, car derrière les uniformes sévères de militaires aguerris battaient deux cœurs sensibles de pieuvres de l'espace.


Aux premiers âges du monde, l’homme était un enfant vivant dans un univers empreint de magie, peuplé de fées, de sorcières et de divinités multiples. Puis l’espèce humaine évolua, grandit, mûrit, et vint le temps des religions structurantes qui permirent aux sociétés de se stabiliser. Les Autres quittèrent la terre ferme pour s’installer dans le ciel. Enfin, l’évolution de l’esprit humain continua et Dieu mourut, remplacé par la science. À la fin du XIXe siècle, alors que Nietzsche annonce que « Dieu est mort », H. G. Wells écrit La Guerre des mondes. Dieu s’en va et les extraterrestres arrivent. Les aliens ne sont rien de plus que les Autres de l’ère scientifique. Un Autre remplace un Autre et l’invisible demeure.

Arthur et Lucas levèrent les yeux vers les étoiles. Ils vivaient un de ces moments de communion virile où deux hommes fraternisent sur le dos de l’incompréhension fondamentale avec l’autre sexe. Depuis le temps qu’elles assistaient à ce genre de scènes, les étoiles devaient en avoir ras la comète, mais elles avaient la décence de garder de la hauteur.


Ah, la zone 51, je maîtrise ! lança Francis en brandissant une bouteille de pastis.
– Il est vrai que ce n’est jamais facile de se poser des questions. D’ailleurs, certaines personnes boivent pour éviter de regarder la réalité en face.
– Je te vois venir, mais moi, je ne bois pas pour ça !
– Non ? Pourquoi alors ?
– C’est simple. Parce que boire, c’est bon.

13 commentaires:

  1. Ravi que tu aies apprécié ! Pas sûr effectivement que cela reste frais dans nos esprits, ça s'étiole déjà dans le mien, mais c'est un bon moment à passer.
    Pas trop gêné par le name-dropping ? =P

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    1. Comme quoi tu es de bon conseil... Qui l'eut cru ?
      Oui, la trame sera vite oubliée, mais nous nous souviendrons du bon moment au besoin. Je pense continuer ma découverte de l'auteur avec La fin du monde a du retard.
      Malheureusement, le name dropping ne m'a pas gêné, je n'ai pu donc me la péter en utilisant des termes anglo-saxons dans mon billet. Mais je me rattraperai sur un autre billet, sois en certain

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    2. Surement l'exception qui confirme la règle.
      Je n'ai pas trouvé l'équivalent québécois malheureusement, même si cela doit certainement tourner autour d'un "lâcher de noms". ^^

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    3. Pas très joli non plus le "lâcher de noms", nos amis québécois nous ont habitué a mieux.
      Ceci dit, j'ai réussi à placer Big Dumb Object dans une de mes prochaines critiques !

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  2. J'ai peur que ce soit trop déjanté pour moi.

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    1. Ce n'est pas vraiment déjanté, nous sommes plus dans le loufoque, le théâtre de boulevard.

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  3. Je crains que ce soit un peu too much ce grand n'importe quoi, du moins me connaissant! Je suis heureuse que tu te soit bien marré.

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  4. Ce n'est pas d'une lecture impérative, surtout pour toi. Mais en cas de panne de lecture, c'est un livre qui pourrait te plaire je pense. Comme il y a plein de références, cela nous fait revivre certaines aventures de nos précédentes lectures

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  5. Voilà qui à l'air original ! et quel titre irrésistible ^^

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    1. Çà l'est. Léger et distrayant, à profiter sans modérations.

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    2. Et désolé pour le retard dans ma réponse, ton commentaire ne m'a pas été signalé par blogger, ou a été noyé dans la foule immense des commentateurs-trisses en furie de mon blog !

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  6. Ce n’est pas mon genre de lecture mais ça a l’air complètement barré!

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    1. Pas trop barré, mais pas trop sérieux non plus ;p

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