Le vieil homme et la guerre

John Scalzi, L'atalante, 2007, 384 p., 10€ sans DRM


Premier roman de science-fiction militaire que je lis (Je ne savais même pas que ce genre existait !) (Pour les connaisseurs des genres : est-ce que la science-fiction anarcho-soiffard existe ?).
Alors moi, qui suis plus objection de conscience que militaire, je n’en menais pas large.
Est-ce que l’armée allait venir me tirer par la peau du cul pour me forcer à servir mon pays ?

Trêve de plaisanterie, mais nous ne sommes pas si loin du pitch : Un vieil anti-militariste décide de s’engager dans les Forces de défense coloniale qui protègent l’humanité contre une bande d’affreux extra-terrestres. Comment pousser un vieil homme à s’engager et à cracher sur ses principes ? L’armée a trouvé la parade ultime : promettre une seconde jeunesse aux futurs trouffions. Mais comme de bien entendu, lorsque l’on vous promet la lune, c’est qu’il y a anguille sous roche…

Vu le bonus lié à son engagement, les Forces de défense coloniale ne manquent pas de chair à canon. Alors, autant s’en servir allègrement et de ne pas s’encombrer des questions de traité de paix, de respect de la vie et des différences, et de tout ce verbiage d’intellos incapable de défendre la terre. C’est eux qui crèvent ou nous ! Et pour ne pas gâcher, il serait bête de ne pas utiliser les gens qui sont morts avant d’honorer leur contrat d’engagement (Concept de développement durable dans l’armée).
Mais certains bidasses se posent quelques questions à force. Est-ce qu’une nouvelle jeunesse vaut de fermer les yeux sur tous les massacres ? Est-ce que la protection de l’humanité vaut de ne pas se soucier de certaines questions éthiques ?

J’ai beaucoup apprécié les pages jusqu’aux classes, en particulier la brochure "Le nouveau vous-même", où on découvre les personnages, leur vie d’avant et pourquoi ils ont décidé de s’engager. Un peu moins celles sur les Bing Bang Boum, mais elles ont un intérêt dans la trame.
La phrase d’introduction "J’ai fait deux choses le jour de mes soixante-quinze ans : je suis allé sur la tombe de ma femme. Puis je me suis engagé." est un modèle de mise en bouche, bien qu’elle soit un peu fausse.
Une dose d’humour, pas trop d’explications scientifiques et l’envie de lire la suite Les Brigades fantômes (pour les réticents aux séries, le roman peut se lire de manière indépendante).
En lisant quelques critiques, nombreux sont ceux à avoir fait le parallèle avec La Guerre éternelle de Joe Haldeman, roman que j’ai donc envie de lire. Certains diront que John Scalzi ne réinvente rien, ne révolutionne pas le genre, mais ne connaissant pas ses devanciers littéraires, j’ai passé un agréable moment de lecture, ce qui, à mon humble avis, est le plus important.

Mon côté un peu anar me fait donc la gueule d’avoir lu de la SF militaire, mais Le vieil homme est la guerre n’est pas un roman pro-militariste et pose de bonnes questions.
Et pour finir en beauté, une version électronique sans DRM, malgré un prix assez élevé pour un livre de 2007, mais l'édition poche arrive bientôt...


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"Si la paix et non pas son ego avait été le principal souci de Bender, il aurait fait ce que je fais et ce que tu devrais faire toi aussi, Perry. Exécuter les ordres. Rester en vie. Franchir son temps de service dans l’infanterie. S’inscrire à la formation des officiers et monter en grade. Intégrer ceux qui donnent les ordres, et non plus ceux qui se contentent de les suivre. C’est de cette façon que nous ferons la paix quand nous le pourrons. Voilà pourquoi j’arrive à vivre « en suivant uniquement les ordres ». Parce que je sais qu’un jour, ces ordres-là, je vais les modifier."

"On n’a aucun sens des conséquences. Je me contente de ramasser un être vivant et pensant et de le faire dinguer contre un bâtiment. Faire ça ne me tracasse pas du tout. C’est le fait que ça ne me tracasse pas qui me tracasse. Nos actes devraient avoir des conséquences. Il faut au moins prendre conscience des atrocités que nous commettons, déterminer si nous les commettons pour de bonnes raisons ou pas. Je n’éprouve aucune horreur de mes actes. Et ça me terrorise. Ce que ça signifie me terrorise. J’écrase tous les habitants de cette ville sous mes pieds comme un monstre. Et je commence de penser que c’est précisément ce que je suis. Ce que je suis devenu. Je suis un monstre. Tu es un monstre. Nous sommes tous des putains de monstres inhumains, et nous ne voyons aucun mal à ça."


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