lundi 17 octobre 2016

La lune n'est pas pour nous

Johan Heliot, Mnémos, 2004, 320 p., 8€ epub sans DRM

 

Second volet de la trilogie de la lune, on reprend les mêmes ingrédients qui ont fait l'originalité de La lune seule le sait pour les cuisiner dans les années trente. Résultat : un bon plat qui manque toutefois d'assaisonnements.

Présentation :

Nous sommes 50 ans après la création d'une société égalitariste sur la lune. Mais en Allemagne, un petit homme brun et moustachu aux rêves de grandeur ne goûte que très peu à cette utopie visible de tous.

Mon ressenti :

Dans cette uchronie, Johan Heliot joue sur le fait que l'Allemagne a gagné la guerre et en déroule les conséquences. Il y a de l'originalité : la dette de guerre, l'antisémitisme remplacé par l'antisélinisme, les avancées scientifiques, la collaboration artistique.... Les personnages des années 30-40 sont présents qu'ils soient fictifs ou réels : Léo Malet, Léon Blum, Albert Londres, Goebbels, Hitler et bien d'autres.
Nous croisons aussi deux personnages du premier tome, le commissaire Jaume ainsi que le journaliste Isidore.

Couverture de l'édition de 2004
Elle illustre parfaitement
l'univers de ce volume

L'auteur s'amuse à réécrire l'histoire, le lecteur se prend au jeu et tente de trouver toutes les références. Parfois cela fonctionne moins, comme l'hommage à un roman de Philip K. Dick qui arrive comme un cheveu sur la soupe sans apporter de l’intérêt au récit.
L'exercice littéraire pour qu'il soit complètement réussi doit aussi penser à une intrigue et à son déroulé. Et c'est là que le bât blesse : des manques de rythme et des péripéties aux conclusions toujours heureuses.
Les sélénites, habitants de la lune, et les Ishkiss sont ici beaucoup moins présents, l'histoire se focalisant plus sur l'Allemagne et la France.

Du bon et du moins bon, un auteur aux idées engagées et au final, on se prend au jeu littéraire. Donc va pour la suite en pleine chasse aux sorcières...




La critique La critique

Quelques citations :


Nous sommes là, heureux et prospères, comme un reproche perpétuel exposé à la vue de tous. Que crois-tu qu’ils voient, quand ils lèvent le nez au ciel ? Un exemple à suivre, un modèle de raison et de fraternité ? Non, rien de tout ça ; plutôt un parfait bouc-émissaire. Il ne suffit pas de ne rien faire, de se détourner de la marche du monde et de suivre sa propre voie à l’écart des querelles meurtrières pour apaiser la rancœur de ceux qui ont souffert. Nous aurions dû mourir pour les idées des autres, nous aussi.
Un temps, puis le symbiote demande :
Tu veux dire que la faute que nous aurions commise, c’est de ne pas avoir eu notre part de malheur pendant qu’ils s’entre-tuaient ?
Je vois que tu commences à comprendre la psychologie des masses humaines, se moque gentiment Isidore. Les foules sont les plus rancunières, car alors l’intelligence de l’individu se dissout dans la pulsion de haine du groupe. Or, des millions de regards sont braqués chaque nuit sur la Lune…


Le boulot a ceci d’honorable qu’il n’est contraignant pour personne dans le coin, exception faite des séances de récolte. Chacun est à tour de rôle chef et exécutant, manœuvre et superviseur, si bien qu’on n’a pas le temps de prendre la grosse tête et de se laisser griser par l’exercice de l’autorité. La perversion de la hiérarchie a été abolie autant que possible. Une version douce de l’anarchie, en quelque sorte…

Le Führer a disparu dans son bunker, où personne n’ose le déranger. Vous connaissez son exécrable caractère quand la situation ne tourne pas à son avantage ! Il va certainement bouder un jour ou deux, passer sa colère sur ce qui lui tombe sous la main, et il réapparaîtra une fois qu’il aura tout démoli. 

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