vendredi 14 octobre 2016

La lune seule le sait

Johan Heliot, Mnémos, 2000, 288 p., 8€ epub sans DRM

 

Une uchronie steampunk française, hommage aux romans scientifiques et aux idées socialistes de la fin du 19ème siècle.
Un exercice littéraire réussi pour un roman d'aventure aux odeurs de naphtaline.

Présentation de l'éditeur :

Printemps 1889. Un vaisseau hybride de chair et de métal fait irruption dans le ciel de Paris, stupéfiant la foule venue célébrer la clôture de l'Exposition universelle. L'humanité entre en contact avec les extraterrestres Ishkiss et découvre une technologie qui surpasse ses rêves les plus fous.
Dix ans plus tard, l'Europe s'est transformée grâce à l'alliance rendue possible entre la vie et le métal. Pourtant, la révolte gronde, menée par les artistes et les écrivains exilés en Amérique. La science fabuleuse apportée par les créatures d'outre-espace est devenue un instrument d'oppression entre les mains de l'Empereur français. Les droits des peuples sont bafoués, les opposants déportés grâce à la nef ishkiss vers le nouveau bagne que Louis Napoléon vient d'inaugurer dans les entrailles de la Lune.
Quels sont les véritables desseins des alliés du maître de l'Empire ? La réponse offre la clé de l'éternité. Un seul homme sur Terre est peut-être capable de l'entrevoir : celui dont les rêves à présent dépassés ont à longueur de pages fasciné ses semblables...


Mon ressenti :

Au résumé de l'éditeur, je préfère celui d'Étienne Barillier dans sa préface :
"Victor Hugo envoie Jules Verne sur la Lune pour sauver Louise Michel prisonnière des geôles sélénites."
"Ceci est l’histoire d’une poignée d’hommes – et de femmes ! – qui ont lutté pour soumettre le principe de réalité à leur volonté. Et qui ont réussi. L’histoire de rêveurs éveillés, de fous, d’utopistes, sans qui l’univers ne serait pas l’endroit merveilleux qu’il peut être parfois."

La cause du peuple.
Johann Heliott sort du grenier les figures titulaires, de gauche ou d’extrême-gauche de préférence, tant littéraires que politiques de la fin du 19ème afin de confronter leurs idées au principe de réalité. Au lieu d'un roman crépusculaire sur la fin des idéaux socialistes, son uchronie nous montre l'idéal révolutionnaire et la résistance face au totalitarisme, ici celui de Louis Napoléon. Ou dit autrement, comment la littérature peut changer le monde.
L'exercice est parfaitement exécuté, référencé. Les connaisseurs de l’œuvre de Jules Vernes, Victor Hugo ou Louise Michel pourront apprécier pleinement.

Pour ceux qui ont préféré faire du baby-foot plutôt que d’assister à leurs cours de français et d'histoire, il restera un roman d'aventure et scientifique. Cependant, le style est un peu trop copié sur celui de l'époque. Autant dire que la narration n'est pas au goût du jour, la véracité scientifique aux oubliettes et les péripéties un peu trop exagérées.
Reste le cadre steampunk dans un Paris totalitaire. L'originalité étant à mon sens dans le mélange de bio-ingénierie rétro-futuriste qui m'a parfois fait penser aux inventions monstrueuses de China Mieville dans Perdido Street Nation.
Et tenter d'installer une utopie égalitaire sur la lune en compagnie de Louise Michel vaut bien quelques bémols.
Pour un premier roman publié, pas si mal.

Reste à lire La Lune n'est pas pour nous se déroulant dans les années trente avec comme personnage l'ascension d'un petit homme brun et moustachu aux rêves de grandeur...



La critique La critique

Quelques citations :


Parfaits, estima Jules, ils sont parfaits : zélés, disciplinés, incapables de résister à une injonction. Des gendarmes, en un mot.

— Dites, Monsieur Verne… Y a-t-il réellement une chance pour que le monde change ? Isidore m’a parlé des idées de vos amis. Ça paraît presque trop beau.
Jules ne sut pas quoi répondre. Il avait imaginé de nombreux mondes, sans jamais s’intéresser à leur potentiel d’existence. Les thèses utopistes lui étaient toujours apparues comme d’autres rêves littéraires un peu fous. Babiroussa les considérait d’ailleurs comme les réalités de demain. Mais lui, le bourlingueur, le solitaire, s’était-il jamais préoccupé sérieusement de la manière dont les hommes pouvaient vivre ensemble ? Il avait fallu qu’un gamin lui pose une telle question pour qu’il commence à y songer.

À bout de force, incapable de résister au ballottement des flots, il ne savait pas dans quelle direction nager. Mourir pour la cause ne le consolait pas vraiment. Comme tout en chacun, il aurait préféré mourir pour rien, mais vieux et bien au chaud, au fond de son lit. On ne choisit pas ces choses-là, philosopha-t-il, au moment de sombrer.

Pacifisme et révolution ne faisaient hélas pas bon ménage, et ne le feraient sans doute jamais. Soit on refusait de prendre les armes, acceptant de se soumettre, toujours écrasé sous la botte de l’ennemi, soit on faisait taire ses scrupules et on n’hésitait pas à tuer. Voilà à quoi se réduisait pour lors la dialectique des révolutionnaires.

3 commentaires:

  1. Tiens cela pourrait être une bonne surprise!
    Merci pour cette critique

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  2. Pour un premier roman, c'est original, inventif, référencé et engagé. Après, quelques erreurs de jeunesse... Mais ne faisons pas la fine bouche.

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  3. Oui, avec les premier roman faut être un peu cool! Surtout s'il y a de l'originalité et de la créativité.

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