Bifrost n.85 - Thierry Di Rollo : no future ?

Bifrost, Le Bélial, 2017, 192 p., 6€ epub sans DRM


"Un animal est toujours à sa place, dans la nature. L’homme, j’en doute souvent."
Thierry Di Rollo

Une opinion que je partage, de quoi se jeter avidement sur ce dernier numéro bifrostien, en passe de devenir "La revue INTERNATIONALE des mondes de l'imaginaire". Ça commence à sentir le sapin toutes ses louanges sur Bifrost ses derniers temps !

Quatre nouvelles ouvrent ce numéro :

Ligne de marée, de Elizabeth Bear : Un robot militaire doté d'une IA fait la rencontre d'un enfant sur une plage déserte. Le rapport Homme-machine y est interrogée, ainsi que la thématique de la mémoire et de la transmission. Profondément humain, un texte récompensé en 2008 par les prix Théodore Sturgeon et Hugo, ce qui n'est que justice.
Le texte de présentation s'interroge sur l'absence de publication de l'auteur dans nos contrées françaises, des "anomalies éditoriales particulièrement surprenantes". Qu'est ce que vous attendez au Bélial, que je vous botte l'arrière train ?


Proscenium, de Thierry Di Rollo
En dépit des apparences, de Eric Brown. L'équipage hétéroclite du vaisseau Loin de chez soi doit convoyer un Dénébien sur une planète. Une friandise pulpée, mineure mais pas mauvaise, où il sera question de religion et de relation homme-machine, une IA dans le cas présent. Un avant goût pour un futur recueil à paraitre au Bélial.

Le Fardeau, de Ken Liu. Il y sera question de xénoarchéologie. Une interrogation - drôle - sur l'interprétation et le rôle de l'archéologie.

Proscenium, de Thierry Di Rollo. Comment survivre à une catastrophe, à l'absence ? Difficile d'en dire plus s'en en déflorer l'intrigue. Un texte dans la veine populaire sur des questionnements profonds. Il manque les informations éditoriales sur ce texte. Inédit ? Une nouvelle inédite
. Corrigé d'après le commentaire de Pierre-Paul Durastanti :
"Il n'y a jamais (ou presque) d'information éditoriale sur les textes francophones dans Bifrost car ils sont toujours (ou presque) inédits. De plus, le texte de l'auteur francophone auquel on consacre un dossier est écrit spécifiquement pour ledit dossier."


Suit le fameux Cahier critique sur l'actualité du genre SF. Afin de pouvoir prévoir ses futurs achats. Indispensable pour ne pas jeter de l'argent par les fenêtres.
J'y ai repéré quelques envies : Le diptyque Chaos de Clément Bouhélier en divertissement type blockbuster, London overground de Iain Sinclair, L'espace d'un an de Becky Chambers, Les sorcières de la République de Chloé Delaume, Au-delà du gouffre de Peter Watts, Merfer de China Mieville, les trilogies d'Alastair Reynolds et de Liu Cixin lorsqu'elles seront terminées

Concernant les romans déjà lus, quelques accords : L'affaire Jésus, Ada, L'inclinaison (à venir);
et quelques désaccords : Jardin d'hiver, Afterparty, Water knife
Livraison qui se termine par Le coin des revues (et fanzines), par un Thomas Day en très grande forme.


La rubrique Paroles de est doublée sur cette livraison pour mon plus grand bonheur. Un Parole d'éditeur avec Mireille Rivalland de L’Atalante, suivi par un Parole de dessinateur en la personne de Nicolas Fructus.
Cette rubrique assez récente est devenue ma préférée car elle donne une vision des coulisses de nos lectures. Je la trouve toujours trop brève, preuve de mon intérêt.

"Une œuvre sans équivalent aucun, d’une radicalité brute et sèche, traumatisante, oui, bouleversante, assurément, dont les racines plongent profond, entre Pierre Pelot et Philip K. Dick, dans le noir terreau de l’âme humaine. « Chez Di Rollo, il n’y a aucune compromission, aucun espoir, aucun rachat », affirmait Frédérique Roussel dans Libération. En revanche, il y a l’humanité, la sensibilité, l’absolue tristesse de la condition humaine nourrie d’éclats de sève fulgurants, et une écriture, bon sang, à l’os, dure comme l’acier trempé, mordante comme le cuir d’un fouet huilé."
Présentation du dossier

Suit donc le dossier Thierry Di Rollo s'ouvrant sur Humains malgré tout : Thierry Di Rollo et son œuvre par Philippe Boulier qui dresse les contours des textes de l'auteur. Pour un non connaisseur comme moi, une utile mise en bouche.
On continue sur deux articles : L’alpha et l’oméga : un abécédaire selon Thierry Di Rollo; et Thierry Di Rollo, Olivier Girard, d’auteur à éditeur : une conversation.
Un dossier en trois articles, cela parait à première vue assez court, mais une impression qui s'efface très rapidement dès les premières lignes de lecture. L'auteur s'y livre de manière sensible, sans fausse pudeur. Il n'oublie de signaler ses qualités et ses défauts, du moins ceux qu'il considère comme tel. Pas de voyeurisme cependant, pas de Le choc des photos, le poids des mots. Thierry Di Rollo se garde un jardin privé mais nous révèle ceux qui peut l'être, pour comprendre l'homme et l'oeuvre. La conversation auteur / éditeur montre en creux la relation entre les deux entités, avec ses hauts et ses bas. Merci à l'auteur d'avoir pleinement jouer le jeu.

En tant qu'auteur, j'ai trouvé l'exercice de l'abécédaire redoutable, parce que même si les indications succinctes d'Olivier - ou de Gilles, je ne sais pas - mises entre parenthèses pour chaque entrée alphabétique offraient une sorte de direction à suivre pour les réponses, histoire de ne pas s'éparpiller plus que de raison, on se retrouve quand même seul face à un mot et à tout ce qu'il peut évoquer, d'agréable ou non. Vraiment seul. A partir de ce moment-là, soit on va jusqu'au bout de la musique que l'on entend dans sa tête, soit on omet, on esquive, on élude, ou, dans le pire des cas, on triche. Moi, j'ai fait ce que j'ai pu: j'ai dit la vérité, la mienne, au moins, en omettant un peu. Car tout ce qui fonde un être humain ne peut pas être audible, ni lisible.
Thierry Di Rollo
https://forums.belial.fr/viewtopic.php?f=5&t=7119&start=40

Un dossier indispensable pour ses adeptes, une envie réelle d'en découvrir plus pour ma part. Le prochain roman, Le Temps de Palanquine, de l'auteur sortira en mai, de quoi me laisser découvrir quelques de ses romans précédents.
Je suis abonné à Bifrost afin de découvrir des auteurs et d'avoir l'envie d'en connaitre plus par leurs oeuvres. Objectif pleinement réussi pour ma part.


Un scientifiction sans Roland Lehoucq sur Intelligence artificielle : science ou fantasme de SF ? par Frédéric Landragin : "Qu’est-ce exactement que l’IA ? À quoi ressemble vraiment une IA ? Le modèle d’HAL est-il toujours d’actualité ? Celui de Samantha est-il réaliste ? Une IA va-t-elle bientôt dépasser l’humain et prendre le pouvoir ? La notion mise en scène dans la SF a-t-elle quelque chose à voir avec celle de la science ? Pour répondre à ces questions, comparons d’abord intelligence naturelle et intelligence artificielle, puis faisons le tour des IA réelles faisant l’objet de recherches…"
Instructif

On termine par un Infodéfonce &Vracanews avec , entre autres, des infos sur les maisons Rivière Blanche et La Clef d’Argent., un hommage à André Ruellan, par Gérard Klein, et surtout les résultats du Prix des lecteurs de Bifrost 2016 récompensant X et Y, il ne vous reste plus qu'à cliquer ici pour lire leurs textes gratuitement (jusqu'au 28 février 2017) et mettre fin à cet insupportable suspense. Comme chaque année, mes favoris ont perdu. Triste époque.

Livraison de la revue accompagnée d'une bien jolie plaquette présentant la prochaine sortie (février 2017) de deux romans de Capitaine Futur, inédit en français, à paraitre dans la collection Pulps du Bélial. Capitaine Futur n'étant autre que le célèbre Capitaine Flam.


Quelques citations :

C’est difficile de recréer le passé. Parfois, il me semble qu’on n’arrivera jamais à trouver un sens aux indices et j’en viens à penser que l’archéologie consiste à ajuster les pièces de telle sorte qu’elles racontent une histoire. Pour moi, la mosaïque racontait une histoire plus marrante que le vase, même si ma mère était d’un tout autre avis.
Ken Liu, Le fardeau

Je déteste tout ce qui enferme l’intelligence dans de pseudo-suites logiques, mettant de côté la capacité naturelle du vivant à rêver. L’onirisme est la forme de pensée que l’on s’octroie pour rendre possible quelque mise en abîme que ce soit. On a quand même une liberté géniale qui est de créer ce que l’on veut dans sa tête. Force est de constater que l’humanité, bien souvent, oublie de rêver et préfère s’abstenir d’extrapoler vers quoi que ce soit. Et c’est une forme de mort cérébrale. Je ne suis pas fanatique des mots « art » et « création », que je trouve toujours un peu prétentieux, mais que ce soit au travers du dessin, de la musique, de l’écriture, etc, ces médiums permettent de se donner la capacité de faire, de réaliser les rêves qui traversent nos quelques millions de neurones actifs. Et dans nos sociétés si « développées », cette mise à plat n’a jamais été aussi vitale.
Nicolas Fructus

Je ne crois pas en un ou des dieux quelconques, c’est trop facile ; pas davantage en l’homme, c’est trop désespérant. Je ne crois qu’à la force incompressible de la création, parce qu’elle est pour moi l’achèvement de ce qu’un homme ou une femme est capable de faire de plus pur, transcendant ainsi sa condition dérisoire, sa finitude.
Thierry Di Rollo, in L’alpha et l’oméga : un abécédaire selon Thierry Di Rollo

Nous sommes et restons des animaux. Évolués, peut-être – encore que cela reste à prouver –, mais des animaux quand même, qui répondent, encore trois millions d’années plus tard, au même besoin impérieux, irrépressible, incontrôlable, parce qu’inscrit dans notre ADN, de se perpétuer, au même titre que le reste du monde animal.
Thierry Di Rollo, in L’alpha et l’oméga : un abécédaire selon Thierry Di Rollo


7 commentaires:

  1. Il n'y a jamais (ou presque) d'information éditoriale sur les textes francophones dans Bifrost car ils sont toujours (ou presque) inédits. De plus, le texte de l'auteur francophone auquel on consacre un dossier est écrit spécifiquement pour ledit dossier. Ca met bien la pression en général. ;)

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  2. (Il y a eu des exceptions, comme pour le dossier Pelot.)

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    1. Merci pour ton commentaire.
      Comme quoi, même après 50 ans d'abonnement à Bifrost, on en apprend toujours.

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  3. J'attends mon numéro avec impatience. J'aime bien d'ailleurs Di Rollo. J'ai donc hâte de découvrir ce numéro...

    Homme = animal + prédateur + évolué = mélange détonnant...

    Comparerai après lecture.

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    1. Un bon numéro et un très bon dossier.
      J'ai reçu mon numéro il y a deux semaines et la version numérique il y a quelques jours. Ils sont fainéants les postiers par chez toi ?

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    2. Je peux t'affirmer que dans le Sud-Ouest, les choses se font tranquillement. Alors qu'en tu habites un petit bled de 2OO âmes à la campagne, les rouages de la civilisation ne sont pas optimisés.

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