Fahrenheit 451



Ray Bradbury, Folio SF, 2016 (parution originale 1953), 240 p., 6€ epub avec DRM


L’abêtissement comme asservissement.

Votre vie de tous les jours vous satisfait, la société dans laquelle vous vivait vous comble.
Alors, allez acheter Fahrenheit 451 et brûlez-le !


Présentation de l'éditeur :


451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s'enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres, dont la détention est interdite pour le bien collectif. Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d'un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l'imaginaire au profit d'un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement poursuivi par une société qui désavoue son passé.


Mon ressenti :



Des enfants qui s'abrutissent à l'école et se défoulent pour de vrai à Grand Theft Auto.
Des adultes qui parlent d'une seule voix, celle de la Nation, celle de la norme. La lecture se résumant à lire des publicités ou des scripts de telenovelas.
La délation comme seul lien, l'égoïsme pour compagne.
Des pompiers au pas : protéger les citoyens du pire danger qui soit : la réflexion.
Bienvenue chez nous !

Brûle livre brûle.
Brûle connaissance brûle !
Brûle idée déviante brûle !
Brûle esprit critique, brûle !

Une anticipation visionnaire par bien des points, une prescience de l'avenir phénoménale. Car débarrassé de ces oripeaux SF, bien des points abordés par Bradbury sont devenus notre quotidien : Ses murs-écrans et le besoin d'en recouvrir chaque mur ressemblent furieusement à nos écrans plats dont nous devons acheter le dernier modèle plus grand, plus coloré, plus Hi-Fi pour admirer comme il se doit 22 connards en shorts.
Ces enfants qui s'amusent pour évacuer la pression à écraser les piétons, se bastonner, voler est le scénario du célèbre jeu vidéo Grand Theft Auto.
Que dire de ses émissions dont nombre de nos séries et télé réalité n'auraient pas à rougir.
Quand à la promotion du livre, de la Culture, cela fait bien longtemps que l'épitaphe a été gravé sur leurs tombes, le dernier coup de grâce rendu par Macron pour en faire un lieu de loisir publicitaire sans livres...
Beaucoup d'auteurs en aurait fait une anticipation pleine de fureur, de bling bling à la cyberpunk. Ray Bradbury préfère prendre la voie de la poésie. Fini l'âge d'or, le monde change, les désillusions se ramassent à la pelle, le monde nouveau n'est pas celui espéré.



Texte cependant qui a quelques défauts : le revirement de Montag est un peu trop rapidement amené, les personnages manquent de profondeur (quand bien même ils reflètent la société décrite), l'enchainement des événements parfois improbables.
Le style m'a paru assez pompeux, mais cela reste un point subjectif et malgré la brièveté du récit, j'y ai trouvé quelques longueurs. Mais ce défaut fait aussi parti d'un certain éloge de la lenteur prôné par Montag.

Reste une fable critique sur les travers de la société, toujours d'actualité.
Une dystopie utopique car oui, les lendemains peuvent chanter.



Dans les années 90, l'éditeur était plus généreux, deux nouvelles et deux essais complétait le roman. Il faudra se contenter de nos jours d'une préface de Jacques Chambon, éclairante:

Une autre façon de brûler les livres est de les traduireen clarifiant l'obscur et en simplifiant le complexe.
Il y est aussi et surtout question de l'impérialisme des médias, du grand décervelage auquel procèdent la publicité, les jeux, les feuilletons, les « informations » télévisés. Car, comme le dit d'ailleurs Bradbury, « il y a plus d'une façon de brûler un livre », l'une d'elles, peut-être la plus radicale, étant de rendre les gens incapables de lire par atrophie de tout intérêt pour la chose littéraire, paresse mentale ou simple désinformation.

Un film en a été tiré, réalisé par François Truffaut en 1966
Prix Hugo 1954

Le danger n’est pas dans les livres, il est dans l’absence de livres.
Espace d'un temps

La force du propos rattrape le style assez suranné et ampoulé du roman.
Xapur

Un pompier un peu pompeux
Blog o Livre


Quelques citations :

Jusque-là, ça n'avait jamais été plus compliqué que de moucher une chandelle. La police arrivait d'abord, bâillonnait la victime au ruban adhésif et l'embarquait pieds et poings liés dans ses coccinelles étincelantes, de sorte qu'en arrivant on trouvait une maison vide. On ne faisait de mal à personne, on ne faisait du mal qu'aux choses. Et comme on ne pouvait pas vraiment faire du mal aux choses, comme les choses ne sentent rien, ne poussent ni cris ni gémissements, contrairement à cette femme qui risquait de se mettre à hurler et à se plaindre, rien ne venait tourmenter votre conscience par la suite. Ce n'était que du nettoyage. Du gardiennage, pour l'essentiel. Chaque chose à sa place. Par ici le pétrole ! Qui a une allumette ? 

Elle ne voulait pas savoir le comment des choses, mais le pourquoi. Ce qui peut être gênant. On se demande le pourquoi d'un tas de choses et on finit par se rendre très malheureux, à force. Il vaut bien mieux pour cette pauvre fille qu'elle soit morte.

Mon oncle dit que les architectes ont supprimé les galeries parce qu'elles étaient inesthétiques. Mais d'après lui ce n'était qu'un prétexte ; la véritable raison, cachée en dessous, pourrait bien être qu'on ne voulait pas que les gens restent assis comme ça, à ne rien faire, à se balancer, à discuter ; ce n'était pas la bonne façon de se fréquenter. Les gens parlaient trop. Et ils avaient le temps de penser. Alors fini les galeries. Et les jardins avec. Il n'y a plus beaucoup de jardins où s'asseoir en rond. Et voyez le mobilier. Plus de fauteuils à bascule. Ils sont trop confortables. Il faut obliger les gens à rester debout et à courir.
Monsieur Montag, c'est un lâche que vous avez en face de vous. J'ai vu où on allait, il y a longtemps de ça. Je n'ai rien dit. Je suis un de ces innocents qui auraient pu élever la voix quand personne ne voulait écouter les "coupables", mais je n'ai pas parlé et suis par conséquent devenu moi-même coupable. Et lorsqu’en fin de compte les autodafés de livres ont été institutionnalisés et les pompiers reconvertis, j'ai grogné deux ou trois fois et je me suis tu, car il n'y avait alors plus personne pour grogner ou brailler avec moi. Maintenant il est trop tard.  

C'est le bon côté de la mort ; quand on n'a rien à perdre, on est prêt à courir tous les risques.

10 commentaires:

  1. Mouais... J'ai lu ce roman il y a quelques années, et -même s'il me reste quelques images en tête- je crois avoir été déçue. Il me semble que je n'y avais vu aucun intérêt (ni dans le style, ni dans l'histoire qui ne m'avait pas révoltée plus que ça).
    Faudrait que je le relise maintenant que j'ai plus de maturité et de culture littéraire, pour savoir si c'est toujours "mouais, bof" ou si finalement je trouve que les gens ont -un peu- raison d'en faire tout un foin.

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    1. En faire tout un foin, je ne sais pas, mais pour ma part, j'ai été stupéfait par son côté visionnaire. Après, on ne peut tout aimer.
      Après l'histoire est plus sujette à critique.

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  2. On peut critiquer tout ce qu'on veut dans ce livre, il est loin d'être parfait, mais quelle anticipation et vision bordel, c'est dingue.

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    1. Je plussoie, je plussoie.
      Les auteurs d'anticipation technologique se sont vautrés, ceux écrivant les anticipations sociales ont souvent eu l'oreille fine

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  3. Même avis, l'intrigue est pas folichonne mais impossible de faire l'impasse sur cette lecture tant elle est visionnaire.

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  4. C'est fou comme un livre fait le tour de la blogosphère, et quand c'est un ancien, c'est encore plus surprenant.
    Je le lirai pour cette fable unique, malgré son style pompeux.

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    1. Je pense que ce livre fait partie de la catégorie "Il faut que je le relise". ET quand on voie 2-3 avis, on passe à l'acte.
      Comme tu sais désormais à quoi t'attendre, tu ne seras pas déçu logiquement

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  5. Il faut vraiment que je me décide à lire ce bouquin !!!

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    1. Surtout si tu veux voir la nouvelle adaptation qui sort bientôt.

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