Dans la toile du temps


Adrian Tchaikovsky, 2018, Denoël Lunes d'encre, 592p., 17€ epub avec DRM




Homme versus Araignée : qui est le plus humain ?

Bernard Werber a écrit Les fourmis pour le grand public, Tchaikosky tente le pari pour les amateurs de SF. Résultat : Bof, j'ai pris plus de plaisir à la lecture de la trilogie werberienne lors de ma prime jeunesse.

Présentation de l'éditeur :


La Terre est au plus mal… Ses derniers habitants n’ont plus qu’un seul espoir : coloniser le « Monde de Kern », une planète lointaine, spécialement terraformée pour l’espèce humaine. Mais sur ce « monde vert » paradisiaque, tout ne s’est pas déroulé comme les scientifiques s’y attendaient. Une autre espèce que celle qui était prévue, aidée par un nanovirus, s’est parfaitement adaptée à ce nouvel environnement et elle n’a pas du tout l’intention de laisser sa place. Le choc de deux civilisations aussi différentes que possible semble inévitable. Qui seront donc les héritiers de l’ancienne Terre ? Qui sortira vainqueur du piège tendu par la toile du temps ?

 

Mon ressenti :

Vous avez détesté ce roman mais devant la belle unanimité de la toile, vous avez préféré faire profil bas, taire votre ressenti, de peur d'être l'objet d'opprobre, de subir une fatwa ?
Haut les coeurs, révoltons nous, n'ayons pas peur des mots : dans la toile du temps nous a fait perdre le notre !

Les humains ont enfin réussi (encore) à saccager leur terre avec brio : alors que certains tentent la "panspermie humaine" à travers la terraformation d'exoplanète, des rétrogrades voient d'un très mauvais oeil cette idée de jouer à Dieu, l'unique créateur de toute chose. Et un jour, Boum, l'hiver nucléaire s'abat sur la Terre. Fin de l'Histoire.
Enfin presque. Le dernier vaisseau devant superviser l'élévation des singes à la conscience arrive sur les lieux de l’expérience. Mais, car il y a toujours un mais, un rétrograde arrive à saboter le projet...

J'ai eu l'impression de lire deux romans (voir trois) artificiellement découpé pour faire un tout cohérent et réuni de manière un peu trop linéaire. Nous avons en effet deux trames distinctes et parallèles.
L'une avec les derniers de leurs espèces : L'intrigue s'étalant sur des millénaires, le lecteur suit principalement deux personnages qui sortent de leur caissons d'hibernation au fil des événements. Nous avons donc des tranches de vie lors d'une situation donnée. Intéressant sur le papier, moins dans les faits. A chaque gros hic dans leur voyage, on réveille les endormis, et le hic nous est raconté en 2-3 lignes, puis on assiste à la tentative de résolution. Et tout le monde retourne au dodo
L'autre trame nous conte leur possible successeur, les sujets du test grandeur nature qui va être profondément modifier par le sabotage. Ici, malgré de très bonnes idées comme l'utilisation de la bio-ingénierie, ou une société non pyramidale et matriarcale, le principal reproche est le quasi copier/coller du développement de la société humaine : société tribale, religion, organisation, guerre, sciences et techniques, relation homme/femme. L'adaptation est bien faite en fonction des possibilités des araignées, mais manque l'imagination d'un réel développement historique autre, non anthropomorphe.
Les deux fils n'entretiennent pour une grande partie qu'un lien assez tenue qui me donne l'impression de deux tomes entrelacés, le troisième tome étant celui de la rencontre.

Le récit s'étalant sur des milliers d'années, l'auteur utilise l'ellipse via les caissons d'hibernation ou les générations arachnéennes, mais les histoires contées ont cruellement manqué de saveurs, de flamboyance. Et l'envie d'en apprendre plus sur les événements cachés, tronqués s'est fait de plus en plus fort.
En outre, les personnages humains ne m'ont guère convaincus, le commandant droit dans ses bottes, l'historien linguiste surfant sur les péripéties de manière amorphe. Seul l’ingénieur en chef a soulevé mon intérêt. Du côté des arachnides, c'est un peu mieux, mais leur sort ne me tourmentait pas plus que cela, et j'étais parfois assez dubitatif devant leur développement technologique. Autant celles du tréfonds du ciel me semblaient réalistes, celles de cette toile m'ont donné un goût d'inachevé.

De très bonnes idées qui embrasent les thèmes et livres phares de la SF, mais à vouloir trop brassé en si peu de pages, la sauce n'a pas prise.
Reste l'idée d'un dialogue interculturel manqué, et un twist final très réussi

Une suite est en cours d'écriture, je pense qu'elle se concentrera sur le dernier rebondissement. Si c'est le cas, vous pouvez lire ce roman de manière isolée.

Attention, les DRM et le prix élevé n'ont aucunes incidences sur la qualité du livre numérique : les espaces coûtent chers, l'éditeur a donc préféré en enlever une bonne partie d'entre les mots...
A quand des livres numériques au standard de qualité du livre papier ? J’aurais pensé que les années aidant, l'epub allait gagner ses lettres de qualité, amers regrets... Et Denoël est loin d'être le seul.

Le meilleur de la SF, que ce soit sur le plan de la réflexion ou sur celui du pur Sense of wonder, écrit Apophis
Un récit que j’ai trouvé novateur, dépaysant, surprenant, et franchement réussi. dixit Xapur
De la SF de haut vol, un roman absolument magistral, selon Lorhkan
Ce bouquin parle à vos émotions ET à votre intelligence, d'après Lune
Un univers captivant et si passionnant que l’on aime s’y laisser prendre, nous dit Lutin82
Ce roman fera référence en la matière, nous prédit Samuel Ziterman
J’ai été emporté par une telle histoire et que j’ai eu du mal à lâcher ce livre, admet BlackWolf
une foisonnante imagination, a emmené Artemus Dada

Prix Arthur C. Clarke en 2016


Challenge SSW EP8

Quelques citations :


Sur Terre, certains avaient proclamé que le cosmos se préoccupait de l’humanité, qu’elle avait une destinée, que sa survie était importante et légitime. La plupart de ceux-là étaient restés sur la planète mère, cramponnés à la croyance obsédante qu’une puissance supérieure interviendrait en leur faveur si les choses tournaient trop mal. Leur vœu était peut-être exaucé, mais les passagers de l’arche n’en sauraient jamais rien. De son côté, Holsten nourrissait ses propres convictions et n’envisageait pas de salut qui ne vienne de l’humanité elle-même.

Holsten Mason, le linguiste, l’historien, avait survécu à l’histoire elle-même. Il était toujours là, en train de clopiner sur le temps et l’espace, maladroit, inefficace, seul repère stable dans un univers en mouvement.

6 commentaires:

  1. Loin de moi l'idée de te convaincre que "Dans la toile du temps" est un bon roman, même si c'est ce que je pense [http://artemusdada.blogspot.com/2018/05/dans-la-toile-du-temps-adrian.html], mais en ce qui concerne l'impression de lire deux romans voire 3 ; je dirais que ça tient de ce qu'on appelle la "construction modulaire" du récit.
    Deux ou plutôt trois (en ce qui me concerne) histoires finissent par se réunir, et les "questions" des unes répondent au "questions" de autres.
    Reste que ça ne marche pas à tous les coups, ni avec tous les lecteurs. La preuve.

    Sur la construction de la société en question (que j'ai vu pour ma part comme un récit "steampunk" ; je m'en explique sur mon blog), reprenant les "codes" des sociétés humaines, c'est normal (du moins dans la manière dont j'ai compris ce roman).
    C'est même le projet de départ (mais avec une autre catégorie de cobayes), que de réinventer l'humanité.

    Ce qui est à mon sens intéressant, c'est la manière dont l'auteur adapte justement cette "imitation" à ceux qui en font les frais.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sur la construction de la société, je m'attendais à plus d'inventivité, car l'auteur, sur d'autres points, a réussi à éviter l'anthropomorphisme. Ici, j'avais l'impression de voir un calque de l'histoire humaine. Et comme les araignées sont autres, j'aurais voulu voir un autre schéma.
      Pour la construction modulaire, je trouve qu'elle manque de liant, bien que l'analyse parallèle entre les deux espèces est bien amenée.
      (j'ai ajouté ton lien, je ne l'avais pas vu passer)

      Supprimer
  2. Cracher sur un livre adoré de tous juste pour faire des vues et du buzz, c'est moche. =P
    Même si ça me rassure, ce n'est jamais bon l'unanimité, ça donne de faux espoirs et ça gâche des lectures.
    Et de toute façon, "Les Fourmis" c'est génial (même si je n'ai lu que la version de "Bernard" Werber personnellement).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'ai trouvé que ce procédé pour que mon blog soit fréquenté par d'autres personnes que moi ! C'est malhonnête mais ça marche.

      Cette unanimité me faisait peur, c'est pour ça que j'avais retardé ma lecture de ce roman, et puis... J'avais déjà eu le tour avec deux autres romans. Juré craché, la prochaine fois, je me fie à mon flair.

      La version des fourmis de David Weber est mieux, mais il ne l'a fait lire qu'à moi, c'est mon voisin !

      Supprimer
  3. C'est bien les avis négatifs, ça tempère un peu l'effet "chef d'oeuvre", ça met moins la pression ^^. Je pense le lire s'il est dispo dans ma bibliothèque numérique (ceci dit tu me rassures pas avec ce que tu dis sur la qualité du fichier...)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ça tempère, mais pour celui qui ouvre la marche, c'est assez désagréable...
      Pour le fichier numérique, c'est juste quelques espaces qui sautent, mais à la longue, c'est pénible de voir le manque de soin apporter aux ebooks. D'autant qu'avec un simple correcteur orthographique, les erreurs auraient pu être éviter.

      Supprimer

Fourni par Blogger.