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Chiens de guerre

juin 15, 2020

Adrian Tchaikovsky, Denoël Lunes d'encre, 2019, 320 p., 14€ Epub avec DRM


Lorsque ton chien s'oublie sur ton roman de SF militaire, est-ce dû au fait que c'est un vilain chien,
ou sait-il que les militaires, c'est le Mal ?

Présentation de l'éditeur :


Je m’appelle Rex. Je suis un bon chien.
Rex est un bon chien. C’est un biomorphe, un animal génétiquement modifié, armé de fusils-mitrailleurs de très gros calibre et doté d’une voix synthétique créée pour instiller la peur. Avec Dragon, Miel et Abeilles, son escouade d’assaut multiforme, il intervient sur des zones de combat où les humains ne peuvent se risquer.
Rex est un bon chien. Il obéit aux ordres du Maître, qui lui désigne les ennemis. Et des ennemis, il y en a beaucoup. Mais qui sont-ils réellement? Se pourrait-il que le Maître outrepasse ses droits? Et si le Maître n’était plus là?
Rex est un bon chien. Mais c’est surtout une arme de guerre hautement mortelle. Que se passerait-il s’il venait à se libérer de sa laisse ?


Mon ressenti :

Vilain chien, bon chien ?
Est ce son instinct, son éducation ?
On s'en fout, cela reste de la faute du chien, et pas de son maître.

Rex est un bon chien, joueur comme il se doit. Quand son maître lance la balle, il va la chercher. En fait non, c'est lui la balle. Et son jeu favori, c'est jouer à la guerre, la sale guerre. 
Comme tout bon chien, il est dans une meute. Mais Rex est un chien cyborg entouré d'animaux ayant subi le même sort. Des bêtes effroyables et effrayantes mis entre les mains des puissants pour pacifier des régions soumises à turbulences. Force décuplée, armement dernier cri et intelligence développée, et qui n'ont rien à faire des lois d'Asimov. Mais lorsque la machine s'enraye, et que l'éclat de conscience s'éveille....

Plus longtemps nous attendrons sans aboyer, plus ils s’approcheront de nos cages pour nous insulter et nous provoquer. Ils recommenceront sans arrêt. Et si nous tentons une seule fois de les mordre, ils diront que nous sommes des animaux.


Comment aborder de manière "plaisante" des sujets complexes  ? Voilà un très bon exemple.
Sur la thématique de la singularité, ce roman aborde les sujets de l'éveil de la conscience, du libre arbitre et in fine, de la cohabitation entre espèce. Le tout de manière ludique, en s’amusant à la guéguerre. Au delà de l'aspect militaire, l'auteur n'hésite pas à aller au-delà du terrain pour nous entrainer dans les conséquences de cet éveil.
Que ce soit dans le pourquoi remplacer par des animaux les militaires, la délégation du sale boulot à des officines pas très nettes, cela reste crédible. Juste une extrapolation de notre présent. Et si les animaux étaient plus humains que les Hommes ?

Il est bien plus facile d’accuser un vilain chien que de confesser un crime. Dès le début, c’était un avantage proposé par le projet de développement des biomorphes militaires. On a donné à Rex un aspect effrayant afin de rendre sa culpabilité plus vraisemblable.

Ceux qui aiment le Bing Bang boum auront leur quota, ceux qui préfèrent la réflexion seront conquis et ceux qui aiment les deux seront joie. Le point fort du roman est de nous mettre dans la tête de cette meute enragée, avec différents points de vue.
Même si quelques facilités parsèment ça et là le récit, l'ensemble est de haute tenue.
Enfant soldat, esclavage,  racisme, de nombreuses lectures peuvent en être faite, le tout avec fluidité et en véritable page turner. Une réussite.


Les avis des blogmorphes :

Je m'appelle Aelinel, je suis une bonne chienne

Je m'appelle Apophis, je suis un bon chien

Je m'appelle Artemus Dada, je suis un vilain chien

Je m'appele Elhyandra, je suis une bonne chienne

Je m'appelle FeydRautha, je suis un bon chien 

Je m'appelle Les chroniques du chroniqueur, je suis un bon chien

Je m'appelle Lorhkan, je suis un bon chien

Je m'appelle Ombre Bones, je suis une vilaine chienne

Je m'appelle Shaya, je suis une bonne chienne

Je m'appelle Xapur, je suis un bon chien


Au vue des autres couvertures, l'édition française s'en sort très honorablement.
Bon chien Lunes d'encre.

 
 
 
 
 édition anglaise
  édition lettone  édition tchèque   édition russe


Et enfin, je peux mettre dans un billet la chanson qui a donné le nom de mon blog




Dans la toile du temps

juin 28, 2018

Adrian Tchaikovsky, 2018, Denoël Lunes d'encre, 592p., 17€ epub avec DRM




Homme versus Araignée : qui est le plus humain ?

Bernard Werber a écrit Les fourmis pour le grand public, Tchaikosky tente le pari pour les amateurs de SF. Résultat : Bof, j'ai pris plus de plaisir à la lecture de la trilogie werberienne lors de ma prime jeunesse.

Présentation de l'éditeur :


La Terre est au plus mal… Ses derniers habitants n’ont plus qu’un seul espoir : coloniser le « Monde de Kern », une planète lointaine, spécialement terraformée pour l’espèce humaine. Mais sur ce « monde vert » paradisiaque, tout ne s’est pas déroulé comme les scientifiques s’y attendaient. Une autre espèce que celle qui était prévue, aidée par un nanovirus, s’est parfaitement adaptée à ce nouvel environnement et elle n’a pas du tout l’intention de laisser sa place. Le choc de deux civilisations aussi différentes que possible semble inévitable. Qui seront donc les héritiers de l’ancienne Terre ? Qui sortira vainqueur du piège tendu par la toile du temps ?

 

Mon ressenti :

Vous avez détesté ce roman mais devant la belle unanimité de la toile, vous avez préféré faire profil bas, taire votre ressenti, de peur d'être l'objet d'opprobre, de subir une fatwa ?
Haut les coeurs, révoltons nous, n'ayons pas peur des mots : dans la toile du temps nous a fait perdre le notre !

Les humains ont enfin réussi (encore) à saccager leur terre avec brio : alors que certains tentent la "panspermie humaine" à travers la terraformation d'exoplanète, des rétrogrades voient d'un très mauvais oeil cette idée de jouer à Dieu, l'unique créateur de toute chose. Et un jour, Boum, l'hiver nucléaire s'abat sur la Terre. Fin de l'Histoire.
Enfin presque. Le dernier vaisseau devant superviser l'élévation des singes à la conscience arrive sur les lieux de l’expérience. Mais, car il y a toujours un mais, un rétrograde arrive à saboter le projet...

J'ai eu l'impression de lire deux romans (voir trois) artificiellement découpé pour faire un tout cohérent et réuni de manière un peu trop linéaire. Nous avons en effet deux trames distinctes et parallèles.
L'une avec les derniers de leurs espèces : L'intrigue s'étalant sur des millénaires, le lecteur suit principalement deux personnages qui sortent de leur caissons d'hibernation au fil des événements. Nous avons donc des tranches de vie lors d'une situation donnée. Intéressant sur le papier, moins dans les faits. A chaque gros hic dans leur voyage, on réveille les endormis, et le hic nous est raconté en 2-3 lignes, puis on assiste à la tentative de résolution. Et tout le monde retourne au dodo
L'autre trame nous conte leur possible successeur, les sujets du test grandeur nature qui va être profondément modifier par le sabotage. Ici, malgré de très bonnes idées comme l'utilisation de la bio-ingénierie, ou une société non pyramidale et matriarcale, le principal reproche est le quasi copier/coller du développement de la société humaine : société tribale, religion, organisation, guerre, sciences et techniques, relation homme/femme. L'adaptation est bien faite en fonction des possibilités des araignées, mais manque l'imagination d'un réel développement historique autre, non anthropomorphe.
Les deux fils n'entretiennent pour une grande partie qu'un lien assez tenue qui me donne l'impression de deux tomes entrelacés, le troisième tome étant celui de la rencontre.

Le récit s'étalant sur des milliers d'années, l'auteur utilise l'ellipse via les caissons d'hibernation ou les générations arachnéennes, mais les histoires contées ont cruellement manqué de saveurs, de flamboyance. Et l'envie d'en apprendre plus sur les événements cachés, tronqués s'est fait de plus en plus fort.
En outre, les personnages humains ne m'ont guère convaincus, le commandant droit dans ses bottes, l'historien linguiste surfant sur les péripéties de manière amorphe. Seul l’ingénieur en chef a soulevé mon intérêt. Du côté des arachnides, c'est un peu mieux, mais leur sort ne me tourmentait pas plus que cela, et j'étais parfois assez dubitatif devant leur développement technologique. Autant celles du tréfonds du ciel me semblaient réalistes, celles de cette toile m'ont donné un goût d'inachevé.

De très bonnes idées qui embrasent les thèmes et livres phares de la SF, mais à vouloir trop brassé en si peu de pages, la sauce n'a pas prise.
Reste l'idée d'un dialogue interculturel manqué, et un twist final très réussi

Une suite est en cours d'écriture, je pense qu'elle se concentrera sur le dernier rebondissement. Si c'est le cas, vous pouvez lire ce roman de manière isolée.

Attention, les DRM et le prix élevé n'ont aucunes incidences sur la qualité du livre numérique : les espaces coûtent chers, l'éditeur a donc préféré en enlever une bonne partie d'entre les mots...
A quand des livres numériques au standard de qualité du livre papier ? J’aurais pensé que les années aidant, l'epub allait gagner ses lettres de qualité, amers regrets... Et Denoël est loin d'être le seul.

Le meilleur de la SF, que ce soit sur le plan de la réflexion ou sur celui du pur Sense of wonder, écrit Apophis
Un récit que j’ai trouvé novateur, dépaysant, surprenant, et franchement réussi. dixit Xapur
De la SF de haut vol, un roman absolument magistral, selon Lorhkan
Ce bouquin parle à vos émotions ET à votre intelligence, d'après Lune
Un univers captivant et si passionnant que l’on aime s’y laisser prendre, nous dit Lutin82
Ce roman fera référence en la matière, nous prédit Samuel Ziterman
J’ai été emporté par une telle histoire et que j’ai eu du mal à lâcher ce livre, admet BlackWolf
une foisonnante imagination, a emmené Artemus Dada

Prix Arthur C. Clarke en 2016


Challenge SSW EP8

Quelques citations :


Sur Terre, certains avaient proclamé que le cosmos se préoccupait de l’humanité, qu’elle avait une destinée, que sa survie était importante et légitime. La plupart de ceux-là étaient restés sur la planète mère, cramponnés à la croyance obsédante qu’une puissance supérieure interviendrait en leur faveur si les choses tournaient trop mal. Leur vœu était peut-être exaucé, mais les passagers de l’arche n’en sauraient jamais rien. De son côté, Holsten nourrissait ses propres convictions et n’envisageait pas de salut qui ne vienne de l’humanité elle-même.

Holsten Mason, le linguiste, l’historien, avait survécu à l’histoire elle-même. Il était toujours là, en train de clopiner sur le temps et l’espace, maladroit, inefficace, seul repère stable dans un univers en mouvement.
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