L'enfer des vers

Jean-Christophe Gapdy, Rivière blanche, 2020, 350 p., 23€ papier


Les vers, c'est d'enfer !


Présentation de l'éditeur :


Les Gueules des Vers vous ont laissé, comme Dick Hanson, anéanti, incrédule et à peine capable de reprendre pied dans notre monde. L’Espace, le Temps et l’Univers entier se sont ligués pour vous mener, avec lui, dans une course folle où vous vous interrogiez sans cesse pour savoir où et quand vous étiez, une course durant laquelle vous vous demandiez si Mirus, SysSol et tant d’autres choses existaient réellement…
Vous n’avez pas encore lu ces Gueules des vers ? Alors STOP ! Ne faites plus un pas, reculez dans le temps et ne revenez qu’après les avoir découvertes. Si, au contraire, ayant survécu, ces questions vous taraudent encore, si vous n’avez pas peur de croiser Anaïs Lys et Damienzo, de suivre de nouveau Colorado, Dick et Yessica, si aucune angoisse ou frayeur ne vous fait reculer, peut-être parviendrez-vous, comme eux, à vous frayer un chemin à travers ces Singularités avec le ferme espoir de ressortir vivant – et surtout en ayant conservé votre santé mentale – de L'ENFER DES VERS...

Mon ressenti :


Il y a un an et demi, je faisais la connaissance avec le premier roman d'un jeune auteur, Jean Christophe Gapdy et ses gueules des vers, un premier tome plein d'ambition avec une trame temporelle fourbe due à des trous de vers. L'enfer des vers vient clore ce diptyque.
Le premier tome étant bien dense en événements et en personnages, la bonne surprise vient d'un résumé complet d'une dizaine de pages. Ouf !

L'histoire en deux mots : un trou de ver est découvert dans notre système solaire permettant d'explorer d'autres univers (d'autres parties de notre univers ?). Mais problème, une fois passée cette gueule, en revenir est problématique, il peut se passer des années avant de voir un vaisseau réapparaitre. En outre, il semblerait que ceux qui en reviennent ne soient pas tout à fait les mêmes, saloperie d'univers multiples ! Nous voilà donc avec des versions différentes des mêmes personnages.
Pour nous simplifier la tâche, les persos sont nommés de manière différente, les chapitres indiquent la période et l'univers, mais l'auteur reste un tantinet taquin, ce qui fait le sel du récit.

Si vous êtes déjà sorti dans le vide où tout est si lointain et intouchable, si vous avez déambulé autour de votre vaisseau, soigneusement protégé par votre scaphandre, vous savez ce que l’on peut ressentir. Un mélange d’émerveillement et de peur. Mais imaginez maintenant que vous vous trouviez dans ce vide sans aucune protection, sans lien perceptible avec votre navire, alors que, sous vos pieds, l’holographique vous montre l’espace. Et plus encore, imaginez que vous fonciez à une allure démentielle vers un trou sombre, duquel jaillissent des flagelles d’éclairs gigantesques, que votre cerveau et votre imagination vous représentent comme des tentacules cherchant à vous happer et à vous attirer vers eux. Il n’y a rien de la beauté des étoiles, des amas stellaires et galaxies. Juste le néant, celui d’un monstre indescriptible auprès duquel Rhan-Tegoth ou les Shoggoths feraient pâle figure.

Alors que le premier tome jouait avec les paradoxes temporels, nous voici plus en face d‘univers multiples et ses conséquences. L'auteur nous interroge aussi sur ce qu'est l'identité à travers les humains dupliqués, mais aussi des clones ou des androïdes. Le parallèle entre la construction de l'identité humaine/clone/androïde est bien amenée et permet de s'interroger sur la construction de la personnalité. Cette problématique est très bien menée, d'autant que personne ne sait si il est l'original ou la copie. Ajouter à cela un temps distordu, nos protagonistes auront fort à faire pour se sortir de cet enfer.
L'univers SysSolien est toujours aussi touffu et crédible, c'est gigantesque en terme de worldbuilding, ce que confirme une chronologie des principaux évènements et le lexique.

Un ver, ça va. Trois vers, bonjour les dégâts !

Cependant, j'ai un peu moins apprécié ce tome pour diverses raisons. La première, c'est qu'il n'y a plus l'attrait de la nouveauté. J'ai trouvé aussi qu'il manquait un peu d'émerveillement par rapport au tome 1, même si les derniers chapitres renouent avec en nous montrant la gueule des gueules, l'espace temps déchiré vers une nouvelle forme de physique.
Et dernière chose, l'auteur en rajoute parfois un peu trop dans la complexité de son histoire, au lieu de se pencher sur le récit et amener plus facilement le lecteur avec lui. Il faut donc avoir l'esprit à sa lecture pour ne pas se perdre dans les méandres de l'espace-temps.

Mais bon, on va pas cracher dans la soupe, c'est assez rare qu'un auteur français arrive à rivaliser avec ses condisciples anglo-saxons, et nous offre un space-opera plein d'ambition, à la limite de la hard SF, avec un univers dense qui laisse augurer d'autres romans dans ce/ces système solaire du futur.

Et dernière chose, un roman qui ose en quatrième de couverture et en ouverture dire qu'il vaut mieux allez lire le premier tome, c'est assez rare pour être saluer.

Critique réalisée dans le cadre d'un service de presse.


Mon avis sur le tome 1


Si tu ne sais pas ce qu'est un trou de ver ou l'espace-temps, commence déjà par ça :


Espace-temps, vous êtes ici

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/la-methode-scientifique-emission-du-mardi-22-octobre-2019
La Méthode Scientifique du 22 octobre 2019

Lien direct (enregistrer sous)
Qu’est-ce que l’espace-temps ? Comment ce concept a-t-il été introduit ? Comment les théories de la relativité restreinte et générale introduisent l’espace-temps ? Combien de dimensions possèdent l’espace-temps ? Quelle forme prend-il dans le cadre de la théorie des cordes ?
Avant Einstein, tout était simple : il y avait l’espace en trois dimensions d’un côté puis le temps de l’autre. Mais à partir de la théorie de la relativité, les choses commencent à se compliquer. Le temps serait une dimension de l’espace, tout aussi sensible aux déformations gravitationnelles. C’est la naissance de l’espace-temps contemporain mais tout ne s’arrête pas là. Dans la volonté d’unifier relativité générale et mécanique quantique, les physiciens théoriciens ajoutent des dimensions, jusqu’à 26, où postulent que l’espace-temps est en fait discret, discontinu, et composé de petits grains. Mais alors, finalement : c’est quoi au juste l’espace-temps ?

Et pour tout comprendre à la nature de l’espace-temps, et à la façon dont a progressé notre compréhension jusqu’à aujourd’hui, nous avons le plaisir de recevoir Gabriel Chardin, physicien, président du comité des Très grandes infrastructures de recherche du CNRS, « L’insoutenable gravité de l’univers » aux éditions Le Pommier et Marc Henneaux, physicien, professeur à l’université libre de Bruxelles, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « Champs, cordes et gravité » et directeur des Instituts de Physique et Chimie Solvay.

Trous de ver, la porte des étoiles

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/la-methode-scientifique-du-mardi-08-mai-2018
La Méthode Scientifique du 08 mai 2018

Lien direct (enregistrer sous)
Qu’est-ce qu’un trou de ver ? Quelle était la théorie ou l'hypothèse d’Einstein et de Rosen ? Sur quoi est-elle fondée ? Quelles sont les différences entre trous noirs et trous de ver ?
Ce sont des objets purement théoriques, qui font fantasmer depuis des générations les écrivains et les lecteurs de science-fiction, et sur lesquels les astrophysiciens continuent de se casser les dents : les trous de ver, ces points de jonction entre deux zones de l’espace-temps, peut-être des passerelles entre des univers différents ? Pourquoi insister à faire de la recherche sur ces objets qui sont pourtant toujours hautement spéculatifs ? Et bien parce qu’ils n’en sont pas moins des solutions aux équations de la relativité générale d’Einstein, et parce qu’il reste toujours, certainement, au fond du cœur des physiciens, l’espoir de découvrir la porte des étoiles…
Pour évoquer ces objets aussi étranges que fascinants, nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui Monica Guica, physicienne à l’Institut de Physique Théorique du CEA, et Eric Gourgoulhon, directeur de recherche CNRS au Laboratoire Univers et Théories de l’Observatoire de Paris.



6 commentaires:

  1. SUperbe chronique, avec largement ce qu'il faut pour lire en toute "séreinité" le dit roman.
    Je vais aller voir ces différents liens de plus près et tu m'a mis l'eau à la bouche. Un auteur français rivalisant avec les auteurs anglo-saxon dans le domaine du space-opéra, je ne demande qu'à lire, surtout que tu ne le boudes pas.
    J'ai hâte de le lire, ce dyptique.
    Merci!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis assez étonné que ce diptyque soit passé inaperçu car il est très ambitieux et l'auteur a le talent pour l'écrire à mon avis.

      Supprimer
  2. J'avais beaucoup aimé le 1er, je suis en train de lire La reine du diable rouge, auteur à suivre !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Content de rencontrer enfin une personne ayant lu du Gapdy (et de me conforter dans mon appréciation de ses écrits)
      Tu vas lire le tome 2 ?

      Supprimer
  3. L'enfer, c'est les autres vers ?
    Pas trop pour moi je crois finalement, mais j'applaudis l'honnêteté de la quatrième de couverture et le résumé en début d'ouvrage - c'est incompréhensiblement tellement rare !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Désolé pour ma réponse tardive, ton commentaire était passé entre les mailles de mon filet, il a du se faufiler comme un ver !
      C'est peu dire que les éditeurs ont confiance aux romans qu'ils vendent. Si ils avaient confiance au tome 1, ils seraient que les lecteurs achèteraient la suite. Et dès lors, pas la peine de lui cacher.

      Supprimer

Fourni par Blogger.