Les gueules des vers

Jean-Christophe Gapdy, Rivière blanche, 2018, 386 p., 25€ papier


Gueule du temps et Vers de l'espace s'affrontent dans un voyage sidéral et sidérant, avec les humains comme spectateurs.

Présentation de l'éditeur : 


SysSol. Notre univers s’est étendu au-delà de la Terre et de sa Lune. Mars, Vénus, Jupiter et ses satellites, la ceinture des astéroïdes, aussi bien que les trainées troyennes de Jupiter… Et pour fédérer, autant que surveiller et pacifier toute cela, il y a la Spatiale, organisation interplanétaire au départ, devenue indépendante, qui vit des taxes qu’elle prélève auprès des milliers de vaisseaux qui traversent l’espace. Si ce n’est qu’hélas, au milieu de ces astéroïdes et de ces vaisseaux, il y a les pirates spatiaux. Que nul n’est encore parvenu à contrer ni éradiquer, qui dépouillent et rançonnent sans fin…
En juin 2126, Dick Hanson, fils de l’une des plus riches familles de SysSol, part en croisière vers Jupiter pour fêter ses quatorze ans. À son âge, il rêve certes d’aventures, mais surtout de s’affranchir de la surveillance d’Audrey, sa garde du corps personnelle, qui le suit partout depuis qu’il a failli être kidnappé voici quelques années. Il y parvient presque dans l’immense vaisseau qui les emporte… presque seulement, car ce dernier frôle les astéroïdes. Or les pirates spatiaux sont là et les arraisonnent. Pour protéger le garçon, Audrey n’a d’autre choix que de s’enfuir avec lui et son ami Jens, jeune mousse, dans une navette de secours.
Le 17 juillet 2126, Dick Hanson, Jens Cleryan et Audrey Cambellerich disparaissent, sans laisser la moindre trace, sans que ni leur navette ni quelque débris ne soit retrouvé. Nul ne sait où ils ont disparu et comment, nul ne peut imaginer qu’ils ont découvert une singularité, la première GUEULE DES VERS.

Mon ressenti :


Voilà un livre qui débute très mal : vous savez que si à la fin vous appréciez l'histoire, il vous sera impossible de le chroniquer et d'en donner l'envie comme le fait Franck Selsis dans la préface.
Ne reste qu'à espérer que le voyage se passe mal...
Ce que les premières pages confirment : l'histoire d'un gosse de riche qui s’acoquine avec un pauvre ado, tout en essayant de berner sa nounou de garde du corps. Et, triste coup du sort, le malheur s'abat sur eux via des pirates de l'espace. Bref, lu, relu et re-relu. Problème, tout ça tient en 20 pages et il en reste 360. Mais quel reste ! 380 pages bien tassés dévorées en trois jours.

Le space opera, c'est le fameux Sense of Wonder, le "merveilleux vertige" comme le dit Franck Selsis (Selsys - SysSol) dans sa préface, celui qui vous emporte dans l'histoire pour vous laisser pantelant lors de la dernière page tournée. Toute la quincaillerie du space opera est présente : IA, Vaisseaux spatiaux, Lutte de pouvoir, Espace intergalactique, Concepts physiques et forcément, un soupçon de pirates de l'espace. Nous sommes dans la hard SF, compréhensible, mais l'auteur ne s'y attarde pas trop, préférant nous perdre dans les méandres tortueuses de ces gueules de vers. Ici, il n'est pas question de singularité technologique, mais bien de singularité physique. Qui sont ces vers aux propriétés inconcevables ? Face à ce mystère, Dick Hanson va devoir se démultiplier pour tenter de comprendre l'énigme de sa vie. Ajouter à cela une trame temporelle facétieuse, et vous avez une intrigue qui ne cesse de prendre de l'épaisseur, des personnages dont la psychologie s'affine au fil des pages, une dualité au gré du périple. Mention spéciale au personnage de Colorado, à l’intelligence hors du commun. L'auteur joue avec le lecteur, entre les sauts en arrière, dans le futur et cela fonctionne à merveille. Bref, cela débute par une histoire linéaire pour s'étoffer peu à peu et devenir très complexe. Si vous aimez le space opera et désespérez du peu de talent francophone dans ce genre, jetez vous dans la gueule de ce roman.

Moi pour qui les voyages dans l'espace laisse souvent froid, j'ai attrapé quelques suées lors de ce voyage, grâce surtout à cette trame temporelle fourbe et la duplicité des personnages. Je ne dévoile pas plus les tenants de l'histoire, préférant vous laisser la surprise de la découverte.
Dans le dernier tiers, quelques petits défauts : certaines hypothèses sur les gueules de vers sont discutées entre les protagonistes, dont l'une plus probable, mais cette dernière sera tut au lecteur. Donc nous voguons dans l'expectative et ce mystère agace plus qu'il ne happe. Certaines choses restent assez peu développées, comme l'histoire des androïdes ou la géopolitique. Cela donne de l'épaisseur à l'univers mais frustre par son côté léger. D'autres tomes à venir qui viendront peut être ou pas combler les trous. De petits bémols qui ne remettent pas en question la qualité de l'ensemble.

380 pages bien denses, compléter par une petite préface qui donne envie de plonger dans ce roman sans en déflorer l'intrigue, un lexique et une petite chronologie, voilà le genre de petit plus que j'aime découvrir, surtout en grand format.
Dernier avertissement, à lire ce livre, vous risquez d'être happé par une de ces gueules et en ressortir ahuri quelques heures plus tard.

Reçu ce roman dans le cadre d'un service de presse suite à la demande l'auteur. C'est un roman que j'allais acheter, attendant simplement une hypothétique sortie en ebook. Son premier recueil Aliens, Vaisseau et Cie ! m'avait bien plu, ce roman confirme la plume et le talent. Les éditeurs ne s'y trompent pas, l'actualité de l'auteur ne cesse de s’étoffer.

Le galion des étoiles s'est fait prendre au piège des conjonctures spatio-temporelles


Citation :



Depuis la frontière du connu, science et SF contemplent de concert l’abime de l’inconnu et les cimes du possible. Mais si le scientifique en conçoit hypothèses et théories, un auteur de SF les recompose en histoire. Et certaines de ces histoires – pour moi les plus passionnantes – nous offrent un merveilleux vertige, celui de vivre une situation extraordinaire, impensable, aberrante mais… plausible. Quiconque l’a ressenti un jour est pour la vie prisonnier des univers SF, en quête de cette émotion unique.
Franck Selsis, préfacier

Challenge SSW EP8

10 commentaires:

  1. Woh. Je compatis devant les trop bonnes préfaces, je viens d'avoir le même souci. Néanmoins, je dois t'avouer, à mon plus grand regret, que tu t'en sors parfaitement bien pour nous le vendre, ça donne envie !

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    1. Je comprends mieux pourquoi les préfaces sont si rares...
      Je suis content que cela donne envie de jeter un oeil sur ce roman, car il mérite.

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  2. Oui ça donne envie mais il me faudra une version numérique ;-)

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    1. Je plussoie, je plussoie. Je suis toujours étonné de voir des livres qui sortent sans version numérique.
      Bon après, si c'est pour nous sortir des e-books remplis de bug. Je viens de lire deux livres papiers à la suite, et j'ai été étonné de me dire : "Tiens, cool, pas de coquilles" Avant de me rendre compte que c'était la version papier !

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  3. Réponses
    1. Il est très sympa. Sortie en catimini, il mérite que l'on s'y plonge

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  4. Ce sera un peut-être, tu éveiles ma curiosité! :-)

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