Les saisons

 

Maurice Pons, Christian Bourgeois éditeur, 1975, 255 p., 7,50€ epub sans DRM


Voici venu le temps des pleurs et des chants funèbres
Dans la vallée perdue
C'est tous les jours l'automne
C'est le pays triste des enfants malheureux
Des hommes moignons
Oui c'est un enfer

Présentation de l'éditeur :

Un beau jour du seizième mois de l’automne, Siméon arrive dans une vallée perdue où se succèdent inlassablement deux saisons, une de pluie et une de gel bleu, et où seules les lentilles parviennent à germer. En pleine saison pourrie, cet étranger qui se déclare écrivain cherche dès lors à prendre place dans la communauté hors du temps qui y vit, vaille que vaille. étranger au milieu de ces habitants taciturnes, Siméon devra s’affronter à une hostilité grandissante. Il est le paria, l’autre absolu. Parviendra-t-il à écrire le livre dont il a le projet ? Depuis près de quarante ans, Les Saisons conquit un réseau souterrain de lecteurs enthousiastes, souvent prosélytes, qui n’hésitent pas à faire circuler ce livre. Une confrérie d’initiés qui partage un même univers ; ils se connaissent et se reconnaissent entre eux, un peu comme les lecteurs de Malcolm Lowry ou de Julio Cortázar. Voici pour la première fois ce « livre culte » en poche chez Christian Bourgois. Maurice Pons s’y saisit de toute la crasse humaine pour la transformer en or. « Quand un monde est inhabitable, on le change, ou on en change. »
 

Mon ressenti :  

On connaît tous le trou du cul du monde, un lieu reculé, hors du temps. Mais qui connait le véritable trou du cul du monde ?
Siméon, lui, l'a trouvé. Et en alchimiste, il veut en révéler la substantifique moelle. La question qui demeure : peut on changer la merde en or ?

Siméon est écrivain, enfin un écrivain en herbe qui rêve d'écrire LE Livre et cherche depuis pas mal de temps un lieu où il pourra trouver l'inspiration, exercer son talent et laisser s'épanouir sa plume après un véritable chemin de croix. Il tombe sur un village reculé un soir de pluie...

Encore un avertissement : ne vous méprenez pas sur mes desseins qui sont périlleux. Ce que je dois écrire n'est pas beau en soi. Je puis bien vous l'avouer, ce sont des horreurs que je dois décrire, des horreurs et des souffrances surhumaines – comme par exemple la mort de ma sœur Enina – et c'est à travers cette horreur que je dois atteindre la beauté, une beauté qui purifiera le monde, qui en fera sortir tout le pus, mot à mot, goutte à goutte, comme d'une burette à huile. Après quoi le monde sera meilleur, et vous-mêmes vous serez meilleurs dans un monde plus heureux. Voilà quelle est ma science.

Chez ces gens là, pas la bluette de Jacques Brel, les habitants sont bien au delà, une sacré brochette de personnages tous plus vils les uns que les autres. La lie de l'humanité avec des coutumes étranges,  vulgaires et horribles qui se nourrissent exclusivement de lentilles, le seul truc qui pousse chez ces bouseux. Alors au menu, c'est soupe claire de lentilles, pain rassi à la farine de lentilles et alcool tord boyau de lentilles.
 
On veut voyager, on veut visiter le monde – et on s'étonne après des usages !...


Il n'y a plus de saisons, ce proverbe populaire prend ici toute sa rigueur. Il en reste deux, et pas des plus plaisantes. Si il ne pleut pas, c'est qu'il neige. Est ce cette météo peu clémente qui a rendu les habitants si funèbres ?

Où sommes nous ? Dans un pays imaginaire, un monde irréel ? Un au delà du miroir lugubre et malsain ?
Ce qui est sûr, c'est que l'auteur arrive à magnifier toute cette merde pour en faire un bouquin inclassable, et je pense inoubliable.
La question que tu dois sûrement te poser : pourquoi devrais tu lire ce livre désespérant alors que le monde qui nous entoure l'est tout autant ?
Et je te répondrai simplement : parce ce roman est beau.

Voir même plus que beau, un chef d'œuvre selon TmbM et il n'emploie pas le terme à tout bout de champ (de lentilles ?) et qui a causé cette lecture.
 
 
 
 
 

10 commentaires:

  1. Tu n'emploies pas le terme "chef d’œuvre" mais j'ai comme l'impression de le lire entre les lignes de ton billet...

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  2. Ton intro est finalement fort joyeuse vu la suite. 😅
    Je n'ai aucun doute que Maurice Pons écrit très bien vu vos réactions à tous deux, mais fiou, c'est quand même dur d'avoir envie d'entrer dans tout ce désespoir.

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  3. Alors si c'est beau, j'oserai plonger dans ce monde désespérant! Merci pour la recommandation le canidé!

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  4. Tu ne m'aspas du tout donné envie de lire ce bouquin, mais je tiens à dire: vive Casimir!

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  5. Il n’y a pas un peu un arc en ciel ? Faut lire Christophe André d’urgence.

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    1. Il y a bien un moment où la possibilité d'un éventuel hypothétique arc en ciel se fait jour, mais non.
      Et pour Christophe André, je passe mon tour...

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