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Les dépossédés

mars 30, 2023

Ursula K. Le Guin, Robert Laffont, 1975, 408p., 11€ epub sans DRM



Des utopistes révolutionnaires sont envoyés sur la lune afin qu'ils foutent la paix aux braves gens. Macron, si tu me lis...


Pitch de l'éditeur :

Deux planètes se font face. Anarres est une utopie concrète fondée sur la liberté absolue et la coopération. Mais loin d'être un paradis, c'est un monde pauvre et dur. Sur Urras, le capitalisme et le culte du profit règnent en maîtres. L'État centralisateur est tout-puissant, l'individualité niée. Le Dr Shevek, éminent physicien d'Anarres, se rend en mission sur Urras au grand dam des siens. Pourra-t-il faire partager aux habitants d'Urras la promesse dont il est porteur, celle de la liberté 


Mon ressenti :


Nous voici dans un monde qui ressemble au notre, avec ses différents types de gouvernements représentant notre échiquier politique. Et d'un groupe qui a une autre idée de faire société. D'aucun en aurait tiré une histoire banale ou chiante, en tirant la corde vers les préférences idéologiques de l'auteurice, en ne voyant que le côté positif. Pas Ursula. Ursula nous montre le début d'une société anarchiste, toute jeune, 160 ans. Etablie dans un monde rustre où il n'y a rien, où tout est à faire. Il y a des heurts, des coups durs, et pour éviter les erreurs, les retours en arrière, ont érige quelques murs, même si cela fait entorse à la vision initiale, pour que l'utopie perdure...

Trente ans que je n'avais pas relu ce roman qui n'a pas pris une ride, alors que moi... Un roman sans cliffhanger, sans moultes personnages, nous suivons surtout les pas d'un scientifique haït par une partie de ses compatriotes et nous découvrons en parallèle son enfance. L'histoire d'une vie qui va traverser deux modes de vie inconciliables. Et l'important pour Ursula, c'est son personnage, son parcours, son histoire, pas le blabla idéologique. Elle n'explique pas, elle montre.

Les dépossédés est de l'émotion pure, une histoire sur les murs, que l'on subit ou qu'on érige. Magnifique (et un peu triste aussi...)

Les saisons

avril 29, 2021

 

Maurice Pons, Christian Bourgeois éditeur, 1975, 255 p., 7,50€ epub sans DRM


Voici venu le temps des pleurs et des chants funèbres
Dans la vallée perdue
C'est tous les jours l'automne
C'est le pays triste des enfants malheureux
Des hommes moignons
Oui c'est un enfer

Présentation de l'éditeur :

Un beau jour du seizième mois de l’automne, Siméon arrive dans une vallée perdue où se succèdent inlassablement deux saisons, une de pluie et une de gel bleu, et où seules les lentilles parviennent à germer. En pleine saison pourrie, cet étranger qui se déclare écrivain cherche dès lors à prendre place dans la communauté hors du temps qui y vit, vaille que vaille. étranger au milieu de ces habitants taciturnes, Siméon devra s’affronter à une hostilité grandissante. Il est le paria, l’autre absolu. Parviendra-t-il à écrire le livre dont il a le projet ? Depuis près de quarante ans, Les Saisons conquit un réseau souterrain de lecteurs enthousiastes, souvent prosélytes, qui n’hésitent pas à faire circuler ce livre. Une confrérie d’initiés qui partage un même univers ; ils se connaissent et se reconnaissent entre eux, un peu comme les lecteurs de Malcolm Lowry ou de Julio Cortázar. Voici pour la première fois ce « livre culte » en poche chez Christian Bourgois. Maurice Pons s’y saisit de toute la crasse humaine pour la transformer en or. « Quand un monde est inhabitable, on le change, ou on en change. »
 

Mon ressenti :  

On connaît tous le trou du cul du monde, un lieu reculé, hors du temps. Mais qui connait le véritable trou du cul du monde ?
Siméon, lui, l'a trouvé. Et en alchimiste, il veut en révéler la substantifique moelle. La question qui demeure : peut on changer la merde en or ?

Siméon est écrivain, enfin un écrivain en herbe qui rêve d'écrire LE Livre et cherche depuis pas mal de temps un lieu où il pourra trouver l'inspiration, exercer son talent et laisser s'épanouir sa plume après un véritable chemin de croix. Il tombe sur un village reculé un soir de pluie...

Encore un avertissement : ne vous méprenez pas sur mes desseins qui sont périlleux. Ce que je dois écrire n'est pas beau en soi. Je puis bien vous l'avouer, ce sont des horreurs que je dois décrire, des horreurs et des souffrances surhumaines – comme par exemple la mort de ma sœur Enina – et c'est à travers cette horreur que je dois atteindre la beauté, une beauté qui purifiera le monde, qui en fera sortir tout le pus, mot à mot, goutte à goutte, comme d'une burette à huile. Après quoi le monde sera meilleur, et vous-mêmes vous serez meilleurs dans un monde plus heureux. Voilà quelle est ma science.

Chez ces gens là, pas la bluette de Jacques Brel, les habitants sont bien au delà, une sacré brochette de personnages tous plus vils les uns que les autres. La lie de l'humanité avec des coutumes étranges,  vulgaires et horribles qui se nourrissent exclusivement de lentilles, le seul truc qui pousse chez ces bouseux. Alors au menu, c'est soupe claire de lentilles, pain rassi à la farine de lentilles et alcool tord boyau de lentilles.
 
On veut voyager, on veut visiter le monde – et on s'étonne après des usages !...


Il n'y a plus de saisons, ce proverbe populaire prend ici toute sa rigueur. Il en reste deux, et pas des plus plaisantes. Si il ne pleut pas, c'est qu'il neige. Est ce cette météo peu clémente qui a rendu les habitants si funèbres ?

Où sommes nous ? Dans un pays imaginaire, un monde irréel ? Un au delà du miroir lugubre et malsain ?
Ce qui est sûr, c'est que l'auteur arrive à magnifier toute cette merde pour en faire un bouquin inclassable, et je pense inoubliable.
La question que tu dois sûrement te poser : pourquoi devrais tu lire ce livre désespérant alors que le monde qui nous entoure l'est tout autant ?
Et je te répondrai simplement : parce ce roman est beau.

Voir même plus que beau, un chef d'œuvre selon TmbM et il n'emploie pas le terme à tout bout de champ (de lentilles ?) et qui a causé cette lecture.
 
 
 
 
 
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