vendredi 24 mars 2017

Le passage

Justin Cronin, Robert Laffont, 2011, 976 p., 13€ epub sans DRM (en promo jusqu'au 03 avril 2017 : 5€)


Encore une fois, des hauts gradés militaires cherchent la solution pour exterminer définitivement leurs adversaires sans trop éparpiller partout de la bidoche de bidasses. Mais comme souvent, lorsqu'un militaire commence à réfléchir, ce n'est jamais bon pour l'humanité.
Le passage donc, un incontournable de la littérature de l'imaginaire, avec moultes avis dithyrambiques.  Sur les vampires, il y a Bram stocker, Anne Rice, et désormais, dans un autre style, Justin Cronin.
Et moi, humblement, je vais vous dire pourquoi vous ne devez pas le lire.


Présentation de l'éditeur :


Avant de devenir la Fille de Nulle Part - celle qui vint en marchant, la Première, la Dernière et la Seule, et qui vécut mille ans -, ce n'était qu'une petite fille appelée Amy ; Amy Harper Bellafonte, née dans l'Iowa.
Années 2010. Dans la jungle bolivienne, un commando de l'armée américaine traque les membres d'une expédition atteints d'un mystérieux virus... Au Texas, deux agents du FBI persuadent un condamné à mort de participer, en compagnie de onze autres prisonniers, à une expérience scientifique ultrasecrète.
Près d'un siècle plus tard. Une communauté a réchappé à l'apocalypse causée par l'invasion dévastatrice de mutants qui ont plongé le monde dans le chaos. Un jour, une jeune fille silencieuse et énigmatique se présente à la porte de la Colonie. Elle paraît à peine quatorze ans, mais elle en a plus de cent...


Mon ressenti :


Le livre se découpe en deux parties : aujourd'hui et demain.
De nos jours, des militaires font joujoux avec un savant fou pour créer l’Armageddon. Bon, ils ne pensaient pas créer ce bordel mais ils n'avaient qu'à lire et regarder tous les romans et films qui traitent de ce sujet avant d'aller faire mumuse. L'auteur prend son temps pour planter le décor, les personnages sont complexes et bien campés psychologiquement, que ce soit le quidam de passage ou un personnage principal. Chaque lieu est décrit avec parcimonie, la petite haie bordant une maison quelqonque, le motel miteux. De même pour les actions, la ballade au zoo, la fête foraine et bien d'autres. Le roman se regarde, se vit. J'ai vu le livre, ou j'ai lu le film. Des images plein la tête.
Cette première partie est un livre à elle seule. La fin avec la Fille de Nulle Part et l'agent du FBI est le passage que j'ai le plus apprécié, le calme avant la tempête.

Puis vient la deuxième partie. Et là, ça se gâte un peu pour moi. Cela provoque une cassure dans le récit et il faut recommencer à tout redécrire, le monde, les protagonistes. Une communauté en apparence tranquille qui ne demande qu’à exploser à la première occasion. Les rennes du pouvoir sont données aux premières familles, une division par classes. Les marcheurs, les errants à la recherche d'un oasis de paix, étant légèrement exclu. C'est toujours très bien fait mais le rythme n'est plus le même. Une fois la machine relancer, le page turner reprend ses droits, le grand spectacle est présent.
Justin Cronin s'amuse avec ses vampires, ses viruls, ses fums, ses dracs ou ses jets. Il joue avec les codes du genre : l'ail ("De l'ail, fit Greer avec un ricanement. Un truc vieux comme le monde. Ces putains de dracs en raffolent."), le reflet. Il pousse même le vice de nous emmener à une séance cinéma voir Dracula. Tout en s'amusant, il arrive à créer un vampire qui n'existait pas dans le domaine fantastique et à le rendre crédible.
Le récit est entrecoupé d'extraits de témoignages sur cette époque qui ont été produits lors de la 3e conférence globale sur la période de Quarantaine nord-américaine en 1003 après V. Un futur existe, toute la question est de savoir lequel.

Plus dérangeant pour moi est la symbolique religieuse qui imprègne tout le récit via l'histoire de l'Arche de Noé. Et comme dans toute mythologie, il y a des petits couacs, des petites digressions qui demandent une certaine suspension de crédulité.
Amy, la Fille de Nulle Part est-elle le christ, l'antéchrist ? Je pense que le récit aurait pu s'épargner cette dimension religieuse agaçante.

Malgré tout, c'est ma troisième lecture de ce pavé, cela se dévore toujours aussi vite (même si on relève quelques défauts ici pu là).
Et là est la raison qui fait que vous ne devez pas lire ce texte : vous voulez toujours lire la page d'après, et la suivante. Vous rognez sur votre sommeil, vous allez posez des RTT ou vous faire porter pâle afin de refermer ce roman au plus vite. Vous allez mettre votre vie de famille de côté, vos amis au risque de vous retrouver seul plus tard. Jets, pour un résultat en demi teinte, il vous restera à lire Les douze et La cité des miroirs qui vient de sortir avant de lire le mot FIN.

Putain de suceurs de sang !

Mon avis Mon avis

Le livre fait partie des "Livres à sauver en cas de fin du monde" (et là, on nage en pleine mise en abyme) pour Un papillon dans la lune

Quelques citations :



L'agent spécial Brad Wolgast détestait le Texas. Il le détestait en gros et au détail.
À commencer par le temps : une vraie fournaise, et une minute plus tard on crevait de froid. Il faisait si lourd qu'il avait l'impression d'avoir une serviette-éponge mouillée sur le crâne. Il détestait le paysage, ce néant plat, usé par le vent, ponctué d'arbres pitoyables, rabougris, avec des branches crochues comme dans la forêt de la méchante sorcière de Blanche Neige. Il détestait les autoroutes et les panneaux d'affichage, les subdivisions administratives sans rime ni raison et les drapeaux du Texas grands comme des tentes de cirque qui flottaient partout. Il détestait les pick-up géants que tout le monde conduisait, malgré l'essence à plus de trois dollars le litre, et la planète pouvait bien crever à petit feu comme un paquet de haricots au micro-ondes. Il détestait les bottes, les boucles de ceinturon, et la façon dont les gens parlaient comme s'ils avaient une patate dans la bouche, le genre à ne jamais se brosser les dents, des types qui donnaient l'impression de passer leurs journées à cheval, à capturer des chevaux au lasso, au lieu de vendre des assurances ou des encyclopédies au porte-à-porte, comme tout le monde.

Il y avait une fac, dans le coin, Sam Houston State, et Wolgast se dit que ça devait être des étudiantes, ou qu'elles travaillaient ensemble, quelque part. Le monde pouvait bien partir en sucette, la happy hour c'était la happy hour, et les jolies filles rempliraient les bars de Huntsville, Texas, quoi qu'il arrive. 


Peter s'avança dans la salle. Ceux, quels qu'ils soient, qui avaient construit cet endroit, l'avaient bâti pour durer. Il lui rappelait la bibliothèque, sauf que les livres étaient des caisses et que les caisses ne renfermaient pas des mots mais des armes. Les reliquats de la dernière guerre perdue, mis en boîte et entreposés pour la guerre à venir.




2 commentaires:

  1. Tu as bien mené ta barque. Pendant un petit moment je ne savais pas si c'était du lard ou cochon...
    Du coup, je suis très intriguée par ce roman, et je l'inclus dans ma PAL. Les pôvres militaires, ils sont à la fête!! ;-)

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    1. C'est pas ma faute si dans les romans que je lis les miltaires sont cons !
      Un bon livre, j'espère qu'il te plaira.

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