L'une rêve, l'autre pas

Nancy Kress, ActuSF, 2012 (parution originale : 1991), 172 p., 4€ epub sans DRM


Des parents qui veulent le meilleur pour leurs enfants.


Présentation de l'éditeur :



Alors que deux jumelles viennent au monde, l’une d’entre elles bénéficie d’une modification génétique qui lui permet de ne plus dormir. Huit heures d’éveil de plus par jour, un rêve pour apprendre, vivre et découvrir le monde... Huit heures qui feront aussi d’elle, un être à part.



Mon ressenti : 


Un texte au passé prestigieux : Nebula en 1991, Hugo en 1992, Prix des Lecteurs d’Asimov’s en 1992 et Grand Prix de l’Imaginaire en 1995... La première parution française date de 1993 dans l'anthologie Futurs qui craignent chez Pocket.

C'est un texte qui nous narre les différentes étapes de la vie de Leisha, et de sa soeur jumelle. Enfin, presque jumelle, car Leisha a subi quelques modifications génétiques avant sa naissance lui permettant de se passer de sommeil et de bénéficier de diverses améliorations, Tandis que l'autre est resté naturelle, ordinaire. Ces choix individuels ont cependant un impact sur cette société future. Gagner quelques heures de sommeil permet de compléter son éducation, d'autant plus quand les parents sont déjà des puissants de ce monde. Une nouvelle religion voit le jour, soeur du libre échange et de l'individualisme. Basé sur le contrat bénéfique à l'une et l'autre partie. Mais que faire quand une des parties n'a rien à échangé, du fait de sa place dans la société, et/ou de son incapacité ?
J'ai beaucoup pensé à Robert Charles Wilson et son roman Les Affinités en lisant ce texte. Sur une idée de départ différente, ces deux auteurs nous dressent le portrait d'un monde qui se ferme aux autres. Sentiment renforcé par une écriture simple et fluide, la grande histoire nous est contée du point de vue individuel.

Tous les parents veulent le meilleur pour leurs enfants, c'est un fait avéré. Si vous aviez la possibilité de leur donner les meilleurs chances de départ dans la vie, vous n'hésiteriez pas un seul instant. Mais à décision individuelle, les conséquences sociétales ne sont pas à ignorer. Sur un sujet toujours d'actualité, les modifications génétiques du foetus, Nancy Kress dresse le bilan possible d'une telle révolution : inégalités, difficultés parentales à gérer ces surdoués, discriminations des minorités (pour une fois les riches), ...

J'ai aimé aussi cette critique sous jacente de l'individualisme face à la société, du bien commun. Critique toute en nuance car même si vivre en société implique l'abandon d'une part de son individualité, la société, l'opinion publique va extrêmement vite à se trouver des parias. Parias qui n'auront alors qu'un désir, celui de vivre hors société. La boucle est bouclée.

De l'importance du titre
ActuSF a fait le choix de modifier le titre original, Beggars in Spain . C'est son choix, mais comme le dit ce texte des décisions individuelles ont des incidences, ici sur le lecteur. A première vue, le roman parle d'une fratrie, je pensais que le lien entre les deux soeurs seraient plus au centre de l'intrigue, ce qui n'est pas le cas véritablement, le sujet principal étant les modifications génétiques. Mais bon, va vendre une novella qui s'appelle Les mendiants en Espagne. Et oui ça parle aussi des mendiants en Espagne. Le rapport : lisez ce texte.

Le livre se termine par une interview de quelques pages de Nancy Kress qui revient sur son parcours. Un petit plus qui m'a hautement ravi. Pour moi, cela devrait être la norme dans l'édition..

Dans sa critique dans le Bifrost n.69 (pas le meilleur soit dit en passant), Erwann Perchoc termine sa critique par
"...on s’interrogera sur la pertinence de cette réédition, sachant que l’anthologie Futurs qui craignent est aisément trouvable d’occasion (avec, pour un prix divisé par deux ou trois, cinq textes de plus) et que, par la suite, Nancy Kress a étendu cette novella en un roman, Beggars in Spain (dont L’une rêve, l’autre pas ne forme que le premier quart), qu’ont suivi Beggars and Choosers et Beggars Ride, l’ensemble formant le cycle « Sleepless ». Peut-être de quoi donner des idées à un éditeur ?"
On peut désormais répondre à l'interrogation d'Erwann quelques années plus tard : il n'en est rien, ActuSF n'ayant à ce jour pas encore publié la trilogie tiré de cette novella.


Pour conclure, une très bonne découverte, grâce au concours organisé par Xapur avec la complicité des éditions ActuSF (Livre qui entre, comme de par hasard dans le cadre de son challenge !). Un texte qui se lit rapidement et aux prix décernés mérités. Un vrai plaisir de lecture, intelligente et passionnante. Vert a apprécié à sa valeur le touche d'optimisme qui s'en dégage. Un troll y a trouvé cependant quelques bémols. Lorhkan déplore aussi la non parution française de cette trilogie.


  Summer Short Stories of SFFF


 Citation :

Il y a toujours eu des gens haineux, Stewart. Haïr les Juifs, haïr les Noirs, haïr les immigrants, haïr les Yagaiistes qui ont plus d’initiative et de dignité que soi. Je ne suis que le dernier objet de haine en date. Ce n’est pas nouveau, ce n’est pas remarquable. Cela ne représente aucun schisme essentiel entre les Dormeurs et les Non-Dormeurs. 





4 commentaires:

  1. Je garde un bon souvenir de cette novella, d'autant plus qu'elle m'a fait découvrir Nancy Kress qui écrit de chouette choses. C'est sûr qu'on aimerait en lire plus à ce sujet mais j'imagine que ça doit pas être assez vendeur pour mériter une traduction (d'ailleurs je confirm, un livre intitulé "Mendiants en Espagne" n'a vraiment rien de vendeur xD)

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    1. Je n'ai lu de l'auteur que des textes courts jusqu'à présent mais j'aime son style d'écriture. Je vais me pencher sur ses romans traduits...

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  2. Je vais surement lire cette novella prochainement. La critique de Lorhkan m'a titillé et je viens de relire la tienne qui a fini de me convaincre.

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    1. Cela te permettra de découvrir un peu plus l'auteure, avant de peut être craquer pour les danses aériennes.
      J'avais aimé le nexus, cette novella confirme le talent. A suivre

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