Celle qui n'avait pas peur de Cthulhu

 

Karim Berrouka, ActuSF, 2018, 344 p., 6€ epub sans DRM



Ahaimgr'luhh llll ehye ngnah ymg' ahornah, Ahogog ot mgepnah ah llll c' l' mggoka'ai. Ye'bthnk shugothnah gently ph'nglui block ye'bthnk. llll ng cart mgepch'nglui'ahog. H' h' epgoka ph'nglui ng fired. A uh'eog ahuh'eog ph'nglui yah'or'nanahh, n'ghftorog ah'ehye mgepah yeeogog y'or'nahh mgepog. H' mggoka s'uhnog.
Gn'th'bthnkor fm'latghnah yogfm'log. Uh'eaglnah mgepah seized naIIII mgehye'bthnk ephaifreeze ahhai mgfm'latghnah llllw'nafh. Mgahnnn mgng ch'nglui'ahog Gokln'gha nilgh'rinah C' l' mgr'luh


Présentation de l'éditeur :


Qu’est-ce qui est vert, pèse 120 000 tonnes, pue la vase, n’a pas vu le ciel bleu depuis quarante siècles et s’apprête à dévaster le monde ?
Ingrid n’en a aucune idée.
Et elle s’en fout.
Autant dire que lorsque des hurluberlus lui annoncent qu’elle est le Centre du pentacle et que la résurrection de Cthulhu est proche, ça la laisse de marbre.
Jusqu’à ce que les entités cosmiques frappent à sa porte...


Mon ressenti :



Et si vraiment Cthulhu existait ?
Comme le disait Bakounine, ce Camarade Vitamine, il faudrait s'en débarrasser !

Et encore un roman autour de Lovecraft. Pas une semaine, sans une sortie ou future sortie d'un roman, essai, mise au point sur Lovecraft et sa bande de monstres indicibles. Le Gaviscon n'arrive même plus à soulager mon indigestion, et voilà qu'un certain Karim Berrouka que je suis depuis son premier cri (Houlala) se met de la partie. Mais je l'aime bien Karim, il m'avait fait rire malgré ma détestation des fées, il a hissé le drapeau anarchiste sur la Tour Eiffel et puis cette présentation qui participe à mon ressenti autour de ces sorties littéraires. Alors pourquoi pas ?

Mais en fait, Ingrid ne s'en fout pas réellement de Cthulhu, elle est même très curieuse. Alors malgré ces quidams qui lui racontent des inepties, elle veut voir si ce qu'ils racontent est véridiques.
L'occasion de faire la connaissance avec quatre sectes vouant un culte aux bestiaires monstrueux lovecraftien : on passe de l'American Dagon Scuba Diving Society et ses hommes poissons d'Innsmouth, aux Satanistes de l'amour vouant un culte à Shub-Niggurath et à l'amour libre, sans oublier la DUMF et sa musique dodécacophonique à la gloire d'Azatoth, et les tarés scientifiques misogynes de Jésus Higgs Dieu-Boson Yog-Sothoth. Chaque secte est complètement barré mais croit dur comme fer à leurs croyances, aussi incroyables fut-elle. Une sacré bande de fanatiques attendant le messie depuis des temps immémoriaux, mais qui pourrait bien les surprendre par le fait qu'il ne ressemble pas à ce qu'ils attendaient.

Alors on sourit à quelques blagues et trouvailles, mais une fois les présentations faites, un manque de rythme se fait cruellement sentir. Ingrid se laisse aller, elle s'en fout au fond de ces tarés, et moi lecteur, je m'en foutais aussi de toutes les péripéties qui lui arrivaient. Un gros passage à blanc (200 pages environ) du fait d'une intrigue linéaire et répétitive : elle rencontre un fanatique d'une des factions, part à la découverte de leur "royaume" et revient faire un compte rendu à ses amis.

La fin a tout de même relevé mon intérêt, la satire est plus présente, la critique de la Religion refait surface, les retournements de situation rocambolesques sont présents.
Les titres de chapitres sont souvent très inventif et drôle : Les Buttes-Chaumont hallucinées, L’orgie tombée du ciel, Le quantique, c’est fantastique, L’appel du pentacle, Si le chaos m’était conté,...

Celle qui n'avait pas peur de Cthulhu n'est pas le livre que j'attendais de lire, celui qui aurait bousculé avec plus de verve et de satire les mythes et légendes de Lovecraft, même si quelques fulgurances sont à notés de ce côté. Dans son interview sur ImaJ'nèr, il dit qu'il aime s'emparer d'un sujet pour en apporter une approche décalée dans les archétypes, pari réussi pour ses précédents titres, un peu moins avec ce roman. Peut être l'amateur éclairé trouvera des allusions aux oeuvres du raciste qui ne m'ont pas interpelé.

Au final, un excellent début et une fin épatante, ce qui n'est pas si mal.

Le troll lecteur y a trouvé les mêmes qualités et défauts, tout en appréciant mieux que moi. L'effet Berrouka n'a pas agit non plus sur Le journal semilittéraire qui a été décue

Quelques citations :


Ingrid se retient de lui crier que tout ce en quoi il croit est un mensonge. Que ce que nous croyons savoir sur ces entités cosmiques est sujet à caution. Les cinq factions ont saisi une part de vérité, qui flottait là, voletant dans le cosmos. Elles les ont modelées au fur et à mesure des années pour solidifier une foi qui n’a aucune légitimité. Les fois naissent parce que les hommes brûlent du désir inconscient de s’inventer des croyances puis de s’y soumettre, parce que rien d’autre ne peut justifier les lois contraignantes et absurdes qu’ils veulent imposer et qu’ils veulent s’imposer. Mais nous ne savons rien, nous ne comprenons rien. Nous interprétons tout.

— C’est une mauvaise chose, de détruire Cthulhu ?
Un temps d’hésitation, puis Thurston reprend.
— C’est un peu là que le bât blesse. Mes recherches achoppent sur ce point. Est-ce qu’il faut se débarrasser de Cthulhu ou non ? Je n’ai pas la réponse. Pas encore. D’où ma méfiance et ma paranoïa.
— Vu le portrait qu’en brosse Lovecraft, ça paraît assez évident ?
— C’est bien plus compliqué que ça. Lovecraft faisait dans le sensationnel. Il n’a perçu que le pendant horrifique de l’entité. Certes, elle est horrible, dans sa forme comme dans sa quintessence. Vu par l’homme, Cthulhu n’est qu’un monstre. Mais la vision qu’a l’homme de l’univers, du chaos cosmique et de l’Ailleurs est parcellaire, inadaptée, emprisonnée dans des carcans inhérents à leur nature humaine. Cthulhu est peut-être une menace. Cthulhu est peut-être une nécessité. Cthulhu est peut-être un cadeau pour l’humanité. Il n’y a qu’une certitude : Cthulhu existe.


— Si on avait le Nécronomicon, on pourrait faire revivre Freud, il est bon en interprétations des rêves.
Haussement d’épaules de Thurston, qui n’est pas très sensible à son humour.
— Freud était un charlatan. Et le Nécronomicon ne servirait à rien. Lovecraft s’est laissé emporter par son imagination fertile.
— Il n’existe pas ?
— Bien sûr qu’il existe. Mais il ne nous servirait à rien. C’était un livre de cuisine.
— Un livre de cuisine !?
— Oui. L’art de cuisiner les morts.
— Cuisiner les morts… Vous voulez dire les faire parler ?
— Non, non, les cuisiner, au sens propre.
— C’est dégueulasse.
— Son auteur était un vicieux salopard.
— Je pensais qu’il était seulement fou.
— Aussi.

L’idée qu’une fiction qui date d’un siècle puisse aujourd’hui déclencher des réactions aussi déraisonnables la laisse pantoise. Elle sait que l’humanité aime s’inventer des dieux, entretenir des cultes, s’écrire des dogmes pour le plaisir d’aller défendre le plus inhumainement possible ses certitudes, qu’elle entretient le mystère non pas parce que sa confrontation est grisante, mais parce que l’impossibilité de sa résolution est une source féconde pour transformer peurs et doutes en des systèmes statiques et ordonnés de croyances – et même si c’est bien l’imagination qui les fait naître, l’éducation et la morale se chargent rapidement d’encager cette dernière.

13 commentaires:

  1. On se rejoint un peu mais j'ai bien aimé les factions surtout la première ;)

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    1. Ah j'ai préféré celle des misogynes quantiques.

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    2. Elle me rappelait trop mon boulot :)

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    3. Pour le côté misogyne ou quantique ?

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    4. un peu des 2, c'est des physiciens mais pas quantique..

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  2. Mais du coup, il ne reste plus qu'une question : si on saute les 200 pages du milieu, on comprend toute l'histoire ou pas ? =P

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  3. Le début et la fin il paraît que c'est le plus important ;)

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    1. Oui, mais je ne suis pas contre un bon milieu aussi...

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  4. "Et encore un roman autour de Lovecraft. Pas une semaine, sans une sortie ou future sortie d'un roman, essai, mise au point sur Lovecraft et sa bande de monstres indicibles."

    Voilà pourquoi je ne m'intéresse plus au sujet, indigestion de poulpe !

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    1. Je vais suivre ton conseil, trop de poulpe, tue le poulpe. On ne m'y reprendra plus.

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  5. Petite déception pour moi aussi. Petite seulement, j'ai aussi commencé l’œuvre de Karim Berrouka avec des Oulàlà ! et je ne suis pas objective le concernant, mais je me suis moins régalée qu'avec ses précédents bouquins. la faute à Lovecraft, un peu aussi, qui ne m'a jamais fait frémir.

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    1. La faute à Karim, après l'excellent Le club des punks, la barre était haute.
      Je viens de lire ton avis et le partage entièrement. Et comme toi j'attends le prochain, qui sait ?

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