Clapotille
Laurent Pépin, Fables fertiles, 2024, 128 p., 18€ papier
Le triptyque se referme. Et ça clapotille fort.
Pitch de l'éditeur :
Après tout, il habitait encore dans un coin de ma tête, quand je suis apparue sur cette plage, sur le sable enneigé, peut-être qu’il a éclos comme ça, lui aussi, sur une autre plage, ou dans un lac, sous la montagne, dans un océan de coquelicots, ou parmi les feuillages ardus d’une forêt de ventilateurs.
Mon ressenti :
Les contes, c’est pour les enfants. Version Disney, peut-être. Mais jadis, les contes n’étaient ni sages ni mièvres. Et ça, Laurent Pépin ne l’a pas oublié.
Monstre + Ogresse = ?
Avec Clapotille, l’auteur referme son triptyque monstrueux. Après le père dans Monstrueuse Féérie, après la mère dans Angélus des Ogres, voici la fille. Et avec des parents comme les siens, on s’attend forcément au pire.
Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette écriture qui
fait la singularité de cette trilogie, qui ne cherche pas à expliquer mais à
faire ressentir : un pied dans le conte, l’autre dans quelque chose de plus
inquiétant, entre féerie fragile et cauchemar. Clapotille clapotille
justement entre les deux, sans jamais choisir son camp. Le cœur du livre, c’est le lien entre Clapotille et son père. Elle ne cherche ni à le
réparer ni à le normaliser. Elle fait avec ce qui est cassé. Alors elle
fabrique des rêves, elle pose des pansements sur les trous de la mémoire.
Psychanalyse des contes de monstres
Car ici, rêver est devenu un délit. La société, au nom de la raison, de la santé publique et du “bon fonctionnement”, a interdit tout ce qui dépasse : la musique, la littérature, l’émerveillement… jusqu’à la météo. Les Briseurs de Rêves veillent. Rêver est suspect. Rêver est puni.
Pépin pousse encore sa critique de la normalisation des esprits. Te dire que j’ai tout compris ? Je ne m’y risquerai pas - et je ne pense pas que ce soit le but. Son écriture est une décompensation poétique assumée. Quand Clapotille est malade, elle ne crache pas des mots : elle crache de l’or et des pierreries.
Je me suis encore dit que ce livre n’était pas pour moi. Et encore une fois, Pépin m’a eu. Parce que ce n’est pas un roman sur la “psy”, mais un livre sur le deuil, la survie, et les fictions qu’on invente pour rester debout dans un monde qui préférerait nous voir bien rangés.
Clapotille est une ode aux sans, à ceux qui ont dû inventer un “truc”, un rêve, une fable, une folie, pour tenir debout. Une conclusion sombre, marquante, mais surtout pleine d’espérances.
"Laurent Pépin dit l’indicible" (L'épaule d'Orion), "un antidote à l'uniformisation ambiante et un chant d'amour à l'imagination" (Weirdaholic)


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