Les Attracteurs de Rose Street


Lucius Shepard, 2018 (parution originale 2011), Le Bélial, 136p., 5€ epub sans DRM


L'aspirateur de Jeffrey tombe en panne, mais comme il n'a pas souscrit au contrat de confiance de Darty, il doit se rabattre sur un psy comme réparateur !
Résultat : un cluedo gothique et sulfureux doublé d'une revisite du spiritisme via un attirail scientifique.

Présentation de l'éditeur :


Londres, fin du XIXe siècle. Une métropole enfumée, étouffant sous le smog et les remugles de l’industrialisation en pleine explosion… Samuel Prothero est aliéniste. L’un des meilleurs de sa profession. Membre du sélect Club des Inventeurs, jeune homme respecté, son avenir est tout tracé dans cette société victorienne corsetée. Jusqu’à ce que Jeffrey Richmond, inventeur de génie mais personnage sulfureux, sollicite son expertise sur le plus étrange des cas. Troublante mission, en vérité, pour laquelle le jeune Prothero devra se résoudre à embrasser tout entier l’autre côté du miroir, les bas-fonds de la ville-monde impériale et ceux, bien plus effrayants encore, de l’âme humaine… 

Mon ressenti : 


Jadis, naguère, un vieux manoir dans un quartier malfamé de Londres. La création d'un inventeur réprouvé tourne mal et il fait appel à un aliéniste. Pourquoi faire appel à un psy plutôt qu'à un réparateur ?

Un manoir, un meurtre, un mystère, des fantômes, des secrets enfouis. Qui cache quoi ? Dans le brouillard londonien, nos repères vacillent et l'enquête paranormale va mettre à mal les conventions sociales.
Qui dit texte court dit souvent, à mon sens, personnages stéréotypés et/ou univers vite dessinée et/ou intrigue prétexte. Sur ce dernier point, je l'ai trouvé assez fade, l'auteur donnant rapidement aux lecteurs les clés de sa résolution. Par contre, côté ambiance et caractérisation des personnages, c'est du grand art. Je suis de suite entré dans l'histoire, les images venant d'elle même. J'ai même cette impression que dans quelques années, ce sont les images qui me resteront et je penserais avoir vu un film ! Avec même une apothéose finale. Le style emporte le tout pour que l'on ressente au mieux le malaise des protagonistes.
Shepard retranscrit bien les rapports (dans tous les sens du terme) entre élite bourgeoise et bas peuple. Et au final, les frontières ne sont pas si étanches entre ces deux groupes que tout semble séparer, même en cette fin de 19ème siècle.

Un texte bourré de secret, de non-dit qui emprunte beaucoup à la psychanalyse. C'est ce côté qui m'a le plus chagriné, n'étant pas un adepte du bon docteur Freud. Je n'ai pas non plus apprécié l'inventeur Jeffrey Richmond, dont une partie du rôle consiste à faire le mystérieux personnage énigmatique et bourru.

Alors, reste la question finale : pourquoi faire un texte fantastique aux saveurs d'antan de nos jours ? L'hommage est réussi mais assez convenu à mon sens.
Première incursion dans l'univers de l'auteur, sa plume m'a cependant conquis, à moins que ce ne soit Griaule qui tire les ficelles, je vais aller voir cela de plus près.

Je laisse la conclusion aux camarades blogueurs :

Les Attracteurs rend un très bel hommage aux sources des littératures de l’imaginaire (FeydRautha),
l’ambiance est immersive à souhait (Aelinel). La foultitude de détails distillée en quelques mots nous plonge littéralement dans cette époque victorienne (Yogo). La plume de l’auteur est ciselée, poétique et entraînante (BlackWolf) et une belle maestria lorsqu'il s'agit de donner vie à des personnages complexes, malgré la brièveté de son histoire (Artemus Dada). Le mélange de fantastique et de science fonctionne très bien et renforce le côté angoissant et sombre du récit (Celindanae).
Malgré toutes ces belles qualités, l’intrigue de cette novella ne m’a pas totalement happée (Shaya), reste une impression mitigée (Lutin82)




14 commentaires:

  1. Ils auraient du mettre ton pitch en quatrième de couv' XD

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    1. Ils sont timides au Bélial, ils n'ont pas osé me demander !

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  2. Griaule ? Connais pas. =P
    J'ai lu tellement d'avis sur ce livre que j'ai l'impression de l'avoir lu et d'avoir un vrai avis dessus. D'ailleurs tu me confortes dans mon idée : pas indispensable, mais une très belle plume.

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    1. Tu résumes parfaitement la novella : pas indispensable, mais une très belle plume.
      Et tu as intérêt que j'aime Griaule...

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  3. J'adore ton entrée en matière. J'avais aussi fait un clin d'oeil avec les dyson, et je suis ravie de voir que je ne suis pas la seule à être sortie de ma lecture avec cette légère sensation.
    Je lius que toi aussi tu restes assez mitigé sur cette novella. Belle plume, Shepard est reconnu pour cette dernière.
    Je me suis offert son recueil SF et j'espère qu'il fera mouche.

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    1. Difficile de ne pas penser aux aspirateurs avec ce texte...
      En tout cas, m^me si Les attracteurs ne révolutionnent pas le genre, Le bélial a réussi à nous intéresser à cet auteur. Pour ma part, j'ai craqué sur Le dragon Griaule.

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  4. Belle plume en effet. Le genre n'est pas celui que j'affectionne donc je n'ai pas été déçu. C'était une belle découverte.

    Une seconde novella de Shepard devrait être publiée dans la collection... ;-)

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    1. J'attends de voir le pitch du texte. Mais voilà un auteur dont je suivrai les rééditions

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  5. Décidément j'aime beaucoup le ton de tes chroniques ;) Après avoir lu autant d'avis, il vient d’atterrir dans ma PAL !

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  6. Chouette chronique ! Je vois que globalement, on est tous d'accord ;)

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    1. Merci.
      Un texte "oui, mais" qui m'a donné d'en découvrir plus de l'auteur. Pari gagné

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  7. Il est dans ma PAL de toute façon alors autant le lire mais en général même avec quelques petits points mitigés il m'a l'air de plaire au moins pour l'ambiance ^^

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    1. Une novella d'ambiance, parfaitement. Je pense que tu peux y aller sans crainte, à moins d'avoir peur des fantômes...

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