AOC n.58 - n.59



Le monde l'Imaginaire a aussi son Appellation d'Origine Contrôlée.
Est-ce un gage de qualité comme dans l'alimentaire ?
Le chien critique fait son Que choisir en mettant sur le banc d'essai le club Présences d'esprits



Première fois que je me plonge dans la revue AOC, Aventures oniriques et compagnie, éditée par le Club Présences d'Esprits publiant des nouvelles, articles ou BD autour de l'imaginaire, s'adaptant en fonction de l'envoie de textes.
J'avais un peu peur de me retrouver face à des textes passables au mieux, venant de jeunes auteurs, il faut bien faire ses armes... Et j'ai été très agréablement surpris par la qualité générale et le style de certains textes.
Chaque numéro est vendu 3.50 euros, mais il est possible de s'y abonner ou comme moi de prendre un abonnement couplé au magazine Présences d'esprits et à AOC


AOC n.58, automne 2020, 77p., 3.50€ papier

Un numéro spécial Visions du futur, un concours de nouvelles dont il suffit pour participer d'envoyer un texte répondant à un, et un seul, des critères qui étaient :
- Une citation de Jean Pierre Andrevon : "Le monde est à eux. Enfin"
- Une citation de Brandon Sanderson : "Tout casser [...], mais avec du style"
- Une thématique : "Ma vie est incertaine"
- Une citation de Raymond Devos : "La raison du plus fou est toujours la meilleure"



Accessit
Le Voyage de Jisong d’Olivia Cabanaz
Critère : "Tout casser [...], mais avec du style"

Une société commerciale propose des voyages désincarnés. Des voyageurs en profitent pour commettre les pires atrocités sans conséquence. En parallèle, la succession de la cheffe de cette société doit se régler entre ses clones.

Deux fils distincts : un homme attend la réponse à une offre qu'il a faite tandis que la PDG d'un énorme consortium doit choisir sa successeur
Nous sommes dans le cyberpunk, un monde déliquescence pas très ragoûtant dans son mode de vie très noire et cynique. L'auteur est arrivé régulièrement à me surprendre, mais reste un sentiment légèrement bancal, un développement un peu plus poussé pour être parfait. Mais c'est plutôt pas mal.


2ème ex-aequo :
Victoire disparaît de Manuel Le Gourrierec
Critère : "Ma vie est incertaine"

Une physicienne disparaît progressivement après une expérience ratée. Dans une ambiance douce-amère, délicatement mélancolique et poétique, qu’adviendra-t-il pendant ses derniers jours ?

Ici peu importe le pourquoi, reste-le comment. Comment passer ses deniers moments ? Comment accepter l'inéluctable ? Comment faire le deuil des possibilités passées, à venir ou perdues? Un travail d'auto-deuil par anticipation. Une ambiance mélancolique sur la thématique du :  que restera-t-il de nous une fois mort.
Un très beau texte.


2ème ex-aequo :
Zone 70 de Stéphane Miller
Critère : "Tout casser [...], mais avec du style"

Un méga-élevage de porcs s’est installé dans la région. Source de richesse ? Pas sûr ! Poussée par la rage et le désir de vengeance, une femme décide de tout faire péter.

Une méga ferme de porcs s'installe dans un coin paumé rural, promesse d'embauche et de corruption pour les puissants.
Bienvenue dans un futur gris où l'espérance de lendemains qui chantent déchante. Un texte noir sur les compromissions politiques et l'élevage industriel. Même s’il y a quelques grosses ficelles, le côté anar m'a bien plu.


1er prix :
Spin Pong de Christophe Olry
Critère : "Ma vie est incertaine"

Un artefact apparu sur Terre provoque des variations de réalité dévastatrices, au cours desquelles des gens disparaissent purement et simplement. L’humanité survit grâce à un groupe d’ingénieurs, travaillant sur une technologie pour anticiper les variations. Quand l’un d’eux apprend que sa femme et sa fille sont sur la liste des prochaines victimes, il décide de tenter le tout pour le tout.

Un titre comprenant Spin ne pouvait que me faire de l'œil et c'est aussi le gagnant du concours. Comme de par hasard.
Un artefact fait son apparition sur terre et provoque des réalités quantiques.
Voici une nouvelle hard SF de belle tenue. On comprend peu a peu ce qui se joue et comment cela fonctionne. Double d'un thriller , on décompte les pages et les minutes pour approcher de l'illumination.
Un ersatz de La Marche du Levant de Léafar Izen qui ravira les déçus. Le ton m'a fait penser aussi à la nouvelle Un sombre après-midi sans fin de Daniel H. Wilson disponible sur Coliopod.
Comment l'auteur a réussi à faire rentrer le tout en si peu de pages ? Une gageure.

Pour vous démontrer que j'ai beaucoup aimé : j'ai acheté le recueil Vingt ans de Visions du futur (qui comporte 14 nouvelles !!!). Pas de bol pour vous, j'ai acheté le dernier exemplaire.




AOC n.59, hiver 2021, 86 p., 3.50€ papier


Il s'agit ici d'un numéro ordinaire comportant 5 nouvelles. Chaque texte est illustré et accompagné d'une petite présentation de l'auteur.


Ressaç d'André David

Envie de revoir un titre disparu ? Se remémorer une fête exceptionnelle ? Il vous suffit de pousser la porte de chez Recall pour revivre n'importe quel souvenir. Cette expérience vous permettra-t-elle d'aller de l'avant ou au contraire vous enfermera-t-elle dans votre passé ?

Futur, il est désormais possible de revivre des scènes de son passé grâce à la technologie. Nous suivons une des entreprises qui propose ce service.
Total Recall vient de suite en mémoire, comme nous le rappelle dès le début ce texte qui a du m'emmener avec lui dans ses souvenirs. Lorsqu’un évènement traumatisant ou heureux nous arrive, et que ce moment est passé, faut-il le revivre ? Le texte s'attarde plus sur les traumas que sur la technologie et même si pas très original dans sa thématique, pour vivre sa vie, il faut accepter le passé, la plume simple de l'auteur est le mystère de ce qui va arriver maintiennent l'intérêt.


De l'autre côté du mur de Marthe Macorowski

Deux vies prisonnières. L'une d'une maladie, l'autre d'un travail abrutissant sur une chaîne de montage. Deux façons de rêver à un ailleurs : celui d'une plage où la lumière est douce et blanche. Où l'on est enfin libre...

Deux fils distincts. Dans l'un, un fan de vitesse devenu tétraplégique suite à un accident, dans l'autre, une femme usée par le quotidien dans une usine.
Point commun , sortir de cet enfermement. Mais que trouver derrière le mur ?
Une belle plume peut être un peu trop psychologique pour mes goûts, à la lisière entre imaginaire et blanche. L'autrice sait rendre le quotidien palpable et la fuite devenir une échappatoire. Pas très gai.


L'Au-dehors de Nadège Margaud

Pour survivre à l'apocalypse, Philomène a vécu avec son père dans un bunker. À la mort de ce dernier, et les conserves s'épuisant, elle ose enfin meure le nez dehors.

Un père et une fille dans un blockhaus. Le père a passé sa vie à préparer sa fille à découvrir le monde du dehors après sa mort.
Un texte assez classique, sur le monde après une catastrophe, l'autrice parvient à sortir du lot de par sa plume. Le twist final, même si attendu, lui donne au texte une teinte crépusculaire.


Le Gotspeau de Bernard Henninger

Dans l'univers du Gotspeau, aux défis habituels de l'adolescence viennent s'ajouter la nécessité de gérer un corps qui se transforme en une forme adulte mi-homme mi-bête, et celle d'affronter un rituel mystérieux : partir dans les bois à la recherche de son « Gotspeau ».

Un village paumé habité par des humains et des créatures étranges sous la coupe de prêtres .
Un univers original où les enfants vont connaître la mue.
L'auteur ne nous donne pas toutes les clés de son monde qui restera mystérieux, mais dont certaines coutumes nous seront dévoilées. Des traditions étranges et violentes, ou être différent n'est pas de bon augure. Un texte autour de l'adolescence et du passage à l'âge adulte, plein de cruauté.


Out utero de Stéphane Miller

Dans un monde où la pollution est reine et le climat plus que déréglé, il reste une dernière source d'évasion : se connecter au cerveau du dernier dauphin.

On finit par la nouvelle la plus courte, et malheureusement la moins bonne avec ce texte à message. Dans un monde en perdition par le réchauffement climatique et la pollution, une personne se connecte pour vivre dans la peau d'un dauphin. Aucune surprise, un style assez plat, un naufrage comme notre futur...




4 commentaires:

  1. Les couvertures sont très sympas en tout cas, ça fait très pro et ça donne confiance je trouve.
    "qui comporte 14 nouvelles !" : mais ! qui a volé les 6 nouvelles manquantes ?!

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    1. Oui, c'est très pro pour des "amateurs"
      Pour les nouvelles manquantes de l'anthologie, ce sont des textes dont ils n'ont pas retrouvé les auteurs pour les droits et ont préféré ne pas la republier sans l'accord.

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  2. Pas mal! Je rejoins Baroona concernant les couvertures. Celle avec les baleines, notamment, est canon!!

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    1. Pourquoi faire des couvertures moches alors que l'on peut en faire des belles ?

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