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AOC n.64

octobre 20, 2022

Nicolas de Torsiac, Maxime Galopin, Tristan Piguet, Jonathan Penglin, Morgan Corven, Présences d'esprits, printemps 2022, 90p., 3.50€ papier


Une illustration magnifique, un contenu un poil en dessous.
En découvrant la couverture de ce numéro, j'ai fait OUAH. Elle est due à Jeffrey Read. Et encore maintenant, en rédigeant ce billet, je ne peux que faire OUAH



Dernière mise aux poings pour Big Mama de Nicolas de Torsiac
Pitch de l'éditeur : Big Mama gère tout d’une poigne de fer : ses clubs de strip-teasers, son gang de criminelles, et les étalons qu’elle met dans son lit. Alors si les Giga Giga Girls croient faire la loi jusque dans son propre carré VIP, il va y avoir de la viande sur les murs ! Mais celle de qui ?

Un club de striptease tenu de main de maître par la tenancière, Big Mama. Un gang de filles veut discuter avec la patronne...
Un univers matriarcale cyberg pour une tranche de vie augmentée. L'auteur parvient à créer une ambiance glauque et même si cela n'est guère original, on prend plaisir à suivre cette dernière mise aux poings avec ce twist final prolongeant le plaisir de lecture.



La Larme de Sirona de Maxime Galopin
Pitch de l'éditeur : La guerre des druides fait rage, chacun requérant la puissance de son Dieu pour devenir le Grand Druide. Moi je ne suis qu’une arme ; investie des pouvoirs de mon maître, je traque ses rivaux. Mais il ignore que mes victimes me cèdent une partie de leur puissance, et me rend ma conscience… 

L'histoire d'un druide tuant ses ennemis via une arme. C'est de la fantasy, j'ai eu beaucoup de mal à ma faire au style de l'auteur et donc à rentrer dans son univers. En fait, je n'y suis pas rentré. J'ai trouvé cela ampoulé, les codes propres à ce genre d'histoire doivent me manquer. En outre, à part cette tranche de vie des personnages, jamais l'univers n'est esquissé. Pas ma came.



Bleu sang de Tristan Piguet
Pitch de l'éditeur : Aaron Arroyo est agent d’encadrement de Casques Bruns. Il doit protéger la pierre, et seulement elle. On l’envoie protéger une église, cette fois à la tête d’une section de supersoldats artificiels. Une mission pilote aux forts enjeux politiques et économiques. 

Je n'ai pas besoin que Nemesio m'explique à quel point le fanatisme religieux peut pousser les hommes aux pires absurdités. Je n'étais qu'un gosse lorsque les Talibans ont réduit à néant les Bouddhas de Bâmiyân, mais cela m'a néanmoins marqué à vie. Il avait fallu, quelques années plus tard, l'intervention de la communauté internationale pour empêcher la destruction du patrimoine historique colonial de Hong Kong par les Chinois. C'est cela d'ailleurs qui avait entraîné la création d'une force neutre chargée de protéger le patrimoine historique. Tristement, jamais les Etats membres n'étaient parvenus à reproduire ce modèle interventionniste pour contrer les génocides...

Les casques bruns sont donc créés. Un encadrant est envoyé dans une petite île des phillipines pour protéger une église du patrimoine de l'UNESCO. Mission expérimentale car composé de soldats artificiels. La tension est palpable tout au long du récit qu'on devine se terminer tragiquement. Et derrière en filigrane du récit, l'auteur nous interroge sur un futur où la loi économique est la plus forte. Et surtout des conséquences de ce fait. Très bon texte.



La Neige de Jonathan Penglin
Pitch de l'éditeur : La Cité est un mille-feuille bien organisé : les quartiers riches en haut, les pauvres en bas. Sauf au niveau du gouffre qui traverse la ville. Ne serait-ce pas le lieu idéal pour fomenter une révolte ? 

On suit un flic et des activistes autour d'un gouffre dont trois grandes entreprises revendiquent la propriété. Entre leurs crocs, le peuple. Un peu trop rapide pour que je m'attache aux personnages. Au final, j'ai trouvé cela convenu.



Le Réveil de Kasparov de Morgan Corven
Pitch de l'éditeur : Kasparov se réveille et prend conscience de ce qu’il est : une intelligence artificielle surpuissante, logée dans un jouet-chien. Il part demander des comptes à son créateur, mais ce dernier est occupé avec des terroristes venus lui extorquer ses secrets…

L'éveil d'une IA dans la peau d'un jouet chien. L'auteur prend un angle absurde pour aborder la thématique de la singularité de l'intelligence artificielle. Et à chaque étrangeté, nous l'a joue légèrement hard SF. C'est pas mal fait mais il m'a manqué quelque-chose pour rendre la nouvelle inoubliable : Un univers un peu plus développé ou des personnages plus tangibles et réels. Mais bon, je chipote, j'ai pris plaisir à la lire.

AOC n.63

octobre 10, 2022

Paul Simon, Antoine Vanhel, Emmanuelle Nuncq, Présences d'esprits, hiver 2022, 76p., 3.50€ papier


Encore une bonne livraison

La Disparition de Paul Simon
Pitch de l'éditeur : Pendant les vacances, Marie, son frère Paul et leur copain Alex jouent innocemment dans les bois à reproduire un rituel druidique… et Paul disparaît, enlevé par un mystérieux inconnu, sans que ses deux camarades ne comprennent comment. Des années plus tard, Marie, devenue enquêtrice, revient sur les lieux, bien décidée à comprendre.

En Bretagne, là où les légendes s'épanouissent, trois gosses rejouent les rituels magiques apercues dans leur série préférée. Lors d'un de ses jeux, un homme leur apparaît et leur offre à chacun un vœu.
La disparition d'enfants n'est pas un thème très gai, l'auteur arrive à montrer le désarroi des adultes, la culpabilité de ceux qui auraient pu changer le cour des choses. Mais l'espoir, la magie est importante, alors et si ? Un texte lumineux et réaliste. Immersion réussie.


Bien plus qu’une planète d’Antoine Vanhel
Pitch de l'éditeur : De la branche maudite de sa famille, Isendion hérite d’Openor, minuscule planète perdue et sans valeur, inhabitable en raison de ses conditions météorologiques dantesques. Il y débarque donc pour y inventorier ce que lui ont laissés ses marginaux d’aïeux et se débarrasser rapidement de ce caillou cosmique. Il ne sait pas dans quoi il s’engage.

Obstiné, nous étions tous les deux obstinés. Lui le proprio, elle la planète.
Un bien transmis depuis des générations. Sauf que là, le bien est une planète, désertique, ayant rendu fou la plupart de ses propriétaires. Le dernier tente de la revendre jusqu'à ce que...
Voilà un texte qui conte les mésaventures, mais aussi aventures de cet olibrius croyant faire fortune et ainsi démentir l'opprobre jeté à ses aïeuls. Ou comment simplement faire tourner les pages à un lecteur : une histoire, une bonne histoire.


Le Corps d’Albine d’Emmanuelle Nuncq

Pitch de l'éditeur : En cette fin de 19ème siècle, Albine est adulée par le peintre Harry, dont elle est l’épouse et la muse. Sa disparition alors qu’elle est enceinte entraîne l’artiste dans une spirale obsessive, jusqu’aux confins de la folie. Mais qui sait si l’amour et l’art ne peuvent pas transcender la mort ?

19eme siècle, un peintre tombe sous le charme de sa muse. Encore un texte qui me dit que je ne suis décidément pas friand du mélange SFFF et Art. En outre, nous sommes plus dans la blanche que dans l'imaginaire, ne serait ce que par ses thématiques le deuil, la relation enfant mère. Pas mauvais, mais pas pour moi.




AOC n.62

septembre 14, 2022

 

Morgane Guilhem, Sasha D. Page, Agathe Tournois, Olivia Cabanaz, Présences d'esprits, automne 2021, 81p., 3.50€ papier



Un numéro spécial Visions du futur, un concours de nouvelles dont il suffit pour participer d'envoyer un texte répondant à un, et un seul, des critères qui étaient cette année là, en 2021 :

a. « Les racines inspirent, mais elles ne sauraient donner à quiconque le souffle nécessaire à sa propre course. » Fatou Diome
b. (In)justices
c. « Pour eux, on était des Martiens. » Roland C. Wagner
d. « Tu apprendras à tes dépens que le long de ton chemin tu rencontreras chaque jour des millions de masques et très peu de visages. » Luigi Pirandello


Accessit : AB+ de Morgane Guilhem
Pitch de l'éditeurCensure du chien. Mieux vaut ne rien savoir pour déguster pleinement

Une ligne dans une usine où des ouvriers s'activent. Mais cela semble ne pas coller à cause de leurs noms étranges : 2344-H-AB+ ou 2380-F-B+
L'auteure garde le mystère jusqu'au bout de sa nouvelle et la chute arrive, brutalement et magnifiquement. Difficile d'en dire plus s'en déflorer le texte et par la même la surprise. J'aime les nouvelles à chute, j'aime donc AB+
Critère : « Pour eux, on était des Martiens. » Roland C. Wagner

3e prix : Dissémination de Sasha D. Page
Pitch de l'éditeurKaheni est en symbiose avec la ronce, ce qui lui a permis de devenir une guerrière redoutable, et d’échapper au sort de très nombreuses femmes : une fleur délicate fait d’elles de dociles jouets pour les hommes. Le chef du cartel l’envoie en mission pour récupérer une graine qui fera d’une autre femme une esclave parfaite, Kaheni lui obéira-t-elle ?

Un monde où il est possible de vivre en symbiose avec une plante, faisant des femmes de belles plantes. Ce rôle du fait de la symbiose est accolé à leur peau, leur sang... Ronce se voit obliger de dérober une graine extrêmement rare.
Dommage que le monde soit si peu développé pour une immersion plus forte et moins caricatural. Nous sommes plus dans la Fantasy, aucune explication sur cette symbiose. La chute ne fait que renforcer l'effet que j'ai du texte, raté. Du moins pour moi, vu que ce texte a remporté la troisième place.
Critère : « Les racines inspirent, mais elles ne sauraient donner à quiconque le souffle nécessaire à sa propre course. » Fatou Diome

2e prix : Shiawase Lady d’Agathe Tournois
Pitch de l'éditeurShiawase est un opérateur de téléphone qui équipe ses clients de puces neurales. Pour les rassurer et montrer leur intérêt, il a créé les Shiawase Lords and Ladies, des hommes et des femmes que l’entreprise recrute pour devenir les anges gardiens de ses usagers. Chitose rêve de se voir proposer cet emploi, mais quand cela arrive, elle découvre l’envers du décor…

Fini le smartphone, place à la puce neurale. Alors que certains ont peur des dérives possibles sur la vie privée, l'entreprise Shiawase a une idée marketing de génie. Voilà une histoire basée sur une très bonne idée qui nous dessine un monde dystopique où la bonté humaine va en prendre un sacré coup.
J'ai adoré l'idée, légèrement moins le traitement trop adolescent et manquant de noirceur. Mais c'est vraiment pour dire quelque chose de négatif car j'ai trouvé l'idée excellente. Cela est un très bon épisode de La quatrième dimension, j'aurai juste voulu un traitement à la Black Mirror. Les deux références citées vous montre ma haute estime sur ce texte. Bravo Agathe.
Critère : « Tu apprendras à tes dépens que le long de ton chemin tu rencontreras chaque jour des millions de masques et très peu de visages. » Luigi Pirandello

1er prix : Camara Transfer d’Olivia Cabanaz
Pitch de l'éditeurDans cette lagune du bout du monde, Peppe attend. L’enfant ne sait pas très bien pourquoi il est là, mais il aime bien cette vie comme suspendue, éclairée par la présence de Soralyn. Soralyn, elle, est prise au piège ici, comme tant des misérables qui vivent dans ce coin perdu. Peppe, déchiré entre le désir de voir son amie heureuse et la crainte de son départ, devra choisir.

Camara, une bourgade sur pilotis ou végète les déshérités arrivés là on ne sait comment. Rien à faire, rien à attendre. Donc on se raconte des histoires entendues mille fois. Un jour, une personne nouvelle arrive, avec peut être de belles histoires à la clé ?
Toutes les histoires ne sont malheureusement pas belles, ce que va découvrir le protagoniste à son cœur défendant. Un univers entre post apo et réalisme magique où il sera question de choix qui auront des conséquences ici ailleurs et autrepart. C'est la gagnante du concours et ce est pas un hasard.
Critère : (In)justices

AOC n.61

juin 06, 2022

 

Stéphane Paccaud, Anne Goudour, Vivien Esnault, Présences d'esprits, été 2021, 83p., 3.50€ papier


La dernière couverture nous faisait plonger dans le précipice, celle ci nous fait nous élever. Alors, cet opus d'AOC va t'il me faire aller plus haut, aller plus haut, se rapprocher de l'avenir (comme quoi cette chanson est de la SF) ?


Abîme intérieur de Stéphane Paccaud
Pitch de l'éditeur : Plonger dans le cerveau du regretté David Lynch pour y repêcher un chef-d’œuvre inédit ? Cela peut paraître une bonne idée dans un monde que l’inspiration semble avoir déserté. Mais pour cela il va falloir descendre, très, très profond. Et attention : un génie peut en cacher un autre !

Un plongeur dans un sous marin explore un abysse.
Voilà un début complètement faux et vrai à la fois qui m'a emmené dans des profondeurs insoupçonnées. Un très bon texte dont il m'a sûrement manqué quelques références cinématographiques mais mené de main de maître. Quand on voit tous les manuscrits qui ressurgissent après la mort de leur auteur, l'idée de ce texte n'est pas du tout hasardeuse et fait même froid dans le dos.


De l’autre côté de l’écorce d’Anne Goudour
Pitch de l'éditeur : Pour sauver une forêt des flammes, un pompier va devoir travailler avec des alliés inattendus. Il découvre des arbres qui luttent pour leur survie entre un monde urbain toujours plus destructeur et la progression d’espèces invasives. Et si, contre toute attente, leur salut reposait sur les épaules d’un humain ?

Face à un méga feu, un pompier se retrouve isolé. Place ici à la Fantasy où notre pompier va rencontrer une espèce d'arbre bien étrange. Bien écrit, mais cela reste de la Fantasy et n'a pas allumer le feu en moi.
Mais cela me permet de citer mon émission favorite La Méthode scientifique : Méga-incendies : l’âge du feu ?


Tu n’es pas Charlie de Vivien Esnault

Pitch de l'éditeur : Jusqu’où peut aller le fanatisme quand il se couple avec des technologies de pointe ? Et les valeurs que l’on se plaît à défendre haut et fort sur les réseaux sociaux, sommes-nous prêts à les assumer jusqu’au bout ? Le courage, ça s’use vite lorsque l’on vit en permanence dans la peur.

20 ans après Je suis Charlie et le drame qui l'avait précédé, le journal remet le couvert, provoquant la foudre d'une secte intégriste qui va innover dans sa fatwa.
De la rigolade du début, à l'angoisse qui monte peu à peu, au retournement de l'opinion, ce texte permet de s'interroger sur nos prises de position sur les réseaux sociaux. Et si nous devrions les affronter dans la vraie vie ? Un bon texte qui arrive à te faire poser la question : qu'aurai je fait à sa place... 

AOC n.60

juin 14, 2021

 

Anzala Peytoureau, Jean Christophe Gapdy, Agathe Tournois, Présences d'esprits, printemps 2021, 76p., 3.50€ papier

 

Une couverture ambiguë : est-ce que la personne se suicide après avoir lu les nouvelles de ce numéro ? Ou est-elle tombée due au vertige propre au sense of wonder ?
Pour le savoir, qu'une seule solution, lire en se tenant loin d'une falaise, un homme averti en vaut deux !

 

Nô, Anzala Peytoureau

Dans un théâtre où tous doivent porter des masques (pas ceux du covid !), une comédienne sort de scène pour aller dans les loges.
Une nouvelle étrange, un peu à la lisière des genres même si c'est de la SF. Dans ce labyrinthique théâtre des apparences, ces dernières vont être bousculées et les certitudes vaciller.
J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans cet univers (j'ai failli abandonner page 2), ce n'est pas le genre de texte que j'aime, encore moins le théâtre. Au final, je n'ai pas compris le pourquoi, ni le comment de ce texte.


Irréprochable propreté, Jean Christophe Gapdy

Lorsque l'on te dit d'écouter tes parents...
Une nouvelle maison, une adolescente qui n'écoute pas ses parents et une porte fermée.
Lorsque j'ai lu le résumé, je me suis dit, oh que c'est convenu. Puis j'ai lu la dernière phrase et j'ai été emballé.
Voilà donc un texte de SF gore old school qui se lit tout seul. J'ai  beaucoup aimé que l'auteur change ce qui se trouve habituellement derrière la porte pour une chose beaucoup plus SF et l'héroïne n'est pas une dame apeurée.
Jusqu'à la fin, une question me taraudait, pourquoi ce déménagement ? Une erreur de l'auteur ? Mais non tout s'emboîte parfaitement et logiquement.
J'ai pris plaisir à lire ce texte qui change de ce que nous propose l'auteur même si quelques clins d'oeil ici et là font que l'on reconnaît sa patte. Que le terme de gore ne t'effraie pas outre mesure, cela reste léger, mais un conseil cependant, brosse-toi bien les dents... et écoute tes parents !


Entre deux mondes, Agathe Tournois

Changement de paradigme, dans le monde proposé par l'autrice, les handicapés sont les bien portants, depuis que les malformations ont touché la majeure partie de la population après une guerre génétique.
Une bonne idée, une assez bonne réalisation (difficile de traiter de nombreux sujets), un suspense savamment dosé. Par contre, moi j'aime les textes noirs et nous sommes plus ici dans du hopepunk, un peu trop bienveillant à mon goût.
Mais bon, je partage les idées derrière le texte et cela reste le principal ; A bas les fachos racistes et bas du front et vive le melting pot




La revue se clôt par un rappel pour voter au prix des lecteurs avec une belle dose d'humour





AOC n.58 - n.59

mars 08, 2021


Le monde l'Imaginaire a aussi son Appellation d'Origine Contrôlée.
Est-ce un gage de qualité comme dans l'alimentaire ?
Le chien critique fait son Que choisir en mettant sur le banc d'essai le club Présences d'esprits



Première fois que je me plonge dans la revue AOC, Aventures oniriques et compagnie, éditée par le Club Présences d'Esprits publiant des nouvelles, articles ou BD autour de l'imaginaire, s'adaptant en fonction de l'envoie de textes.
J'avais un peu peur de me retrouver face à des textes passables au mieux, venant de jeunes auteurs, il faut bien faire ses armes... Et j'ai été très agréablement surpris par la qualité générale et le style de certains textes.
Chaque numéro est vendu 3.50 euros, mais il est possible de s'y abonner ou comme moi de prendre un abonnement couplé au magazine Présences d'esprits et à AOC


AOC n.58, automne 2020, 77p., 3.50€ papier

Un numéro spécial Visions du futur, un concours de nouvelles dont il suffit pour participer d'envoyer un texte répondant à un, et un seul, des critères qui étaient :
- Une citation de Jean Pierre Andrevon : "Le monde est à eux. Enfin"
- Une citation de Brandon Sanderson : "Tout casser [...], mais avec du style"
- Une thématique : "Ma vie est incertaine"
- Une citation de Raymond Devos : "La raison du plus fou est toujours la meilleure"



Accessit
Le Voyage de Jisong d’Olivia Cabanaz
Critère : "Tout casser [...], mais avec du style"

Une société commerciale propose des voyages désincarnés. Des voyageurs en profitent pour commettre les pires atrocités sans conséquence. En parallèle, la succession de la cheffe de cette société doit se régler entre ses clones.

Deux fils distincts : un homme attend la réponse à une offre qu'il a faite tandis que la PDG d'un énorme consortium doit choisir sa successeur
Nous sommes dans le cyberpunk, un monde déliquescence pas très ragoûtant dans son mode de vie très noire et cynique. L'auteur est arrivé régulièrement à me surprendre, mais reste un sentiment légèrement bancal, un développement un peu plus poussé pour être parfait. Mais c'est plutôt pas mal.


2ème ex-aequo :
Victoire disparaît de Manuel Le Gourrierec
Critère : "Ma vie est incertaine"

Une physicienne disparaît progressivement après une expérience ratée. Dans une ambiance douce-amère, délicatement mélancolique et poétique, qu’adviendra-t-il pendant ses derniers jours ?

Ici peu importe le pourquoi, reste-le comment. Comment passer ses deniers moments ? Comment accepter l'inéluctable ? Comment faire le deuil des possibilités passées, à venir ou perdues? Un travail d'auto-deuil par anticipation. Une ambiance mélancolique sur la thématique du :  que restera-t-il de nous une fois mort.
Un très beau texte.


2ème ex-aequo :
Zone 70 de Stéphane Miller
Critère : "Tout casser [...], mais avec du style"

Un méga-élevage de porcs s’est installé dans la région. Source de richesse ? Pas sûr ! Poussée par la rage et le désir de vengeance, une femme décide de tout faire péter.

Une méga ferme de porcs s'installe dans un coin paumé rural, promesse d'embauche et de corruption pour les puissants.
Bienvenue dans un futur gris où l'espérance de lendemains qui chantent déchante. Un texte noir sur les compromissions politiques et l'élevage industriel. Même s’il y a quelques grosses ficelles, le côté anar m'a bien plu.


1er prix :
Spin Pong de Christophe Olry
Critère : "Ma vie est incertaine"

Un artefact apparu sur Terre provoque des variations de réalité dévastatrices, au cours desquelles des gens disparaissent purement et simplement. L’humanité survit grâce à un groupe d’ingénieurs, travaillant sur une technologie pour anticiper les variations. Quand l’un d’eux apprend que sa femme et sa fille sont sur la liste des prochaines victimes, il décide de tenter le tout pour le tout.

Un titre comprenant Spin ne pouvait que me faire de l'œil et c'est aussi le gagnant du concours. Comme de par hasard.
Un artefact fait son apparition sur terre et provoque des réalités quantiques.
Voici une nouvelle hard SF de belle tenue. On comprend peu a peu ce qui se joue et comment cela fonctionne. Double d'un thriller , on décompte les pages et les minutes pour approcher de l'illumination.
Un ersatz de La Marche du Levant de Léafar Izen qui ravira les déçus. Le ton m'a fait penser aussi à la nouvelle Un sombre après-midi sans fin de Daniel H. Wilson disponible sur Coliopod.
Comment l'auteur a réussi à faire rentrer le tout en si peu de pages ? Une gageure.

Pour vous démontrer que j'ai beaucoup aimé : j'ai acheté le recueil Vingt ans de Visions du futur (qui comporte 14 nouvelles !!!). Pas de bol pour vous, j'ai acheté le dernier exemplaire.




AOC n.59, hiver 2021, 86 p., 3.50€ papier


Il s'agit ici d'un numéro ordinaire comportant 5 nouvelles. Chaque texte est illustré et accompagné d'une petite présentation de l'auteur.


Ressaç d'André David

Envie de revoir un titre disparu ? Se remémorer une fête exceptionnelle ? Il vous suffit de pousser la porte de chez Recall pour revivre n'importe quel souvenir. Cette expérience vous permettra-t-elle d'aller de l'avant ou au contraire vous enfermera-t-elle dans votre passé ?

Futur, il est désormais possible de revivre des scènes de son passé grâce à la technologie. Nous suivons une des entreprises qui propose ce service.
Total Recall vient de suite en mémoire, comme nous le rappelle dès le début ce texte qui a du m'emmener avec lui dans ses souvenirs. Lorsqu’un évènement traumatisant ou heureux nous arrive, et que ce moment est passé, faut-il le revivre ? Le texte s'attarde plus sur les traumas que sur la technologie et même si il n'est pas très original dans sa thématique, pour vivre sa vie, il faut accepter le passé, la plume simple de l'auteur et le mystère de ce qui va arriver maintiennent l'intérêt.


De l'autre côté du mur de Marthe Macorowski

Deux vies prisonnières. L'une d'une maladie, l'autre d'un travail abrutissant sur une chaîne de montage. Deux façons de rêver à un ailleurs : celui d'une plage où la lumière est douce et blanche. Où l'on est enfin libre...

Deux fils distincts. Dans l'un, un fan de vitesse devenu tétraplégique suite à un accident, dans l'autre, une femme usée par le quotidien dans une usine.
Point commun , sortir de cet enfermement. Mais que trouver derrière le mur ?
Une belle plume peut être un peu trop psychologique pour mes goûts, à la lisière entre imaginaire et blanche. L'autrice sait rendre le quotidien palpable et la fuite devenir une échappatoire. Pas très gai.


L'Au-dehors de Nadège Margaud

Pour survivre à l'apocalypse, Philomène a vécu avec son père dans un bunker. À la mort de ce dernier, et les conserves s'épuisant, elle ose enfin meure le nez dehors.

Un père et une fille dans un blockhaus. Le père a passé sa vie à préparer sa fille à découvrir le monde du dehors après sa mort.
Un texte assez classique, sur le monde après une catastrophe, l'autrice parvient à sortir du lot de par sa plume. Le twist final, même si attendu, lui donne au texte une teinte crépusculaire.


Le Gotspeau de Bernard Henninger

Dans l'univers du Gotspeau, aux défis habituels de l'adolescence viennent s'ajouter la nécessité de gérer un corps qui se transforme en une forme adulte mi-homme mi-bête, et celle d'affronter un rituel mystérieux : partir dans les bois à la recherche de son « Gotspeau ».

Un village paumé habité par des humains et des créatures étranges sous la coupe de prêtres .
Un univers original où les enfants vont connaître la mue.
L'auteur ne nous donne pas toutes les clés de son monde qui restera mystérieux, mais dont certaines coutumes nous seront dévoilées. Des traditions étranges et violentes, ou être différent n'est pas de bon augure. Un texte autour de l'adolescence et du passage à l'âge adulte, plein de cruauté.


Out utero de Stéphane Miller

Dans un monde où la pollution est reine et le climat plus que déréglé, il reste une dernière source d'évasion : se connecter au cerveau du dernier dauphin.

On finit par la nouvelle la plus courte, et malheureusement la moins bonne avec ce texte à message. Dans un monde en perdition par le réchauffement climatique et la pollution, une personne se connecte pour vivre dans la peau d'un dauphin. Aucune surprise, un style assez plat, un naufrage comme notre futur...




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