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Destination Outreterres

septembre 05, 2022

 

Robert A. Heinlein, Hachette, Le rayon imaginaire, 2022 (date de parution originale : 1955), 352 p., 16€ epub avec DRM

 

Les scouts de l'espace


Présentation de l'éditeur :

La Terre étouffe sous le poids de sa surpopulation et se meurt lentement. Pour survivre, l'humanité a dû ouvrir de nouvelles routes de colonisation : des portails perçant des passages dans l'espace vers les Outreterres, ces planètes lointaines où la vie semble possible. Chaque année, une Mission Survie teste les jeunes futurs candidats à l'exil. Une destination inhabitée secrète, un équipement choisi à l'aveugle, trois jours d'épreuve.
Un seul conseil : Attention aux stobors ! Mais que se passera-t-il si un portail se referme à jamais derrière un groupe envoyé à l'épreuve sur une planète inconnue ? Comment survivre ?

 

Mon ressenti :

Heinlein n'est pas un auteur qui me donne envie, j'ai un a priori assez négatif : militariste, et tout le toutim. Mais bon, parfois faut juger sur pièce. Et lorsque j'entends qu'un nouveau roman paraît, inédit de surcroît. Inédit en français ! Une exclusivité qui date de 70 ans en langue originale, je pouffe. S’il était si bien que cela, cela ferait des années qu'il serait réédité. Alors...
Et pourtant me voilà en train de lire ce texte. Alors pourquoi ? Le cabot perd la boule ? Ou l'envie de faire une critique assassine ? Non, tout ça est à cause du podcast C'est plus que de la SF qui m'a donné envie de m'y plonger malgré des bémols, un exploit. Le classement jeunesse, même si des guillemets sont plus ou moins nécessaires selon les intervenants, et un prix de 16€ vérolé par des DRM, un pouce au vice. Demeure une question : ai je bien fais ?

Topo classique aujourd'hui : la Terre est surpeuplée, mais v'là t'y pas que l'invention de portails vers d'autres planètes change la donne. Des colons partent donc explorer. Et comme les voyages forment la jeunesse, on les forme à la survie.
Le début me conforte dans l'idée d'avoir bien fait de changer d'avis, la présentation de l'univers est très bien faite et je n'ai qu'une hâte, entrer dans le vif du sujet. Puis arrive le moment où nos protagonistes sont lâchés en pleine nature, ce qui laisse place à une robinsonnade classique et à mon humble avis très jeunesse. C'est assez linéaire et convenu : des épreuves, des difficultés qui nos jeunes apprentis survivants vont devoir affronter et surpasser. Il m'a manqué de la complexité et cela se déroule bien trop rapidement. L'apprentissage de la vie en société, sa gestion reste caricaturale.
 

Pas mauvais certes, il faut replacer en outre le roman dans son époque, mais bien trop naïf et bienveillant pour le vieux cabot que je suis.

 
Une bonne lecture immersive pour le troll, mais pas le roman le plus époustouflant de Robert A. Heinlein pour Feyd Rautha

 

S4F3
Summer Star Wars – Obi-Wan Kenobi
 
 

 

L'invasion des profanateurs

octobre 07, 2019

Jack Finney, Folio SF, 2000 (parution originale 1955), 256 p., épuisé




Méfie-toi lors de ta prochaine corvée d'écossage de petit pois !


Présentation de l'éditeur :

"Chaque cosse avait éclaté, laissant échapper une partie de la substance grise qu'elle contenait. L'enchevêtrement de ce qui semblait du crin de cheval grisâtre glissait lentement hors des cosses membraneuses et s'assemblait de lui-même, les fibres se redressant et s'alignant pour former approximativement une tête, un corps et des membres miniatures.
Il est impossible de dire combien de temps nous restâmes immobiles, fascinés par notre découverte. Assez longtemps toutefois pour voir les têtes informes et les membres embryonnaires grandir à mesure que la substance s'écoulait, et devenir... quatre mannequins de cire, aux visages encore dépourvus de traits ou d'expression, et qui n'attendaient plus que la touche finale. Il y en avait un pour chacun de nous, nous le savions bien."



Mon ressenti :


Une hallucination collective semble s'emparer d'une petite ville américaine sans histoire, en effet, quelques personnes pensent que leur proches sont en fait différents, même si leur apparence physique et mental semblent identique. Le médecin de la ville, accompagné d'autres spécialistes, enquêtent.

De Jack Finney, on connait surtout son roman autour du voyage dans le temps " Le Voyage de Simon Morley", et L'invasion des profanateurs reste surtout en mémoire pour ses trois adaptations cinématographiques dont la première version à ma préférence et reste assez proche des événements contés dans le roman.
Donc tout le monde connait le pitch, une histoire d'invasion extraterrestre sournoise (oui, comme les communistes, les aliens sont sournois !). L'auteur joue le froid et le chaud, nous ne savons pas si tout cela est bien réel ou tiré du cerveau paranoïaque des personnages.

Je préfère vous avertir tout de suite : le récit que vous commencez à lire regorge d’incohérences et de questions sans réponses. Il s’achèvera sans beaucoup de précision ; tout n’y sera pas résolu, ni expliqué avec logique. Du moins pas par moi. Je ne peux même pas affirmer que je sache exactement ce qui s’est passé, ni pourquoi, ni comment ça a commencé, comment ça a pris fin, ou seulement si ça s’est terminé ; pourtant j’ai été aux premières loges. Maintenant, si vous n’aimez pas ce genre d’histoire, désolé, mais vous feriez mieux de lire autre chose. Je ne peux raconter que ce que je sais.

Avec un début qui s'ouvre de cette manière, difficile de reprocher par la suite les hiatus de l'histoire.
Les actions des personnages sont parfois abracadabrantes, comme lorsque le médecin laisse sa fiancée rentrée chez elle alors qu'elle lui dit que son père est différent. Mais cela permet à notre valeureux docteur de se précipiter chez elle quelques heures plus tard pour la sauver. Paru en 1955, l'image de la femme est celle de la société : elles  préfèrent tomber en évanouissement dans les bras musclés de la gente masculine.

Mais somme toute, cela se lit très facilement et permet de passer un agréable moment de lecture. D'un thriller paranoïaque, on entre par la suite en pleine science-fiction et quelques passages montrent une certaine vision de l'Autre assez réjouissant.


Quelques citations :


Ces cosses auraient pu être propulsées dans l’espace sous l’effet de la lumière. Ça m’intéresse.
— Eh bien, ça a beaucoup intéressé le petit Beekey aussi. Je ne lui avais livré qu’une partie de la théorie, il a voulu savoir le reste. Il n’y a rien de mystérieux là-dedans, docteur. La lumière, c’est de l’énergie, comme vous le savez, et tout objet dérivant à travers l’espace serait poussé par cette force. La lumière possède une force définie, calculable ; elle a même un poids. Le soleil qui inonde un hectare de terre pèse plusieurs tonnes, croyez-le ou non. Et si des graines, par exemple, dérivant dans l’espace, tombent dans un faisceau lumineux qui atteint la terre la lumière des étoiles ou toute autre source elles flotteront jusqu’à la terre sur ce courant de lumière.
— Le voyage serait plutôt lent, non ?
— D’une lenteur infinie. Si lent qu’on pourrait à peine le mesurer. Mais qu’est une lenteur infinie dans l’infini de l’univers ?

Je sais, vous croyez que je vaticine, que je suis devenu complètement fou, et c’est bien naturel, car nous sommes victimes de nos propres concepts, docteur, prisonniers de notre mode de pensée et de nos notions élémentaires et limitées du phénomène de la vie. De ce fait, il nous est presque impossible de concevoir tout ce qui diffère par trop de nous-mêmes, et particulièrement la vie qui, outre la nôtre, existe sur notre petite planète. La preuve en est que lorsque des hommes veulent décrire, dans leurs romans de science-fiction ou leurs bandes dessinées, des Martiens ou des Sélénites, ils ressemblent toujours à des versions caricaturales de nous-mêmes ! Nous ne pouvons rien imaginer d’autre ! On leur attribue six jambes, trois bras, une petite antenne sur la tête, on les peint en vert, mais ce sont toujours de petits hommes ! »



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