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Luna incognita

novembre 03, 2025

David André, Critic éditions, 2025, 416 p., 14€ epub sans DRM



Sur la Lune, on ne lève pas les yeux vers les étoiles, on fait des heures sup’

 

Pitch de l'éditeur : 

Au cœur des chantiers lunaires éreintants où l’humanité construit le vaisseau qui doit l’emmener vers Proxima du Centaure, la révolte gronde. Resha, contremaîtresse rongée par une maladie incurable, a ainsi opté pour une sortie flamboyante : un attentat-suicide. Son ami Tearii se retrouve alors plongé dans un réseau souterrain de résistance et d’espionnage, sous l’influence d’une société secrète aux intentions aussi troubles que ses méthodes. Enez, quant à elle, accusée d’avoir assassiné son amant, cherche à prouver son innocence. Entre émeutes populaires et complots interstellaires, c’est sur Tearii et Enez que reposera le destin de la Lune, de la Terre, et de tous ceux qui rêvent de rejoindre les étoiles.


Mon ressenti :

La Lune est devenue une usine géante. On y vit, on y sue, on y meurt pour bâtir un projet délirant : coloniser le système de Proxima. Recha, soudeuse lunaire, est notre porte d’entrée dans ce monde où l’exploitation est devenue routine.

Efficace visuellement : on voit les bases lunaires, la poussière qui colle aux combinaisons, les chantiers titanesques, on se croit dans la série The expanse. André David sait planter un décor, rien à dire là-dessus. Les multiples points de vue donnent du relief à l'histoire. Il relance régulièrement l’intrigue – la première partie est un bon exemple : on s’attache à Recha, on croit comprendre où ça va… et paf, drame, changement de trajectoire. La fin ouverte, fonctionne bien aussi : je referme le livre avec des questions, pas avec un happy end gerbant — et ça me va très bien, moi qui préfère voir le verre à moitié plein.

Mais voilà : il m'a manqué un je ne sais quoi. Certains personnages, notamment le couple de dirigeants, sont caricaturaux au possible – les vieux puissants cyniques face aux ouvriers victimes. Pas de nuance, pas de zone grise. Et l’intrigue… correcte, mais déjà vue. Le schéma « exploiteurs vs exploités dans l’espace » ne casse pas trois pattes à un rover. Le livre coche les cases, sans vraiment surprendre. Les personnages manquent d'épaisseur, et à part Recha au début, on sait qu'ils vont s'en sortir, quoi qu’il arrive. Manque un souffle épique. Quant à la fin, je l’ai trouvée précipitée : tout s’accélère d’un coup, comme si l’auteur devait rendre le manuscrit avant minuit.

Luna Incognita a du souffle visuel, un rythme maîtrisé et une ambiance réussie. J’ai tourné les pages avec plaisir, mais je n’en suis pas ressorti bouleversé. J’en attendais plus, surtout après Les naufragés de l’Institut Fermi, que j’avais trouvé plus complexe. En revanche, j’ai apprécié que l’auteur tente un autre sous-genre au lieu de rester dans la veine de son premier roman. Malgré tout, je signe pour le prochain. Enfin, si c’est encore de la SF, faut pas déconner.

Une légère déception du côté du troll : "Luna Incognita est ainsi un roman prenant à la dominante sociale. Le récit aurait gagné à une narration plus dynamique"

Barkhanes

octobre 27, 2025

Régis Goddyn, Régis Hautière, Critic éditions, 2025, 392 p., pas d'info sur l'epub


Une lecture crépusculaire qui transforme l’injustice en une forme de justice amère

 

Pitch de l'éditeur : 

L’Europe n’est plus qu’un vaste désert aux cités ensevelies sous des tonnes de sable. Les hommes se sont regroupés dans de gigantesques villes closes, hiérarchisées à l’extrême, dont il ne fait pas bon être exclu. Pourtant, certains survivent tant bien que mal dehors, où ils s’échinent à creuser le sable pour exhumer les reliques du monde passé dont les plus riches sont si friands. Quand sa vie de prospecteur s’écroule, Jayden se lance dans une quête éperdue de vengeance aux côtés de rebelles bien décidés à faire craquer le système. La découverte fortuite de curieux œufs faits d’un métal inconnu va l’aider à précipiter l’éclosion… d’un nouvel ordre mondial ?


Mon ressenti :

À la lecture du résumé de Barkhanes, j'ai d'abord soupiré. Une petite voix me murmurait (le critique du chien critique) : Silo, Les nomades urbaines... Et pourtant, une autre voix me disait (sûrement la partie chien du chien critique) : tente l’aventure. Au final, j’avoue que les chiens ont un sixième sens : j’ai bien fait d’écouter leurs aboiements.

Nous sommes dans un futur indéterminé, dans un monde recouvert de sable. On y suit une famille de récupérateurs, qui exhume des objets du passé enfouis sous le sable pour les revendre à des riches dans leur tour d’ivoire, et ainsi survivre jusque la prochaine expédition.

J’étais en pleine panne de lecture : un mois pour finir péniblement mon dernier livre (dont j’ai même oublié le titre). Et pourtant, il ne m’aura fallu que quatre jours pour tourner la dernière page de Barkhanes. Même si ce n'est pas l'originalité qui vient à l'esprit pour décrire ce roman, les auteurs ont réussi à écrire un page turner humain avec tout ce qu'il faut de cliffhangers pour se dire : allez, encore un chapitre. Et surprise : ils parviennent même à être originaux sur la fin, en emmenant le récit vers d’autres horizons…

Je ne vais pas vous mentir : ce roman n’est pas très optimiste, loin de là. Mais les auteurs évitent la noirceur totale et glissent, mine de rien, une lueur d’espoir dans les dernières pages. Ce que reflète bien la très belle couverture. Derrière ce roman qui balance l’injustice sociale en pleine figure, se cachent des réflexions sur la violence, l’épuisement des ressources, la lutte des classes et le cynisme politique. Barkhanes est une lecture crépusculaire qui transforme l’injustice en une forme de justice amère.
Je ne connaissais pas du tout les auteurs — l’un vient de la fantasy, l’autre du scénario — mais je garderai un œil sur leur prochaine incursion en terres de SF.

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