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30/Albin Michel Imaginaire/custom

Ondes Futures du samedi 24 au vendredi 30 octobre 2020

octobre 23, 2020


Ondes Futures, une télé et une radio résolument SFFF !
Chaque semaine, ma sélection de programmes SFFF pour ne plus jamais vous endormir devant la petite lucarne ou au volant.


Cette semaine sur les ondes :


Rien à se mettre sous la dent cette semaine,
alors je t'autorise à éteindre ton poste sauf pour le vendredi 30 octobre à 16h pour écouter La méthode scientifique qui se lance dans un pogo littéraire !


Tout cela et bien plus encore : https://wke.lt/w/s/JeezWe


Alliances

octobre 22, 2020

Jean Marc Ligny, L'atalante, 2020, 512 p., 10€ sans DRM


20 ans après les fourmis, voilà les fourmites. Elles ne sont pas contentes et veulent leur revanche sur l'humanité.

 

Présentation de l'éditeur :

Herbe bleue
Arbres jaunes
La centrale nucléaire luit fuit

Sur une Terre dont le climat a radicalement changé suite à l’emballement du réchauffement climatique, des oasis et des microclimats locaux ont permis à la vie de s’abriter, voire de se développer.
Mais quelle place pour l’homme dans un tel écosystème, face à l’émergence probable d’une nouvelle espèce dominante sur la planète ? Il pourrait y avoir des alliances inédites à passer.
Tikaani, l’Inuit, parti d’Islande à bord d’un avion solaire, Ophélie, la guérisseuse tapie dans sa jungle au Canada, Denn et Nao, qui ont quitté leur tribu cavernicole du désert qu’est devenue la Californie : tous sont à la recherche de survivants, certains rêvent de redonner sa place à l’humanité. Mais ils vont apprendre que ce qui reste des hommes peut encore nuire à la planète...


Mon ressenti :

Après Aqua™, Exodes et Semences, Jean Marc Ligny continue d'explorer les conséquences du changement climatique, l'humanité en est désormais à son crépuscule avec des groupes épars un peu partout autour du globe. Certains veulent hâter la fin, d'autres ont encore espoir, mais tous se heurtent à la rudesse de la vie et des dérèglements engendrés par l'homme. 300 ans ont passé depuis la catastrophe : cataclysme météorologique et nucléaire, pas assez cependant pour espérer un retournement de situation. D'autres espèces se sont adaptées, comme les fourmites, un croisement entre les fourmis et les termites, effectués par la main de l'homme...

On suit divers personnages au fil de leur pérégrinations, avec des hauts et des bas, des tentatives de vivre en symbiose avec la nature. Même si le début de l'aventure est un peu erratique, du fait de l'intégration un peu bancale d'une nouvelle (répétitions malvenues) (note de l'éditeur : Le chapitre « Les barbares » a paru sous forme de nouvelle dans la revue Solaris n° 202 sous le titre « Les Guerriers au bord du Temps »), on entre vite dans le coeur du sujet et on suit avec plaisir ces différents aventuriers. Le plus intéressant étant ces fourmites avec ces tentatives de communication que l'homme tente d'impulser. Ou encore l'histoire d'Ophélie et de sa hutte dans la jungle, tentant de trouver une manière de vivre en osmose avec la nature, faune et flore
Un dialogue inter-espèce est il possible, une alliance pour éviter l'effondrement total ? Un texte bienveillant mais sans œillères sur la réalité de l'homme et de ses actes.

Par contre, j'ai toujours à la lecture de cet auteur quelques bémols : un peu trop de paranormal à mon goût, ici la télépathie. Et la fin me désarçonne toujours autant, ici elle est très précipitée, abrupte, donnant l'impression que l'heure de remise du manuscrit était arrivée.
Mais bon, je reviens toujours à la lecture de ses romans, Ligny savant tout de même très bien racconter des histoires de vie et nous transporter avec ses personnages dans des aventures.
Si comme moi les scènes de cul te lassent, tu risques parfois de t'énerver. Mais cela a eu tout de même le rôle de cocher la case Lesbianisme à défaut de servir le récit...

Lu dans sa version numérique, qui comprend de très nombreux mots coupés par des espaces. Franchement honteux de la part d'une grande maison d'édition.


Mon avis


Mon avis

 

 

L. Thierry Bernard, résilient canadien

octobre 19, 2020


Certains sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche, d'autres pas;
Certains ont une vie cousue d'or, d'autres pas;
L. Thierry Bernard n'a pas choisit la voie de la facilité. Le proverbe nous dit que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, et à le lire, on serait tenter d’approuver.
Et, peut-être, que cela lui a donné plus de billes pour construire des univers plus parlant, plus sensibles.
Quoiqu'il en soit, il est canadien francophone, lecteur et écrivain, autant de casquettes pour aller voir comment se passe le monde du livre au delà de nos frontières.

 

 


 Peux-tu te présenter, nous dire comment la lecture est venue à toi ?


Il est étrange de recevoir cette question lorsque l’on sort d’une profonde dépression. Je ne sais pas trop quoi répondre pour l’instant, nous en reparlerons dans quelques années. En peu de mots, je me nomme L. Thierry Bernard. J’ai 53 ans et je suis l’auteur de la trilogie sédition du Projet belliciste. Je travaille sur un quatrième roman qui ne sera pas lié à cette trilogie. J’ai l’intention de développer mon univers de science-fiction avec divers romans ou nouvelles. Je suis le fils d’une femme divorcée qui a vécu « la grosse misère » pour élever deux garçons dans la pauvreté. Je suis aussi le fils d’un homme qui a complètement disjoncté et qui est devenu violent, qu’importe les sens littéraux que l’on veut donner au mot ; violence. J’ai été un camarade, un ami, un activiste politique, un travailleur, un amant, un amoureux, un père, etc. En résumé, j’ai vécu et je suis un être humain qui, comme bien du monde, en a bavé et qui a fait au mieux.

La lecture… Eh bien ça, ça vient de loin ! Enfant, j’ai le souvenir de la bibliothèque de mon père. Quelque chose d’impressionnant qu’il m’était interdit de consulter. Comme mon père contrôlait l’ensemble de mes activités, lecture, télévision, jeu, etc., la seule liberté que j’avais trouvée, je l’ai découverte dans la bibliothèque centrale de Montréal. Toutes les fins de semaine, je partais tôt le matin et revenais tard le soir. J’y étais tellement souvent, que j’ai fait partie des meubles. Le personnel me connaissait par mon nom et j’ai vécu le privilège de consulter les documents de la voûte. Je me rappelle encore ma surprise lorsque j’ai découvert le vieux français. Encore aujourd’hui, lire est pour moi synonyme de la liberté de découvrir. 



Est-ce que ta manière de lire est différente depuis que tu écris ? Et en quoi ?

Oui, définitivement. Je fais beaucoup plus attention aux détails. J’ai perdu une certaine naïveté de lecture. C’est difficile pour moi, maintenant, de mettre l’auteur de côté et de laisser place au lecteur.


Pourquoi lis-tu ? Il existe plein d’activités moins barbantes et en plus, cela prend souvent moins de temps.

Je n’ai pas l’argent nécessaire pour voyager ni le temps d’aller à l’université, pas plus qu’une machine à voyager dans le temps. La lecture offre tout cela, et bien plus.



Te faut-il ta dose quotidienne de lecture ? Quel est ton rythme de lecture ?

Je suis atteint de boulimie de lecture, je peux lire énormément sur certaines périodes, moins dans d’autres. Je lis plus l’hiver que l’été, cette dernière saison est si courte au Québec.



Es-tu un lecteur d’un seul genre ou préfères-tu piocher selon tes envies ?

Je lis par intérêt, par curiosité, par ennui. Lorsque je lis par intérêt, je choisis les bouquins selon le genre, l’auteur, l’éditeur, ou bien les sources et références. Lorsque je lis par curiosité, je me concentre sur le sujet, piochant à gauche et à droite (je veux dire que je m’intéresse aux opinions divergentes). Lorsque je lis par ennui, je lis n’importe quoi.

En cours...



Faut-il lire de la science-fiction pour en écrire ?

Selon moi, il est néfaste d’être exclusif en lecture. Cependant, ne pas lire d’un genre et écrire sur ce sujet peut paraître bizarre, mais non pas impossible. Cela peut-être une opportunité de nouveauté. Mais les éditeurs sont souvent fermés lorsque tu sors de leurs catalogues. Donc, cela réduit encore plus les chances d’être édité à compte d’éditeur.




Fais-tu attention à l’éditeur, à la collection ?

Cela dépend de beaucoup de facteurs. Par exemple, mon catalogue préféré appartient à l’éditeur Phébus et il ne publie pas de science-fiction 😊.



Doit-on séparer l’auteur de son œuvre ?

La question de ce temps.
Si tu veux savoir si, selon moi, il faut retirer des œuvres de la consultation publique selon certains facteurs concernant l’auteur, ma réponse est oui à ta question. Dans ce cas, on sépare l’auteur de l’œuvre. Boycotter des œuvres est pour moi dangereux, faible, mesquin et surtout, despotique. Je me méfie des puritains, des extrémistes et des moralistes. Ne dit-on pas ; l’enfer est pavé de bonnes intentions.
Mais si tu veux savoir si, selon moi, l’auteur est présent « intimement » dans l’œuvre, alors non, on ne peut pas séparer l’auteur de son œuvre. On le ressent bien avec les sculptures, les peintures, les dessins. Écrire, c’est sculpter, peindre, dessiner avec des mots.



Que fais-tu de tes livres une fois lus ?


Ça dépend ; je les conserve, je les prête, je les donne.



La moyenne d’un roman grand format tourne autour de 20 euros en France. Est-ce peu ou proue la même chose au Canada ? Le prix unique du livre existe-t-il ?

Le prix unique du livre n’existe pas au Canada. Le prix est souvent fixé en fonction du coût inhérent à l’édition (impression ou conversion au numérique, distribution et vente en librairie). En matière d’autoédition les prix se situent autour de 20,00$ à 25,00$ pour un livre moyen (200 à 300 pages). Vendre en librairie lorsqu’on est un auteur qui a choisi l’autoédition est difficile puisque cela demande soit un investissement important qui souvent laisse l’auteur pris avec des caisses de livres dans son sous-sol, ou l’auteur doit faire le choix de ne faire aucune redevance. Sans compter toutes les grandes chaines nationale ou internationale qui vendent les livres à rabais au détriment des auteurs, même de ceux édités à compte d’éditeur. Au Canada, comme ailleurs dans le monde, tous les maillons de la chaine du livre s’engraissent au détriment des auteurs qui peinent à vivre de leur art.



Sur ce prix, tu toucherais environ entre 1 € et 2 € en France. Mieux vaut-il que nos auteurs franchouillards demandent asile au Canada ?

Au Canada, un auteur édité à compte d’éditeur reçoit entre 0,50$ et 1,00$ par livre vendu. L’autoédition permet d’avoir une meilleure marge de redevances lorsque l’œuvre n’est pas vendue en librairie traditionnelle. Cependant comme un investissement est nécessaire, les profits se font rares au bout du compte. Mais, cela permet de garder le contrôle sur son œuvre et sa distribution.



Lecteur de SFFF, t’a-t-on déjà jeté l’opprobre par rapport à tes goûts littéraires ? Le regard sur ces littératures te dérange-t-il ou assumes-tu le fait d’en lire et d’en écrire ?

Mon père méprisait ce type de littérature qu’il qualifiait de niaiserie, et par conséquent, moi, de niaiseux lorsqu’il me voyait en possession de ce genre. Il avait l’habitude de faire disparaître ce qu’il n’aimait pas, même les livres de bibliothèque. Je devais donc cacher les livres ou je les consultais sur place. Sinon, je devais les rembourser avec mon argent de poche. Pour les cadeaux, je ne pouvais rien conserver. Alors oui, je connais très bien l’opprobre qui stigmatise le genre de la science-fiction. Encore aujourd’hui, il n’est pas rare de se faire dire que les auteurs de science-fiction ne sont pas de vrais auteurs, que l’on ne lit pas de science-fiction ou de refuser de faire la promotion de la science-fiction. J’assume très bien, car en science-fiction, il est possible de non seulement raconter une histoire, mais surtout, d’aborder des sujets sensibles qui sont impossibles avec des romans contemporains.



Que recherches-tu dans un livre ? Une bonne » histoire, un style, le fait d’être bousculé dans tes convictions, pour creuser un sujet, une réflexion…

Dans un livre, l’important pour moi, c’est le langage. Dans une revue de recherche, un texte qui ne répond pas aux normes sera rejeté. La différence principale entre ce genre de littérature et les autres, c’est que la personne qui dépose son doctorat est éduquée, entourée, conseillée et corrigée par l’institution d’enseignement. Dans l’écriture d’un roman, l’auteur est seul. Il voit à son éducation, à repérer ses lecteurs critiques, à faire ses recherches et à trouver ses correcteurs. Ce qui me fascine dans un roman, c’est d’entrer dans un univers. Lorsque tous les actes de la pièce, les décors, les personnages, les textes et les costumes sont correctement agencés, la fiction devient réalité. Ce que je recherche dans un roman ? La magie !

Où commence les histoires...

Et dans tes écrits, transmets-tu la même chose ?

Je m’efforce de le faire. Atteindre la magie, c’est un peu être alchimiste, non ? C’est pour cela que j’ai choisi le mot thaumaturge (qui accomplit des miracles ou qui prétend en accomplir) pour nommer mes méchants. Je passe beaucoup de temps sur le décor de la pièce, les costumes, etc. L’attention que je porte au texte frise le perfectionnisme. J’ai besoin de mes deux correctrices pour apprendre à lâcher du lest. Sinon, cela peut ne pas avoir d’aboutissement. Le plus facile, c’est de trouver le sujet. Sculpter, peindre et dessiner l’univers n’a pas de fin. Il faut savoir mettre des limites pour que l’histoire reste lisible. Et ça, c’est le plus pénible pour moi.



La représentation des femmes, des minorités est un sujet de plus en plus prégnant. Fais-tu attention à ces aspects lors du choix de tes lectures ? Lors de l’écriture de tes textes ?

Oui, absolument. Les bellicistes, qui se divisent en Bastillaises et Nautonières, sont exclusivement des femmes, les dernières représentantes de l’espèce humaine (dans mon univers, l’espèce humaine est éteinte depuis plus de trois mille cinq cents ans). Alors que le reste des espèces qui forment la Fédération du phalanstère sont multigenres. Le mot race n’existe pas dans le Projet belliciste, il n’y a que l’idée d’espèce qui existe et le concept du racisme est abordé de façon dévalorisante. Voir la religion de la Fédération :

… Selon l’Eidétisme, la conscience est l’incarnation du divin. Le dogme désavoue donc toute forme de discrimination. Pour les adeptes de cette religion, la ségrégation est considérée comme l’expression d’une intelligence animale, qui est trop déficiente pour accepter les différences. L’Eidétique explique que la distinction, depuis les premières formes de vie unicellulaires jusqu’aux formes de vie conscientes, est la biodiversité. Elle enseigne que les organismes se transmutent par des changements de leurs caractères génétiques et morphologiques, lesquels aboutissent à la formation de nouvelles espèces…

Mais bien sûr, comme dans nos sociétés contemporaines, il y a des manipulateurs qui transgressent les normes sociales pour parvenir à leurs fins. D’ailleurs, les Thaumaturges réduisent l’humanité au rôle de biopantin ; c’est-à-dire, de soldate-esclave. J’ai arrêté l’histoire humaine à l’empire romain, excluant par le fait même, les trois religions monothéistes actuelles. De plus, les ancêtres des troisièmes Nautonières viennent du continent africain, elles n’ont pas connu la colonisation européenne. Tout cela me permet d’avoir une plus grande liberté de jouer avec des concepts sociaux et religieux. Il y a aussi des scènes de sexualité explicite qui sont lesbiennes. Bien évidemment, cela dérange. Je me suis fait expliquer que ces détails de l’histoire sont les principales raisons des refus de publication : il m’est impossible de masculiniser le langage des Bellicistes. Comment pourrais-je justifier le fait que le masculin l’emporte dans la langue courante si elles n’ont pas vu un homme depuis trois millénaires ? Les récits des personnes ayant vécu dans les camps ou les prisons, sur de longues durées, démontrent qu’elles développent une sexualité de circonstance. Pourquoi pas mes Bellicistes ? Je voulais que cette série soit particulière ; comme un match de boxe. Le lecteur qui lit pour la première fois cette histoire est poussé dans les cordes, déstabilisé, sonné… C’est voulu par l’auteur. Et en même temps, je voulais qu’il soit possible de la relire et qu’en fonction de notre état mental, l’histoire raconte quelque chose de différent. Toutefois, il faut conserver en tête que Sédition est un réquisitoire contre le radicalisme. La série est violente, physiquement et psychologiquement, et a été comparée à La servante écarlate au Canada. Ce n’est pas de la littérature pour tous.


En faisant quelques recherches sur internet, j’ai vu que tu avais fait quelques témoignages autour de l’exploitation des mineures, un sujet qui t’a touché intimement. Lorsque je lis les synopsis de tes romans, je ne peux m’empêcher d’y voir un lien. Je me fais des idées ?

Effectivement. Les Bellicistes sont une forme d’hommage à ces survivants/es. Et les thaumaturges sont une forme de représentation de l’industrie du sexe ainsi que de l’agro-industrie. J’ai reçu beaucoup de commentaires de femmes qui ont vécu cette réalité. Elles se reconnaissent dans certains personnages et cela est l’une de mes grandes joies par rapport à cette trilogie.



J’ai lu que tu étais ouvrier, pourquoi cette volonté de piquer le travail des cols blancs ?

Je suis ouvrier, car c’est le seul métier qui me permettait d’avoir une stabilité de vie et de soutenir ma famille. Sortir la tête de la merde, c’est un exploit en soi, non ? Si ça pique des gens, ce n’est pas mon problème. Ça vaut ce commentaire que j’ai reçu d’un éditeur québécois : un gars comme toi, ça ne peut pas avoir écrit ça. Je m’en câlisse (version québécoise de : je m’en bas les couilles).



Toi qui n’as pas fait d’étude littéraire ou de formation à l’écriture, comment s’est passé ce moment, facile, difficile ?

Ni facile ni difficile ; impossible. J’en conclus que le marché littéraire est un milieu fermé, réservé. Il faut entrer dans des cases bien précises, car elles permettent une hausse des ventes. Je suis un gars de campagne et qu’importe ce que je ferais, je resterais toujours un gars de ferme endimanché aux yeux de certains. Le fils de personne, comme m’a déjà dit un Z’élite. Sur ce sujet aussi, j’ai appris à lâcher du lest. Je me suis lassé des dîners de cons.
Aujourd’hui, j’écris pour moi et tant mieux si l’on me lit. Je prends les critiques comme une façon d’améliorer mon art. Je me concentre pour que mes textes respectent les règles de l’art de l’édition, par respect des lecteurs.



Tu avais un éditeur qui a fermé ses portes, tu as repris les droits sur tes romans et les édites par toi-même. Comme tu as connu les deux côtés, peux-tu nous en toucher un mot, les avantages/inconvénients.

Je ne peux pas parler des gros éditeurs, justes des petits et je n’ai pas vraiment envie d’en discuter. Je comprends parfaitement que l’industrie du livre à plusieurs partenaires et que tous veulent leur part du gâteau. Ce qui est clair, c’est que les auteurs sont les dindons de la farce et que les éditeurs ont la corde au cou. Quoique certains éditeurs sont de fierté filou. La diversité des œuvres en prend pour son rhume et les coups de chance sont de plus en plus rares. Au bout du compte, ce sont les lecteurs qui sont perdants grâce à l’algorithme de l’argent. Des livres de plus en plus mauvais et de plus en plus cher. Je comprends la hausse de l’autoédition. Il faut juste sortir du préjugé de la médiocrité, car maintenant, elle n’est pas forcément là où on le dit.



En préparant cet entretien, j’ai remarqué que tu n’avais pas de site web, pas de versions numériques de tes romans (mais tu viens d’annoncer leurs disponibilités prochainement https://www.facebook.com/leprojetbelliciste/posts/3943403895686226) et que tu allais te débarrasser de ton compte FB. Tu tiens vraiment à vendre tes bouquins ?

Oui, j’ai voulu et oui je le veux. Sédition, pour publier à compte d’auteur, m’a coûté cinq mille dollars, plus les frais externes. Les correctrices, dessinateur/trices, j’ai voulu les dédommager selon les barèmes. Je n’ai pas fermé que mon compte Facebook, j’ai fermé l’ensemble de mes comptes sociaux, sauf Gmail qui est moins intrusif. Comme j’ai dit plus haut, je sors d’une grosse dépression et la violence qui augmente dans les médias sociaux (surtout depuis la covid) m’affecte démesurément. J’ai décidé de considérer les médias sociaux comme une personne toxique dans mon entourage. Un moment donné, dans la vie, il faut savoir faire certains choix qui font mal. J’avais plusieurs amis-es de longue date qui vont me manquer. Mais, il y a une certaine folie que je n’ai pas besoin de lire. Je suis assez fou comme ça dans mes textes et puis j’en ai marre. De voir des gens débarquer sur la page d’une personne qui annonce la mort d’un proche décédé du covid en l’accusant de traîtrise, de mensonge, d’être un mouton… cela m’horripile. De voir des gens demander l’expulsion d’une locataire infirmière d’un bloc d’appartement me met en rogne. De voir des gens utiliser des textes de l’âge d’or du fascisme, tout en se trouvant intelligent, cela est terrifiant.

J’ai demandé à mon agente de gérer le web tout comme elle s’occupe de la traduction anglaise de ma trilogie. Pour les textes numériques, je refusais parce que je me suis fait voler des textes par le passé. Mon agente me confirme la sécurité de cette version numérique et Sédition sera présenté en trois volumes ou un seul, comme je le voulais à l’origine.


Moi j’aime les one shot : un roman, un début, un milieu et une fin. Et je pense qu’un jeune auteur devrait d’abord se lancer dans un roman plutôt que de voir grand. Tu as publié la trilogie Belliciste qui fait partie d’un grand tout, Sédition. Tu as la folie des grandeurs ?

Oui, je suis d’accord. Mea culpa ! Je me suis fait prendre par Vaisey Simétra (note du chien : la protagoniste des romans). Le début, c’est la Coureuse de Remma. Le milieu, c’est la fille de Sé et la fin, c’est la Félonne. Au départ, c’était un seul roman. Je recommence avec un quatrième et j’espère réussir à en faire un. C’est pourquoi je veux faire des nouvelles, pour me conditionner à me contenir.


Tu présentes ta trilogie comme relevant de la SF militaire. Mais dans ce sous genre, il y a SF burnée et la SF pour fillette, la SF antimilitariste. Où te ranges tu ?

Science-fiction burnée pour la Coureuse de Remma (ça va de soi). Science-fiction antimilitariste pour la fille de Sé (la suite logique) et science-fiction psychologique pour la Félonne.


On peut lire sur FB la préface du dernier tome, une préface élogieuse à ton égard et donnant envie d’en lire plus. Tu as payé combien pour avoir ce papier ?
https://www.facebook.com/leprojetbelliciste/posts/3768605473166070


Franchement ! La rate ou la face ? Je ne paye jamais pour une critique ou une préface… Je laisse ça aux politiciens. Je demande gentiment à des gens qui ont lu la série, s’ils veulent me faire l’honneur d’une préface.


Pour débuter un roman, j’imagine qu’il faut une idée, mais comment la complète tu ? Lis-tu des essais, des romans sur les thématiques que tu souhaites aborder ?

Je me mets la tête dans l’aquarium ? L’idée, c’est la base. Mais l’idée n’est rien sans structure ou contenu. Je prends un livre de note et je note. Je fais des recherches, je lis sur le sujet et les thèmes connectés. Je prends encore des notes. Je développe mes personnages, je refais des recherches et surtout, je consulte des êtres humains qui correspondent à mes inspirations. Et je prends encore des notes. Ensuite, j’écris un brouillon. Je me lis, je me corrige. Je me relis et je refais des recherches. Ensuite, j’utilise des lecteurs/trices critiques. Je corrige et j’utilise ma correctrice littéraire. Je corrige, je modifie et je réécris. Ensuite, je fais affaire avec ma correctrice éditoriale et j’adapte le texte selon ses spécifications.


As-tu déjà participé à des salons littéraires en tant que lecteur puis auteur ? Si oui, quel est ton avis dessus ? Si non, pourquoi ?
Les salons littéraires canadiens ont-ils des particularités ?


À cause de mon choc post-traumatique, je suis agoraphobe. Je suis antisocial. C’est l’un des effets d’être survivant. J’évite les foules et en vieillissant, je me suis rendu compte que je ne me respecte pas sur ce sujet depuis longtemps. Cela crée des stress et maintenant, j’évite. Je ne suis vraiment pas intéressant sur ce sujet.


Partages tu tes lectures ? A travers un club de lecture ou autres ? Peux-tu nous dire ce que cela t’apporte ?

Oui, mais c’est plus intime que ça. Ce n’est pas moi qui apporte. Certains livres sont écrits pour une personne en particulier à un moment donné dans leur vie. Il faut lire Jonathan le goéland, en état de dépression, pour comprendre cette réponse.


Ton entourage te lit-il ? Et que pense-t-il de tes talents d’écrivain, enfin pas les faux jetons, les autres ?

Oui. En bref : il serait intéressant de voir Denis Villeneuve avec cette série québécoise entre les mains. Tu écris comme il filme.


Si un jour je lis ta trilogie et que j’en fais un retour assassin, comment penses-tu réagir ? As-tu déjà subi ce genre de retour ?

Lis-la donc et on verra. Oui, mes deux correctrices, je ne les ai pas choisies pour des prunes.


Tu es canadien, tout comme mon auteur favori, Robert Charles Wilson. As-tu déjà lu ces écrits ? Mangé une poutine avec lui ?

Le Canada, c’est grand. Le Québec, à lui seul, il a plusieurs fois la superficie de la France. Non, je ne le connais pas, il vit à 638 Km de chez-moi.et je ne crois pas qu’un anglophone ontarien veuille prendre une poutine avec un francophone québécois. Il y a une guéguerre entre nous au Canada. :)

Quels sont les livres qui t’ont le plus marqué et pourquoi ? Te souviens-tu de l'éditeur et de la collection.

Impossible de répondre à cette question, il y en a beaucoup trop. Je lis depuis l’âge de sept ans.
Je te suggère les éditions À lire : https://www.alire.com/Genres/SF.html. Excellent éditeur québécois qui présente de très bons auteurs/trices de langue française.



Je te laisse clore cet entretien sur les sujets qui te tiennent à cœur

Cette chanson, d’un auteur-compositeur d’ici, résume bien mon état d’esprit pour l’instant. Sinon, je m’abreuve à une saison en enfer d’Arthur Rimbaud à l’heure actuel. Je pense que les intérêts résument son homme. Ne pas avouer que Sédition fut mon chemin de Damas pour sortir de la dépression serait une dissimulation grave. Dans mon cas, l’écriture a été une thérapie.

Pour les sujets… j’assaille d’arrêter 😊

Merci beaucoup pour cette opportunité, j’apprécie. C’est assez rare que je me prête, cependant, j’apprécie ton style. J’espère t’avoir apporté quelque chose de positif.




Luc De Larochellière - J’ai vu (chanson)
Album : Un toi dans ma tête

J'AI VU

Bien sûr, j'ai vu des amours infinis finir
Et j'ai même vu mourir des immortels
Et j'ai vu des chemins qui n'menaient pas à Rome
Et j'ai cru en des dieux inventés par des hommes
Et j'ai vu tous ces rêves pourtant immatériels
S'envoler en poussière pour ne plus revenir
Avalés par le ciel

Puis, j'ai vu le grand mur de la réalité
Là où les certitudes vont pour s'y fracasser
Et j'ai vu des valeurs perdre toute leur valeur
Et j'ai vu des beautés soudain devenir laideurs
Et des vies s'écraser, là sous le poids des heures
Jours, semaines, mois, années trahissant leurs acteurs
Sans la moindre pitié

Et j'ai vu des familles à la rue et sans rien
Et j'ai vu des hôtels trois étoiles pour chiens
Et j'ai vu des jardins délaissés inconnus
Et puis des dépotoirs s'étendre à perte de vue
Et le mépris devenir un genre de mode de vie
Où tout peut bien se vendre, ballons, jouets, armes ou gants
Faits par des mains d'enfants

Et j'ai vu des conflits inutiles et faciles
Et j'ai vu des amours sincères et impossibles
Et j'ai vu de l'amour devenir de la haine
Et des gens qui m'aimaient tout en m'offrant des chaînes
Et j'ai vu tous ces gens préférer impassibles
Un malheur certain à un bonheur possible
Et se vêtir de peine

Il serait prévisible qu'après tout c'que j'ai vu
Je ne veuille plus rien voir, je ne veuille plus rien savoir
Il serait presque risible qu'après tout c'que j'ai vu
Je veuille encore vouloir
Mais pourtant...

Année après année, quand s'achevait l'hiver
J'ai vu naître un printemps fidèle à sa saison
Et j'ai vu émerger l'herbe et les pissenlits
Comme un cri à la vie dans les fentes du béton
J'ai vu des inconnus s'unir pour reconstruire
Et puis des vies sauvées par un simple sourire
Ou un simple je t'aime

Et moi pour ton je t'aime, je remets tout en jeu
J'oublie tout c'que j'ai vu et m'abreuve à tes yeux
Et moi pour ton je t'aime, je remets tout en jeu
J'oublie tout c'que j'ai vu et m'abreuve à tes yeux






 


Facebook : https://www.facebook.com/leprojetbelliciste/

Où se procurer ses romans au Canada : https://autoeditionquebec.com/librairie-2/

Où se procurer ses romans en France : https://www.lulu.com/fr/search?adult_audience_rating=00&page=1&pageSize=10&q=le+Coureuse+de+Remma

la Félonne : https://www.lulu.com/fr/ca/shop/l-t-bernard/la-f%C3%A9lonne/paperback/product-jd7pq4.html

Article : Témoignage autour de L’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales

Un avis sur La coureuse de Remma sur Le galion des étoiles
 


L. Thierry Bernard t'a sûrement donné envie d'en connaitre plus sur la SF canadienne francophone, alors je te conseille l'excellent dossier présenté par Jean-Louis Trudel dans le numéro 61 de la revue Galaxies SF : Les quatre époques de la science-fiction au Québec .

Mon avis


Ondes Futures du samedi 17 au vendredi 23 octobre 2020

octobre 16, 2020


Ondes Futures, une télé et une radio résolument SFFF !
Chaque semaine, ma sélection de programmes SFFF pour ne plus jamais vous endormir devant la petite lucarne ou au volant.


Cette semaine sur les ondes :


Plein de folles rumeurs cette semaine :
Une actrice serait à l'origine du WIFI;
Des personnes sont mortes d'autocombustion spontanée;
Des astéroïdes auraient maltraité notre Terre;
Et Stephen King serait roi !


Tout cela et bien plus encore : https://wke.lt/w/s/q_lftg


Vigilance

octobre 15, 2020

 

Robert Jackson Bennett, 2020, Le Bélial, 176 p., 6€ epub sans DRM

 

Une Amérique blanche, patriote et xénophobe,
Un mass média sans aucune limite,
Un spectacle pour la bonne cause...

 

Présentation de l'éditeur :


Trois tireurs armés jusqu’aux dents lâchés dans un « environnement » public aléatoire délimité. Un but : abattre le plus de personnes possible. Une promesse : un énorme paquet de fric pour celui qui quitte les lieux indemne. Si l’une des « cibles » met hors d’état de nuire l’un des tireurs et survit, une part du pactole lui échoit. Des règles simplissimes, et des dizaines de drones qui filment le tout pour le plus grand bonheur de millions de spectateurs hystérisés, d’annonceurs aux anges et de John McDean, producteur et chef d’orchestre de Vigilance, le show TV qui a résolu le problème des tueries de masses aux États-Unis… 


Mon ressenti :


Une Amérique vieillissante, renfermée, puant la suprématie blanche, reste néanmoins vigilante quand à sa liberté fondamentale : se protéger. Contre elle même ?

Une dystopie glaçante, l'auteur distille peu à peu son univers, un jeu de télé réalité "Vigilance" un tuerie de masse like mise en scène par un producteur cynique et sa horde de technologies. Une technologie poussée un cran de celle qui pointe son nez, avec les vidéos fake, les pubs personnalisées...
Plus que les armes, c'est le voyeurisme, c'est l'envers du monde des médias qui nous est montré. Lorsque l'on commence a vouloir plaire à Monsieur tout le monde, faut pas s'étonner de ce que l'on voit à la télé. J'avais trouvé le pitch un peu gros, mais l'auteur justifie son univers habilement.
J'ai beaucoup aimé les intermèdes avec la serveuse, une personne humaine qui va faire la seule chose possible face à ce show télévisé. C'est elle l'héroïne, le final ne faisant que renforcer ce point. Mais sera t-elle assez vigilante ?

Ils veulent tous être des héros, pense-t-elle avec consternation. Ils veulent tous être des héros débiles dans leurs histoires débiles !

Vigilance est cependant très américain, trop américain pour moi, il perd un peu de ce qui fait les classiques : l'universalité. Le twist final est bien trop gros, trop peu crédible et c'est dommage de finir ce texte coup de feu par ce hiatus.
Ceci dit, ça se lit tout seul et mis à part ces quelques défauts, quelques jours après lecture, elle reste dans la mémoire et les neurones continuent à réfléchir.

C'est pas tout ça, mais moi, je dois aller m'inscrire au programme Voisins Vigilants...

Pour un feu nourri en forme de feu d’artifice enthousiaste, c'est par ici

 

Quelques citations : 

Tout tenait au fait que depuis toujours, l’Amérique est une nation qui a peur.
Peur de la monarchie. Peur des élites. Peur de perdre ses biens, par le fait du gouvernement ou d’une invasion. Peur qu’un voyou stupide ou un petit malin de la ville trouve un moyen légal ou non de voler ce qu’on a durement gagné à la sueur de son front.
Voilà ce qui faisait battre le cœur de l’Amérique : non le sens civique, non l’amour de son pays ou de ses semblables, non le respect de la Constitution… mais la peur.
Et là où il y avait peur, il y avait des armes à feu.

– L’audience qu’on s’est bâtie… aime les jeunes Blancs, ça oui.
– Même si ce sont des putains de nazis ?
– Eh bien, blanc, c’est blanc », répond Perry.
Cela ne manque jamais d’amuser McDean : sa cible démographique, sa Personne Idéale, voue un véritable culte à la Deuxième Guerre mondiale… mais, curieusement, avoir d’authentiques nazis chez elle ne la dérange pas plus que ça.

 

 

 

 

 

 

Eriophora

octobre 12, 2020

Peter Watts, 2020, Le Bélial, 224 p., 9€ epub sans DRM

 

Le chimpanzé tisse sa toile...

 

Présentation de l'éditeur :


Ils sont trente mille.
Ils voyagent depuis soixante millions d’années.
Leur mission : déverrouiller la porte des étoiles…
Avez-vous jamais pensé à eux ?
Aux Progéniteurs, aux Précurseurs — qu’importe le nom que vous leur avez choisi cette semaine —, ces dieux anciens disparus qui ont laissé derrière eux leurs portails et leurs autoroutes galactiques pour votre plaisir ? Avez-vous jamais cessé de vous demander ce qu’ils ont vécu ?
Pas d’hyperespace de seconde main pour eux. Pas d’épaules de géant sur lesquelles se dresser. Ils rampent à travers la galaxie, pareils à des fourmis, en sommeil pendant des millénaires, se réveillant juste assez longtemps pour lancer un chantier d’un système solaire à l’autre. Ils vivent au fil d’instants répartis le long des millions d’années, au service d’ancêtres morts depuis une éternité, pour des descendants n’ayant plus rien de commun avec eux. À vrai dire, ce ne sont pas des dieux mais des ouvriers, des hommes des cavernes vivant dans des astéroïdes évidés, lancés dans une mission sans fin pour étendre un empire posthumain qui ne répond même plus à leurs appels…


Mon ressenti :


Tragédie en 6 actes avec prologue et épilogue.

Parfois, on ne trouve pas de travail près de chez soi. Et les chantiers d'autoroutes demandent toujours plus de main d’œuvre... Alors on prend la route et on laisse sa vie par derrière. C'est ce qui arrive  Sunday, dans un très lointain futur sur son engin de travaux publics un peu spécial : un gros caillou comme vaisseau, pondant des trous de vers. Mieux qu'un long discours, le schéma



L'espace temps et une notion bien complexe. Ici en deux pages, l'auteur nous fait vivre ce qu'est cette dimension temporelle immense, inimaginable, incommensurable.

Huis clos classique de l'espace, des humains en hibernation, l'IA ne les réveillant qu'en cas de problème. Une vie en pointillé, quelques jours de vécu entre deux millénaires. Mais lorsque les millions d'années s'écoulent, difficile de ne pas éprouver de solitude, de nostalgie pour cette bonne vieille Terre. Alors on rumine... Et les emmerdes commencent.

Peter Watts est un auteur de hard-SF et bien que ce texte soit intelligible pour l'amateur éclairé, je ne pense pas qu'il puisse l'être pour des lecteurs non aguerris en science-fiction. Il suffira donc de lire encore un peu pour faire la connaissance de ce Chimp, l'Intelligence Artificielle du vaisseau, qui est loin des standards froids que l'on connait habituellement. Mais connait on réellement la psychologie des IA ? L'Homme peut-il se fier totalement à une machine, fût elle intelligente ?

Je savais que les choses devaient changer. Je savais que mon stupide attachement affectif à un logiciel m’avait cachée que nous étions, au bout du compte, des outils à utiliser et jeter au gré de la fonction utilitaire d’un ingénieur mort.

Une révolution est-elle possible dans ces conditions ? Peter Watts nous donne sa réponse qui m'a bien plu. Ça se lit tout seul, on a envie de savoir comment tout cela va se terminer, où nos révolutionnaires vont se la faire mettre à l'envers. Des questions, de l'intelligence, une atmosphère étouffante et un combat IA/Femme, qu'est ce que tu attends pour le lire ?
Un texte non dénué de poésie scientifique, parsemé de touches d'humour noir propre à l'auteur, comme ce "Pour servir au mieux les intérêts de la mission"

 

Nous arrivions sur la passerelle, seuls ou à deux, nous nous regroupions autour de notre Némésis en jouet miniature et la regardions pétrifiés. Ce disque mortel de gaz incandescent. Cette minuscule gueule noire en plein milieu, des étoiles lointaines s’étalant sur son pourtour comme autant de taches lumineuses. Le collier ténu en hyperdiamant allant d’ici à là, convoyeur gravitationnel ne cessant de récolter sur l’ergosphère de précieuses aliquotes d’énergie qu’il rapportait à nos accumulateurs. Un demi-million d’unités flirtant avec l’anéantissement : l’usine entière, dispersée, en mouvement constant, chaque processeur et raffinerie et fabricatrice se regroupant en agrégations assez complexes pour vous donner mal à la tête. Nous les regardions sans mot dire, parfois des heures durant, hommes des cavernes regroupés autour d’un feu de camp qui trouvait le moyen de nous laisser transis de froid.

 

Eriophora fait partie d'un ensemble de nouvelles, les autres se trouvant dans le recueil Au-delà du gouffre. Dans quel ordre les lire ? Le Bélial te dit tout :

Si on veut les lire dans l'ordre de la chronologie interne, mieux vaut commencer par la nouvelle « Éclat » puis poursuivre avec Eriophora, « Géantes » et « L'Île ».
L'ordre de publication est lui aussi intéressant, bon nombre d'infos étant données dans cette « Île » initiale, et c'est la raison pour laquelle c'est cette nouvelle qui introduit la partie dédiée dans Au-delà du gouffre.

Cerise sur le gâteau, un petit jeu se cache dans les lignes du roman, permettant de prolonger le final.

Les avis des uns, des unes et des autres sur le forum du Bélial 



Allez, je vous laisse en compagnie d'autres ouvriers de l'autoroute :


 

 

Ondes Futures du samedi 10 au vendredi 18 octobre 2020

octobre 09, 2020


Ondes Futures, une télé et une radio résolument SFFF !
Chaque semaine, ma sélection de programmes SFFF pour ne plus jamais vous endormir devant la petite lucarne ou au volant.


Cette semaine sur les ondes :


Sort les pop-corn pour regarder les 2 matchs de la semaine :
- Google vs Huawei (peu importe le vainqueur, c'est toi le perdant !)
- Baleine vs Superpétrolier

Et entre deux poignées de pop-corn, n'oublie pas de manger un peu de brocoli saupoudré de curcuma pour faire la nique au cancer !

Tout cela et bien plus encore : https://wke.lt/w/s/q4vxAz

Fourni par Blogger.