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30/Nicolas Martin/custom

Les rencontres oniriques d'Elric Marvie

janvier 21, 2026


Eric Marie, autoédition, 2024, 187 p., 5€ epub sans DRM


Un voyage onirique réussi… à condition d’avoir grandi sans Google et avec une télé cathodique. 

Le pitch de l'éditeur : 

Je tiens à vous mettre en garde, tous les faits énoncés qui vont suivre sont rigoureusement exacts. Par-ci, par-là, quelques enjolivures ont trouvé une accointance avec les mots, mais rien qui ne saurait dénaturer la vérité. Si le cœur vous en dit, par vos propres recherches, vous pourrez marcher sur les traces d’un voyageur peu ordinaire qu’un heureux hasard m’a permis de connaître, d’apprécier, j’ai nommé : Élric Marvie.
Son moyen de transport : Les Rêves.


Mon ressenti : 

Elric Marvie fait du rêve lucide comme d’autres font leurs courses. Il se retrouve dans les contrées oniriques, il cavale, croise des tronches connues et nous raconte tout ça, à la frontière du songe, de la mémoire et de l’hommage artistique.

Mais à force de lire les différentes nouvelles, une question s’impose : quel âge à l’auteur du livre ? Centenaire je pense car au vue des célébrités du recueil : Philippe Noiret, Alain Bashung, le mime Marceau, Sophie Daumier, Queen, Raimu, Romy Schneider ; bref, on navigue clairement du côté des références d’avant les années 80. Un choix assumé, sans doute, mais qui risque de laisser une partie du lectorat plus jeune un peu sur le bas-côté. Et même moi, qui ne suis pas exactement de première fraîcheur, certaines figures m’étaient inconnues, ce qui m’a parfois empêché d’en saisir toute la saveur. 

La mécanique est efficace mais répétitive : Elric s’éveille sans trop savoir où ni quand il se trouve, puis quelques indices disséminés permettent d’identifier peu à peu une époque, une scène de film ou une personnalité culte. C’est bien mené, l’humour affleure avec légèreté et la plume est agréable, mais la succession des rêves finit par donner une impression de déjà-lu. Et j’avoue que j’ai senti mes paupières lourdes à force de me dire « encore un rêve années 70… encore une star d’avant l’Internet ».

Par contre le chapitre 10, là…. La rencontre avec William Sheller (oui, lui aussi il est vintage) se démarque toutefois nettement. Il quitte le registre de l’hommage nostalgique pour proposer une scène plus inattendue : une attaque aussi absurde que réjouissante de drones vivants, qui apporte un peu de fraicheur au recueil.

Ayant dit déjà assez de mal, je ne parlerai pas de la couverture du recueil !

D'autres avis, positifs, sur le site du Galion des étoiles


Le téléphone carnivore

janvier 08, 2026

Jo Nesbø, Gallimard, 2024, 14€ epub avec DRM

 

Après le sirupeux Le téléphone pleure, voici venu Le téléphone carnivore, d’une tout autre trempe.

 

Pitch de l'éditeur : 

Richard Elauved, quatorze ans et mal dans sa peau, est recueilli, après la mort de ses parents, par son oncle et sa tante dans une petite ville où il s'ennuie ferme, ne fréquentant que Tom, bègue et moqué de tous. Le jour où ce dernier se volatilise, on accuse Richard de l'avoir poussé dans la rivière. Personne ne le croit quand il raconte que le téléphone de la cabine publique où il avait entraîné son camarade pour faire des blagues a dévoré l'oreille, puis la main, le bras et... le reste du corps de Tom. Personne sauf l'énigmatique Karen, qui l'encourage à mener une investigation jugée superflue par la police. Envoyé en centre de redressement, Richard réussit à s'enfuir avec la complicité de jumeaux maléfiques et aboutit à un manoir abandonné dans la forêt, où se succèdent des phénomènes paranormaux qui semblent tous dirigés contre lui.

 

Mon ressenti : 

Moi, j’aime les romans de SFFF réalistes, ou du moins crédibles. Avec un titre aussi alléchant que Le téléphone carnivore, je savais que j’allais faire un pas de côté — qui, au final, s’est révélé plus réaliste que bien des bouquins censés l’être.

Richard est recueilli par son oncle et sa tante dans un village paumé, lui le jeune ado des villes. Déjà catalogué comme paria avant même son arrivée, son image va encore se dégrader avec la disparition de son ami, mangé par le combiné d’une cabine téléphonique. (Pour les plus jeunes : demandez à chatGPT ce qu'est une cabine téléphonique)
Comme quoi, le titre annonce la couleur. Sa situation va encore empirer avec la disparition d’un second camarade.

D’après vous, de quelle manière son deuxième ami va disparaître ?
A : il se fait manger par un minitel (demande à chatGPT ce que c'est)
B : il se fait manger par un mange-disque (demande à chatGPT ce que c'est)
C : il se fait manger par un téléphone

Bravo, tu es le meilleur !!!

Des ados, un pitch improbable… et j’imaginais déjà la bluette sentimentale. Tout était réuni pour me faire fuir, et c’est exactement l’inverse qui s’est produit : je tournais les pages avec délectation.
Rien de très original, de grosses ficelles sont présentes pour rappeler que nous sommes dans la littérature jeunesse. Mais l’auteur a d’autres atouts dans sa manche et rebat les cartes dans les deux dernières parties. Plus les pages défilent, plus le sous-texte émerge : ce divertissement aborde, mine de rien, le harcèlement scolaire et le trouble de stress post-traumatique.

L’éditeur parle de roman d’horreur ; je parlerais plutôt de fantastique avec une pointe horrifique. Mais peu importe : j’ai pris un plaisir fou à lire ce court roman. La seule ombre au tableau, le prix du livre numérique : 14€ avec des DRM pour moins de 300 pages. Résultat : allez prendre un abonnement dans votre médiathèque !

La Station

décembre 16, 2025

Jakub Szamalek, Métaillé, 2025, 380 p. 13€ epub sans DRM



Immersion validée selon les protocoles en vigueur. Paramètres de conclusion en cours d’évaluation. La station-livre reste pleinement opérationnelle et recommandée pour de futures missions de lecture.


Pitch de l'éditeur :  

Après des décennies d’une trêve fragile, le conflit latent entre les États-Unis et la Russie a repris de plus belle, sans qu’une issue soit en vue. Mais cette fois-ci, le théâtre de cette rivalité sera la Station spatiale internationale, avec pour toile de fond le décor spectaculaire de l’espace.
La commandante Lucy Poplaski, à la tête de l’équipage international, est chargée de déterminer la source d’une fuite d’ammoniac qui met toute la station en danger. Cependant, son enquête bouleverse la fragile confiance entre les équipages russes et occidentaux, et révèle de profondes fissures au sein même de l’équipe américaine.

 

Mon ressenti :

Au vu de mon âge, de mon physique, de mes sens qui ne sont plus tout à fait calibrés pour l’aventure, et d’une bonne pelletée d’autres paramètres, devenir astronaute pour moi, c’est NON. Aller sur l’ISS en touriste milliardaire ? Encore plus NON — même pas la peine de rêver. Alors il ne me restait qu’une solution si je voulais trainer mes guêtres sur la station : prendre le problème à bras-le-corps et acheter la station. En livre, hein ! Faut savoir rester raisonnable.

Ne pouvant pas aller dans l’ISS, je ne saurai jamais si ce roman est scientifiquement irréprochable, mais il sonne juste, très réaliste. L'odeur de sueur surannée qui imprègne les modules a traversé mes narines, je me suis cogné partout au point d’en avoir des bleus imaginaires, j’ai grogné contre la bouffe lyophilisée et son petit goût de polystyrène. Bref : j’y étais.

Et cerise sur l’orbite, j’étais en même temps à Houston, dans la peau du directeur de vol… tout en étant aussi le mari de Lucy, l’astronaute que l’on suit. Un vrai point de vue en apesanteur. Niveau réalisme, tension et immersion, tout y est.

Sauf un truc : l’auteur adore les cliffhangers… Trop. Et parfois, rarement, il pousse même le bouchon en ne reparlant pas de l’événement de suite. Exemple : confinement dans l’ISS après une éruption solaire, un énorme bang retentit, les astronautes paniquent… À Houston, personne n’en parle. Retour dans la station : toujours rien. Et il faut vingt pages pour qu’on nous dise enfin ce qu’il s’est passé. Entre-temps, on a l’impression que l’incident a été aspiré par le vide spatial. De quoi plomber l’immersion.

À force d’accumuler les cliffhangers, je m’attendais à une fin en feu d’artifice. Manque de bol, il y avait du vent le jour de ma lecture : le feu d’artifice a été annulé.
Reste un blockbuster d’action spatiale plutôt bien fait, avec les excès propres au genre, mais aussi un souci du détail et du réalisme suffisamment solides pour qu’on accepte de monter à bord… et d’y rester jusqu’au bout.

Lu à cause de l'avis dithyrambique du  Maki : "Ce roman riche et complet""huis clos spatial haletant", "thriller psychologique éreintant", "un essai scientifique sur l'ISS documenté", "réflexion intelligente sur les enjeux géopolitiques"

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