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Bifrost n.97. Sabrina Calvo : Cybermagicienne

février 12, 2020

Bifrost, Le Bélial, 2020, 192 p., 6€ epub sans DRM


Une très belle couverture, un bon dossier, de bonnes nouvelles, un bon epub, un bon cataclysme, que demander de plus ?
Que ce soit toujours pareil !

La couverture est de Chloé Veillard, qui n'est pas créditée dans la version epub, mais juste perdue dans les remerciements de fin. Vous pouvez voir ses autres travaux ici

 

Editorial :

Cela doit bien faire 10 ou 20 ans que Olivier Girard annonce l'Apocalypse pour l'édition SFFF et le livre. N'est pas Nostradamus qui veut... En outre, il vilipende ces satanés grévistes qui pensent d'abord à leur intérêts plutôt qu'à ceux qui ont osé bâtir leur entreprise, leur librairie et qui font le jeu du géant Amazon !
Entre la dithyrambe de Lucazeau pourfendant l'activiste-gauchiste Damasio et lui, le Bifrost nouveau est il de droite, réac, ou - âge aidant - vieux con ? Vaste question...
Mais passons sur ses frivolités, et voyons ce que nous réserve ce numéro

Pensées et prières, de Ken Liu

Tu connais sûrement les boules de foudre d'un autre auteur SF, mais connais tu les bulles de filtres ?
Non ? Et bien lis cette nouvelle à l'histoire assez simple, le deuil d'un enfant, suite à une fusillade de masse, des réseaux sociaux, des fake, des deepfake, des trolls.
En quelques pages, l'auteur nous dresse le portrait d'une famille gérant de manière différente cette absence. Lors de la mort d'un enfant, beaucoup de parents montent leur asso, s'engage pour éviter que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets, et c'est ce qui se passe ici, à l'ère numérique...
Subtil et intelligent, la parole est donnée à l'ensemble des parties et montre que la technologie n'est pas toujours un progrès.

Quand on se souvient du moment capturé, se rappelle-t-on ce qu’on a vu, ou ce que l’appareil a fabriqué ?

 

Les neuf derniers jours sur Terre, de Daryl Gregory

Une pluie de météorites s'abat sur terre et tout change. Une invasion et une apocalypse douce. Qui permet a l'auteur de nous narrer cette chronique familiale sur un siècle. J'aime beaucoup les chroniques au long cours, permettant de brasser les conséquences de ce premier contact tout en brossant l'évolution de la société.


Ballades sur l’arc

Un cahier critique conséquent. De ce que je n'avais pas repéré, Trafalgar d'Angélica Gorodischer et Résolution de Li-Cam, tous deux chez La Volte
Thomas Day, dans Le coin des revues, a aimé la livraison n.61 de Galaxies SF, et je suis entièrement d'accord avec lui. Par contre, il déteste Bruno Poschechi, et le dit haut et fort, mais avec humour. Pas d'accord avec lui sur ce coup

Romain Lucazeau nous livre son analyse de l'utogate (un bien grand mot à mon sens) et si j'ai bien tout compris, il n'aime pas la SF militanto-politique. Pour ma part, chaque livre, genre à son public, et c'est très bien ainsi.
Et sous la rhétorique, reste juste une critique acerbe de Damasio. Puéril ?

Paroles d'éditeur nous fait connaitre les éditions Callidor par la voix de Thierry Fraysse. Je n'avais jamais entendu parler de cette ME et c'est assez normal : très peu de livres publiés, pas de numérique (garde les tes beaux livres !) et c'est orienté fantasy.


Au travers du Prisme : Sabrina Calvo

De Sabrina Calvo, je n'ai lu que Toxoplasma qui m'a plongé dans un univers assez étrange. Ce dossier va donc me permettre de savoir si je continue mon exploration de son oeuvre ou pas. La réponse est non, ce que j'avais perçu de ce roman reflète bien l'imaginaire de l'autrice qui ne laisse pas indifférent. Et sa nouvelle qui ouvre la revue, Baiser la face cachée d'un proton, m'a laissé perplexe et décontenancé, au point de n'en lire que quelques pages. L'autrice dit qu'elle est toujours dans la recherche, l'expérimentation et cela se voit...

Elle enroule le vent d’un revers de foulard. « Je veux plus de toi, de ton journal de neige, de ta boîte à chaussure, de ton pote cinglé !
– Me fais pas ça.
– J’en peux plus de jouer pour tes débris. Tout ce que tu veux pour nous, c’est ça, ce futur là tout décâlissé. »
Le champs des possibles est glacé. La voie ferrée s’éteint dans un brouillard. Je cherche des yeux le monde oblique, entre ces paillettes suspendues. Rien que la buée de mon souffle.
« Si tu pars, je lui dis, tu dois me donner une image. »
Son expression shifte d’un ton de rose. Elle cherche en silence un cadeau d’adieu.
Et lentement, tristesse.(premières lignes de la nouvelle)

Le dossier est très plaisant, complet, le ton n'y étant pas pour rien. L'impression de tomber sur des amis de longues dates qui s’entretiennent. On apprend plein de chose, il y a de la légèreté mais aussi des conversations plus touffues. Seul hic, on est à 2-3 occasions limite comme un auditeur face à un boeuf musical, on ne saisit pas tout. Trois entretiens pour bien cerner l'imaginaire de la cybermagisienne, un bien dense avec elle, un autre avec son ami d'enfance Fabrice Colin et un autre de son "taulier" temporaire, son éditeur Mathias Echenay.
Après lecture de l'ensemble, j'ai comme l'impression que la vie de l'autrice est assez compartimenté, personne ne la connaissant entièrement, du moins les personnes interviewées.
L'analyse de son oeuvre est de la partie, que ce soit sur la forme courte ou longue, ou encore de son travail autour du jeu vidéo.

Le mot de la fin à Fabrice Calvo :
Personne n’écrit comme Sabrina, personne ne peut raconter de telles histoires – roman après roman, un univers d’une singularité inouïe se déploie, vibrant de poésie, de bizarrerie et, me semble-t-il, d’une férocité douloureusement comique. À chaque ligne ou presque, une trouvaille vous saute à la gueule, et vous ne savez pas s’il faut rire ou pleurer avant de réaliser qu’en vérité, c’est la même chose.


Scientifiction

Cataclysme galactique, par Roland Lehoucq et Bertrand Cordier
Si tu as lu et compris Diaspora, cette lecture ne t'apprendra sûrement rien. Mais si tu ne sais pas ce qu'est une coalescence d'étoiles à neutrons et un sursaut gamma et leurs impacts sur la vie sur terre... Si tu lis le titre de l'article, tu dois désormais avoir une petite idée


On finit par le Prix des lecteurs 2019 dont aucun de mes lauréats n'a gagné - comme d'habitude - mais un - pour une fois - s'est glissé à la troisième place : Michael Rheyss avec « Le Triangle Lavrentiev »
On verra si je fais mieux dans un an...

Le prochain Bifrost sera consacré à A.E. Van Vogt et le suivant à Shirley Jackson. N'ayant jamais lu ni l'un, ni l'autre, voilà qui est parfait.
Quand au numéro 100, l'équipe la joue cachotière... Je sais juste qu'il ne me sera pas consacré !

N'étant pas rancunier, voici la liste des nouveautés 2020 de l'éditeur :

Plus de détails


The Maki Project 2020

Toxoplasma

février 20, 2019

Sabrina Calvo, La Volte, 2017, 384 p., 11€ epub sans DRM


Si vous voulez savoir à quoi ressemblerait du Spielberg à la sauce contre-culture, Toxoplasma est tout indiqué.

Présentation de l'éditeur : 


Après un grand soulèvement, l’île de Montréal est assiégée - ses ponts bloqués par l’armée fédérale. Internet disparu, une Commune improbable s’y organise, redoutant à tout instant l’effondrement du monde.
Au cœur de ce chaos, Nikki Chanson, détective pour chats perdus et spécialiste de films de série Z dans un vidéo-club à la dérive, enquête sur des sacrifices de rongeurs. Entre hallucinations en VHS et cauchemars de forêt détruite, son quotidien s’engouffre bientôt dans une conspiration dont elle ne percera le mystère qu’avec l’aide d’une coureuse de bois virtuels et d'une marionnette d'un show pour enfants.

Mon ressenti :


Des chats, des ratons laveurs, des VHS qui combattent des Betamax, une marionnette chien, des mots québécois au parler hacker, des anti-spécistes, des punks, un crapaud-garou, une possible conspiration, du vaudoue, des films de série Z, (liste non exhaustive), le tout dans un Montréal communard.

Du rétro cyberpunk fantastique, un roman fourre tout bordélique comme cette Commune qui ne veut pas expirer.
On commence par des animaux décapités pour finir par une course poursuite contre un drone militaire, en passant par une vision des lol-cats qui envahissent le réseau en lui refourguant la toxoplasmose. Sabrina Calvo nous entraîne dans un drôle de périple autour de la nature de la réalité, un cyberpunk analogique halluciné dans un futur très années 80.
Vous dire que j'ai compris - ou aimé - ce roman serait mentir. Il faut sûrement être atteint de toxoplamose pour tenter une totale compréhension de ce roman non identifié. Sabrina Calvo réinvente le cyberpunk, plus analogique que digital, plus poétique que métaphorique, plus militant que politique. C'est un rêve étrange auquel il faut se raccrocher à quelques items pour y déceler un sens. Bourré de références à la contre culture, ce roman est un peu trop alternatif  pour moi, je m'y suis perdu, sans repères pour me raccrocher. Une herméneutique radicale pour une expérience littéraire vraiment autre. Au final, je ne savais plus reconnaitre si j'étais face à une critique sous-jacente ou à un hymne d'amour lancée pêle-mêle aux années 80, aux hipsters, aux hackers, aux punks, à l'anarchie.

Ce que l'on ne peut reprocher à l'auteure, c'est d'avoir son propre imaginaire, et un sens de la formule qui fait mouche : 

La vie est trop courte pour s’épiler la chatte, sœurette.

Dans une litière, le chat d’Ichi se lèche l’anus sans se soucier du monde autour de lui.


Le jour où le nazisme sera rentable, tous les capitalistes seront nazis. 


Cependant, pas sûr après ce voyage d'aller voir Sous la colline ce qui s'y passe.

Si vous voulez savoir si la plume de Calvo pourrait vous convenir, il faut pénétrer dans son univers, dont la table des matières donnent un aperçu assez nette :



Le chroniqueur a beaucoup aimé ce décor hors norme, L'ours inculte a adoré ce ce plateau multi-saveurs qui a déstabilisé Lekarr et Boudicca , stabilisé Dionysos. et sorti de sa zone de confort Miroirs SF

Ce roman a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire 2018, ainsi que le prix Rosny aîné 2018


Quelques citations :


— Bon alors Finn, quelques règles.
— Putain, ça commence.
— Quoi ?
— Les règles. Je suis anarchiste, ma petite dame.
— Qu’est-ce que tu y connais ? Un anarchiste a jamais dit qu’il fallait pas de règles. Juste pas d’autorité.
— Et qui fait respecter ces règles ?
— On se débrouille.
— Tocarde.

Quand les guerres en Europe ont pris le relais après la Septième Crise, c’est le monde qui s’était engouffré dans la brèche du mysticisme. Elle en sait quelque chose : elle a fui les griffes d’une communauté pseudo-chrétienne instrumentalisant la femme et refusant toute ouverture des frontières. Leur argument avançait d’obscures théories économico-théologiques mêlant avènement céleste et rétablissement du marché libre. Kim a même un slogan pour ça : « Le jour où le nazisme sera rentable, tous les capitalistes seront nazis. »


Nikki retrouve le punk du vidéo-club, affalé sur un matelas défoncé avec ses potes. Il se lève d’un coup pour la saluer, semble ravi de la voir ici, l’entraîne dans une autre salle, pleine à craquer de longs tee-shirts déchirés, de bracelets de tennis en mousse anti-sueur, de rangers défractées. Le snobisme underground, le juste placement de l’épingle à nourrice, les subtils codes vestimentaires d’un monde qui se regarde dans sa sublime résistance à l’ordre établi, ordre en lui-même, vraiment, pas méchant, juste un peu triste, elle trouve, un peu mort, mais qui est-elle pour juger, avec son unique boucle d’oreille et sa robe de fausse bourgeoise. 






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