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Et les gens qui ne sont rien

octobre 19, 2023

 

Christophe Nicolas, Argyll éditions, 2023, 320 p., 11€ epub sans DRM



Encore un épisode cévenol...


Pitch de l'éditeur :

« Au secours ! Mon mari va me tuer ! Venez, vite ! »
Lorsque les gendarmes débarquent sur place, Emma Coulon git inconsciente près de son mari, le visage tuméfié.
L’affaire paraît simple – un adultère suivi de violences conjugales – et pourrait être bouclée dans l’heure, si le présumé coupable, Michaël Coulon, n’était pas le principal employeur de la région. Très vite, le maire et le procureur font pression sur l’adjudant Gerardin, fraîchement nommé à la brigade de Génolhac, petit village des Cévennes serré au milieu des collines. Peu importe si l’épouse est dans le coma, peu importe si l’amant demeure introuvable, Coulon doit être libéré sur-le-champ.
Mais Gerardin ne se laissera pas intimider, son passé l’en empêche. Il est décidé à coincer le coupable quoi qu’il lui en coûte.

Mon ressenti :

Un mari jaloux, une femme dans le coma, un possible adultère et la disparition étrange de l'amant. Le mari, coupable idéal, fait partie de la haute société locale.
Bref, un pitch classique dont le début se lit sans déplaisir malgré un style assez simple. Puis peu à peu, les apparences du meurtre cousu de fil blanc commencent à se lézarder et l'auteur relance régulièrement l'intrigue et l'intérêt.

Lu en deux jours, c'est un polar honnête, mais sans relief particulier. Roman "social" (J'avais vu une interview de l'auteur (je crois) qui mettait en avant ce côté et c'est pourquoi je l'ai lu.), c'est ici que je trouve que cela pêche. Pour montrer l'injustice entre les riches et les puissants, c'est grâce un protagoniste qui monologue un peu trop sur les inégalités, bref cela arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Le fameux show don't tell.
Autre écueil, je n'ai pas réussi à m'attacher à un seul personnage, qui manquent pour moi d'épaisseur. En outre, l'inspecteur est hanté par son passé dont l'enquête fait ressurgir les stigmates : un passage un peu trop obligé qui n'ajoute à mon sens rien à l'intrigue. Les notables sont tous pourris, les gendarmes aussi...

L'intérêt est plus dans l'enquête qui semble toujours se dérober vers d'autres coupables et fait ressortir un aitre drame qui s'était déroulé jadis dans la région. Un roman qui vaut donc la lecture pour son enquête rurale insaisissable, le reste étant trop classique.
La dernière page tournée, la question demeure : Et les gens qui ne sont rien ?
Dommage...

Projet Harmonie

septembre 09, 2021

 

Christophe Nicolas, Argyll éditions, 2021 (1ère édition : 2012), 300 p., 8€ epub sans DRM


 
Plus c'est gros mieux ça passe ?

 

Présentation de l'éditeur :

Au sein d’un laboratoire pharmaceutique, le professeur Guiraud tente une ultime expérience. Sa conscience lui pèse, le monde doit savoir…
Au même moment, Yannick Diaz défend à la télévision le livre qui lui a valu son licenciement, un essai sur les collusions entre médias et intérêts privés. Et alors que la tension monte sur le plateau, voilà que le journaliste s’effondre en direct, inconscient.
Ailleurs, une jeune célibataire désargentée accepte l’aide d’une maternité privée qui lui propose de l’accompagner gratuitement. Mais l’accouchement se passe mal, on doit l’anesthésier. À son réveil, Nathalie apprend que son bébé est mort-né. Pourtant, elle est certaine de l’avoir entendu pleurer.
Trois personnages plongés au cœur d’une terrible machination. De leurs actions dépend l’avenir du monde…


Mon ressenti :

De nos jours en France, on suit les pas d'un journaliste engagé, d'un scientifique et d'une femme enceinte dans un monde qui ressemble étrangement au nôtre.

J'ai acheté ce roman après avoir lu le très bon Trackés, où il était fait allusion à l'enquête journalistique Projet Harmonie. J'avais envie d'en découvrir plus sur ce journaliste lanceur d'alerte.
Et dès le début, j'ai commencé à tiquer : plus c'est gros, plus la vraisemblance s'en prend dans les dents ! Cela sera identique tout du long, c'est toujours énorme. L'auteur ne prend pas le temps de construire une crédibilité à son monde réaliste.

Mais en bon amateur de SF, j'ai dégainé ma "suspension consentie de l'incrédulité", volume à fond.
Et une fois le mode opérationnel, j'étais sur l'autoroute du thriller, pas d'arrêt aux aires d'autoroute, pédale d’accélérateur au plancher. On ne peut que louer ce divertissement, un véritable page turner. Dès le début, qu'une envie, finir au plus vite, garder les yeux ouverts pour lire un chapitre supplémentaire.

Je me doutais avant d'entamer ma lecture qu'il y aurait quelques hiatus, ce roman étant le second de l'auteur. Car oui, il s'agit d'une réédition, information que je n'ai trouvée ni dans l'epub, ni sur le site de l'auteur. Bref, de quoi se sentir un peu floué si on ne s'est pas informé avant l'achat.  

Troisième roman de Christophe Nicolas, nul doute que je lirai son prochain roman, en espérant qu'il s'assagisse dans les quelques invraisemblances.

Trackés

septembre 06, 2021

Christophe Nicolas, Argyll éditions, 2021, 376 p., 10€ epub sans DRM

 
L'été fut morose, tu as envie de te faire un bon thriller au cinéma ?
Mais toi, on ne te l'a fait pas, tu n'as pas envie de faire implanté une puce GPS comme Akhenaton. Donc pas de pass sanitaire, pas de cinoche !
Bonne nouvelle pour toi, pas besoin de pass pour rentrer dans une librairie et acheter Trackés.

 

Présentation de l'éditeur :

France, pays des droits de l’homme et du citoyen. Dans un climat de tensions sociales, un célèbre journaliste et lanceur d’alerte est froidement exécuté dans son appartement parisien.
Sur les lieux du crime, alors que certains concluent déjà à un acte terroriste, la capitaine de police Florence Roche exige d’être chargée de l’enquête. Placardisée pour raisons politiques, elle est déterminée à découvrir la vérité, quitte à ce que celle-ci déplaise à sa hiérarchie.
La policière trouve une alliée naturelle en Julia, fille du journaliste, mêlée malgré elle à l’affaire lorsqu’une des sources de son père la contacte, et la pousse dans les rouages d’une machination qui pourrait ébranler jusqu’aux fondations de notre démocratie.


Mon ressenti :

De nos jours, lors de manifestations en soutien au décès d'un jeune dans l'affrontement avec les forces de l'ordre, un jeune se fait arrêter par la police pour avoir participé à la manif.
D'un autre côté, un journaliste d'investigation qui a eu son heure de gloire est sur la piste d'un scoop. Peu de temps après, il est retrouvé assassiné.
Toute ressemblance avec des faits réels est totalement assumée : nous sommes à l'époque de Nuit debout et de la mort de Rémi Fraisse. L'auteur change les noms des personnes et des entreprises permettant un côté intemporel et fait quelques raccourcis avec la réalité pour nous dérouler son histoire de complot politique.

Trackés est construit comme un thriller mais ne fait pas l'impasse sur la réflexion autour du secret d'Etat, des lanceurs d'alerte, de l'informatique et des médias. Une fois commencée, l'écriture de Christophe Nicolas ne nous laisse qu'une seule échappatoire : finir au plus vite pour connaitre le dénouement. Une franche réussite.

Deux bémols afin que l'auteur garde les pieds sur terre :
Certains événements font un peu trop gros, trop irréalistes, l'impression d'une main un peu lourde dans le dosage des faits. Cela donne un côté légèrement caricatural. Ceci dit, lorsque l'on se remémore tous les bla-bla leaks, les révélations tonitruantes autour des GAFAM et tout le toutim, on se dit que l'espèce humaine à une propension phénoménale à l'oubli. Et qu'au final, l'histoire de Trackés pourrait très bien être réelle.
Le second bémol est plus éditorial : j'aurai aimé retrouver à la fin un mot de l'auteur sur ce qui est véridique et ce qui a été romancé pour les besoins de l'histoire.

Mais Trackés est un thriller qui se dévore et peut faire réfléchir sur le fonctionnement de la société.
J'ai pris un immense plaisir à lire et je vais donc de ce pas me replonger dans la plume de l'auteur avec son Projet Harmonie dont il est fait allusion dans le roman.

Le réactionnaire Yogo a trouvé le roman binaire, et l'orientation politique ne l'a pas laissé Dup
Heureusement, les progressistes sont là pour rétablir la vérité : Le Syndrome Quickson qui s'est pris quelques mandales, et Lune qui nous sort son programme : lisez Trackés !


Je ne peux que conclure en mettant le texte de Daniel Mermet en Hommage à Rémi :

C’est l’histoire de deux enterrements.
Voilà deux enterrements qui tombent nez à nez, face à face.
Le premier c’est un enterrement très important…
C’est l’enterrement du roi du pétrole, le patron de Total mort accidentellement.
Hommage de la nation unanime !
Hommage de tous les médias !
Hommage de la terre entière ! Un hommage vibrant !

Le deuxième enterrement…
C’est celui de Rémi, Rémi Fraisse, 21 ans, tué par une grenade offensive tirée par un gendarme, dans une manif’ contre le barrage de Sivens.
Hommage beaucoup moins vibrant !
Le premier ministre parle de « casseurs », on parle de « bavure », on dit que « si l'on veut mourir pour des idées il faut assumer ».

A l’enterrement du patron de Total le roi du pétrole, on l’a peu souligné, il y avait des oiseaux.
Des oiseaux endeuillés. Des mouettes. Des goélands tout en noir.
Le noir de la marée noire.
Le noir de l’Erika. Le naufrage pour lequel Total a été condamné.
C’était des oiseaux du parti des oiseaux, le parti de Rémi, le parti des « djihadistes verts ».
Rémi Fraisse est un « djihadistes verts » ! C’est l’expression de Xavier Beulin de la FNSEA.

Passé le respect à l’égard des morts, les deux figures en quelques jours sont devenues les symboles de notre présent.
Deux symboles inconciliables.
Il faut choisir son camp : l’assassinat ou l’accident.
L’oligarchie a choisi !
Le gouvernement a choisi !
Le cynisme, la violence, le mépris, et tout ce qui dégoute et fait gonfler les rangs de la Marine.
Alors choisi ton camps camarade.
Le vent se lève, il n’y a pas d’arrangement.
Cours camarade !
Les oiseaux noirs en mourant te regardent.
Cours camarade !
Le vieux monde est derrière toi !



Le camp

juin 10, 2016

Christophe Nicolas, Fleuve Éditions, 2016, 400 p., 14€ epub sans DRM



Un hameau perdu des Cévennes, tous les habitants disparus, sauf un nourrisson qui hurle.
En quelques chapitres courts, nous voilà pris dans l’histoire. L’inexplicable vient de survenir dans le réel.

Le cadre : un milieu rural, parfois rustre, taiseux où l’on se méfie de l’étranger, de celui que l’on ne connait pas. Où les rumeurs sont plus importantes que la vérité. Un institut pour déficients mentaux. Une base militaire.
Les personnages croqués sont rarement les plus évoqués dans la littérature : ils ne sont pas assez vendeurs d’après les éditeurs qui préfèrent les CSP++, il faut bien faire rêver la populace.
Des références à X-Files et son fameux Mulder, au téléfilm La controverse de Valladolid, et bien d’autres encore.

Christophe Nicolas a le chic pour nous égarer, lançant des pistes sur le mystère : un complot militaire ? Un phénomène fantastique ? Des extra-terrestres ? Nous perdons nos repères et nous avons hâte de finir le livre. D’autant que l’auteur alterne les chapitres avec différents points de vue, se situant parfois dans le passé.
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