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Le dernier jour du Tourbillon

septembre 18, 2023

Rodolphe Casso, Aux Forges de Vulcain, 2023, 192 p., 15€ avec DRM


Role playing comme pilier de bar, sans le mal de crane du lendemain.

Présentation de l'éditeur :

Après avoir sabordé sa vie sentimentale, Gus échoue dans un bar : le Tourbillon. Ce rade miteux à la déco ringarde, dernier de son genre dans un quartier en pleine gentrification, est le repaire de Get, pilier du comptoir régnant sur une petite bande d’inadaptés. Il a tôt fait de mettre le grappin sur le nouvel arrivant. Tandis que Le Tourbillon tourne à plein régime, brassant heure après heure la faune du quartier, Gus se laisse enivrer d’alcool et de paroles jusqu’à se libérer de toutes ses frustrations. Mais festoyer avec ceux qui refusent de suivre la marche du monde a un prix. Gus sortira-t-il indemne du Tourbillon ?

 

Mon ressenti :

Un bar, le dernier de son espèce, dans un quartier qui se boboïse. Un bar comme il faut, avec son comptoir et ses piliers. Get, qui boit quoi à ton avis ?, Bolide et son fauteuil roulant et toute une belle brochette dont je vous laisse le plaisir de découvrir. Et il y a le p'tit nouveau, qui se laisse entrainer suite à une rupture. Et une fois entrée dans le tourbillon, pas moyen d'en sortir, il vous emporte et il faut boire jusqu’à plus soif.



Je ne sais pas pour toi, mais pour ma part, je fréquentais assidument un bar dans ma jeunesse. Rassure toi, je n'étais pas du genre pilier de bar, mais plutôt pilier de salle et je jouais parfois comme remplaçant et ce petit jeu à durer quelques années. J'ai donc rencontrer pas mal la faune qui vient s'en jeter un vite fait avant de commencer le boulot, ou à la pause du midi et que l'on revoyait lors de la débauche. Mais certains étaient toujours présents. C'est ce que j'ai retrouvé dans ces pages, cette faune qui vient chercher ou oublier quelque chose. Il y a pourtant une chose en plus dans le bouquin de Rodolphe Casso, c'est le bon mot, la bonne phrase. Et le Rodolphe n'est pas du genre avare, et c'est donc un régale à lire, à sourire et à rire.

J'avais bien aimé PariZ et Nécropolitains, l'envie de me replonger dans le style de l'auteur, même si ce n'est pas dans les genres de l'imaginaire (nous avons droit à des clins d'oeil tout de même), fut donc naturel. On y retrouve son goût pour les chansons et les personnages un peu bancales. Bref, avec Casso, pas besoin de faire attention à sa consommation, comme quoi la lecture est une aussi bonne évasion que l'alcool ! Peu à peu, nous découvrons la face cachée de ces alcoolos, leurs failles et surtout leur humanité. En plus de la prose, c'est cela que j'ai adoré : ne pas s'arrêter aux représentions, aux premières impressions et qu'il y a beaucoup plus d'humanité dans ce bar interlope qu'on ne peut en trouver ailleurs.


Un seul regret : l'alcool coûte cher. 15€ en epub vérolé, 20 en papier, le tout pour moins de 200 pages bien aérées... Allez, je préfère croire que la part de l'auteur est conséquente et qu'il pourra ainsi payer quelques tournées dans son troquet !


Nécropolitains

février 06, 2020

Rodolphe Casso, Editions Critic, 2019, 729 p., 15€ epub sans DRM



Petite balade parisienne à l'heure du printemps zombie.

Présentation de l'éditeur :


Paris, un an après l'apocalypse zombie. Depuis la base souterraine de Taverny, où vit reclus et impuissant ce qui reste de l'armée régulière, le capitaine Franck Masson est envoyé en mission diplomatique au coeur de la capitale pour établir le contact avec plusieurs poches de survivants. Dans une ville lumière en lambeaux, investie par les morts-vivants et les bêtes sauvages, le soldat part en quête des derniers sursauts de l'humanité, de Dieu et de la France ! De buttes en îles, de parcs en souterrains, de chemins de fer en canaux, sa traversée lui apprendra par dessus tout que l'homme, même après la fin du monde, demeure un spécimen bien difficile à cerner. Un road movie drôle et mélancolique dans un Paris ensauvagé. 


Mon ressenti : 

Base aérienne de Taverny, le capitaine Franck Masson reçoit le cadeau du siècle par son commandant, une petite escapade parisienne en solo, avec en guise d'amuse gueule un saut en parachute en pleine nuit. Saut qui est de la roupie de sansonnet pour ce parachutiste multirécompensé, sauf si quelques piafs...
Seul bémol, Paris, la France, le reste du monde (?), est envahit de zombies. Le capitaine est chargé d’aller à la rencontre de possibles survivants disséminés en trois lieux symboliques de la Capitale. Une mission quasi suicide en quelque sorte. Mais ça ou la dépression...
Butte Montmartre, parc des Buttes-Chaumont et île de la Cité, trois communautés de rescapés, trois façons d'organiser la vie en mode pénurie.

J'avais déjà lu le Pariz de l'auteur, se déroulant un an auparavant. Le bon coté, c'est qu'il n'est pas nécessaire de le lire avant d'entrer dans Nécropolitains et nous retrouvons le ton/style de l'auteur : la musique, des notes d'humour et la gouaille.
On y retrouve aussi, malheureusement pour moi, une autre caractéristique : les descriptions nombreuses. Très nombreuses. Très très nombreuses. Trop nombreuses. Au point que je pense que ce roman aurait pu perdre facilement 300 pages en privilégiant l'intrigue ! On aime ce style ou pas, mais pour ma part, je trouve que cela casse surtout le rythme.
Autre problème pour moi, l'aventure est assez redondante : découverte d'une micro-société, découverte de ses us et coutumes, de ses vices et vertus, départ. Et on remet cela deux fois.
En outre, les personnages sont assez stéréotypés, manquent de finesse dans leur dimension humaine. Malgré le pavé, on ne connait  rien de la vie d'avant du soldat, il n'est qu'un "
Je crois en la France. Je crois en Dieu. Je crois en la discipline." Bien sûr, ses péripéties vont le faire évoluer, mais comme nous ne le connaissions pas...  Les autres personnages sont dans la même veine, pas antipathiques, mais manquant cruellement d'épaisseur.
Côté positif, ce n'est pas un roman de zombies classique. Ils sont là, au loin, une menace sourde et présente, mais ils ne sont pas au coeur du récit.

Même si j'ai aimé les petites touches anars de l'auteur, j'aurais préféré qu'il se concentre sur un seul lieu pour vraiment en faire une analyse psychologique et sociologique plus fine., avec des personnages mieux campés. Ça se lit facilement, mais un mois après lecture, les 700 pages se résument dans ma mémoire à quelques images, dont celle, magnifique, de la couverture d'Aurélien Police.
Après son Pariz, j'attendais beaucoup de ce roman dont le pitch me plaisait beaucoup. Trop d'attentes peut-être...

Ce qui n'est pas le cas de tout le monde,
La petite communauté du bibliocosme à apprécier le voyage deux fois : ici et
La chronique a forcément plus au Chroniqueur
Et l'excellence de l'ensemble a subjugué Dup

 

 

Quelques citations :


— Salut Camel, dit-elle d’une voix fluette, presque absorbée par les basses émanant du sol. Tu m’amènes un nouveau pour l’atelier tricot ?
Franck, qui se retint de rire, ne sut lire dans le regard de la couturière en chef si sa proposition tenait de la boutade ou du plus grand sérieux. Il oubliait par moments que le monde avait, pour ce qu’il en restait, changé au point qu’apprendre à tricoter un pull à l’approche de l’hiver pouvait s’avérer aussi vital que de se pourvoir en armes et en nourriture.

— Autrefois, il était convenu de considérer les militaires comme des hommes de valeur et de conviction. Et toi ? Malgré tout ce chaos, en quoi crois-tu encore ?
Franck s’accorda quelques secondes de réflexion.
— Je crois en la France. Je crois en Dieu. Je crois en la discipline.
Gilbert opina du chef.
— La discipline. Ça nous fait au moins un point en commun. Pour le reste, ni Dieu ni maître, quant à la France, je te la laisse.
— C’est ce que disent ceux qui ont toujours profité des qualités de ce pays sans jamais s’engager pour le défendre.
— Quand le mot « France » signifiait encore quelque chose, il était déjà trop abstrait pour moi.
— Je vois le genre, ricana Franck. Pas de frontières. Pas de hiérarchie. Tous frères. Tous égaux. Amour, anarchie, eau fraîche, et cætera…
Les deux hommes se fixèrent quelques secondes, avant que le petit homme ne rompe la joute silencieuse :
— Moi, je suis un paysan. Je crois en la nature, la terre nourricière et la capacité des hommes à s’insérer sans fausses notes dans cette symphonie.
Il dressa un doigt en l’air, adopta une posture de professeur et adoucit aussitôt le ton.
— Le paysan, c’est celui qui tient le pays. Le soldat, c’est celui qui se bat pour toucher une solde. Alors, bien sûr, tu peux te payer ma tête, seulement voilà : toi, tu es désormais un soldat sans solde tandis que moi (il désigna une parcelle de pelouse cultivée) je reste un paysan avec une terre.

PariZ

novembre 04, 2019

Rodolphe Casso, Editions Critic, 2016, 464 p., 7€ epub sans DRM


Zombie or not zombie, zat is the question !

 

Présentation de l'éditeur :


Dans un Paris ravagé par l’apocalypse zombie, trois clochards tentent de survivre, tapis dans les souterrains d’une station de métro. La Goutte, vieillard alcoolique au dernier degré, a déjà un pied dans la tombe. La Gâchette, originaire du Mozambique, est un ex-enfant soldat. Quant à La Gobe, jeune teufeur frappé de débilité, il ne doit son salut qu’à Goa, son chien d’attaque et cerveau auxiliaire.
Dans les entrailles de la cité, ils rencontreront deux membres de la Restauration Française, en mission suicide pour un colonel putschiste qui a fait main basse sur l’Assemblée nationale. Si cette paire de nazillons s’imagine pouvoir sauver la ville lumière, les vagabonds poursuivent un objectif plus modeste : renflouer leur stock d’alcool.,


Mon ressenti :


Trois clodos, deux barbouzes, un clebs et des zonards affamés, voilà pour la galerie de personnages hauts en couleurs. Une histoire assez classique : l'Apocalypse zombie. Bref, rien de nouveau sous le soleil. Et 500 pages, de quoi me faire peur plus que les zombies : est ce que tout cela n'aurait pas pu tenir en 200 pages ?
Alors, pourquoi vouloir m'attaquer à ce roman ? Je voulais lire Nécropolitains, mais comme le pitch se déroulait un an après les évènements de PariZ...

Et puis, étonnamment, je me vois tourner les pages assez rapidement pour découvrir les aventures de cette bande d’hurluberlus : un jeune écervelé, littéralement, un clochard puant et un noir en proie aux démons. Au fil du récit, c'est leur histoire qui nous est contée ou comment ils sont devenus des zombies aux yeux de la société ou plutôt comment la société les a zombifié, clochardisé.

Quelques épisodes haut en couleur, comme ce festival de la chanson sur les champs Elysées qui finit par un feu d'artifice de sons et d'images, avec notre feu rocker national en guest star.
Le récit est entrecoupé des pérégrinations d'une goule à travers les rues parisiennes, ses monuments historiques noyés dans la société de consommation. Le chapitre 67 nous met clairement dans ses pensées. Brrr, effrayant. Et magnifique coup de l'auteur.
La majeure partie se passe dans le métro, loin du Paris touristique mais que tout à chacun a emprunté si il est descendu ou monté à la Capitale. L'auteur se prend parfois un peu trop comme un guide du tourisme, et se perd par courts moments dans la description des bâtiments, couloirs du métro, cassant le rythme du récit. Mais l'ambiance est bonne, le gore peu présent et les personnages gouailleurs remportent la mise, le tout sous une magnifique couverture.

Une lecture addictive, divertissante, plaisante et pleine d'humour,. que demande le peuple ?


Un entretien de l’auteur est disponibles sur Temps de livres :
Pour compléter vous pouvez toujours écouter les podcast des Chemins de la philosophie consacré à Philosophie du gore (3/4) Anthropologie du zombie
ou vous attablé autour de la grande table et vous questionner sue le Pourquoi les zombies sont-ils si populaires ?
ou encore explorer Culturesmonde et ses Variations sur le thème du futur (2/4) - Zombies, déluges, pandémies : les fins du monde


Quelques citations :


— Nous ne faisons pas partie de l’armée française, répondit Thibault avec une pointe d’orgueil. Nous appartenons à un groupe armé dissident, sous les ordres du colonel Grandchamp.
— Connais pas.
— Nous sommes les membres de la Restauration Française.
— Hein ?
— C’est le nom de notre organisation.
La Goutte se mit à ricaner.
— Restauration… Française ? reprit-il entre deux gloussements.
— C’est bien ça, répondit le lieutenant en fronçant les sourcils.
— On dirait le nom d’un self-service ! Hé, Gâchette ! L’espace d’un instant, j’ai cru que ces mecs bossaient chez Flunch !
La Gâchette sourit de toutes ses dents en dodelinant de la tête.
— Ah, ah, ah ! s’esclaffa La Goutte. Restauration Française ! J’ai jamais entendu un nom de milice aussi con !


Des affiches, La Goule ne cesse d’en croiser ; abris-bus, kiosques à journaux, bouches de métro… Un cornet de glace saupoudré d’éclat de cacahouètes, un sac à main en agneau, une bague en acier anti-allergique, Astérix et Obélix dos à dos, devant des montagnes russes : « Chez les Gaulois, on sait recevoir ! », un chameau rigolard à onze bosses aux couleurs d’une compagnie aérienne low cost : « Agadir – 39 € – Paris va être désert ! » Images et messages dont La Goule rate tout du propos. Choix des typographies, netteté des photographies, qualité des infographies, précision des détourages, pertinence des accroches… Il ignore tout de cette mutualisation de savoir-faire au service du langage universel de la publicité.
Que penseront de cette infinité d’inscriptions les archéologues du futur ou les visiteurs de l’espace ? Parviendront-ils, en découvrant cette cité de pierre de taille, de verre et d’ardoise, à déchiffrer ces runes aussi énigmatiques et omniprésentes que les hiéroglyphes des temples égyptiens ? Si d’aventure, au prix d’un opiniâtre travail scientifique, ils trouvaient la pierre de Rosette de ce patrimoine écrit, recelant les secrets d’une civilisation éteinte, ils pourraient enfin lire : « Conforama, le pays ou la vie est moins chère ». Et comprendront-ils le sens des graffitis que La Goule, sur son passage, a tout autant ignorés ? Certains, anciens, sont les signatures de vandales désireux de laisser la trace de leur passage dans l’immensité urbaine. Mais feront-ils la différence avec les autres, très récents, encore frais, qui maculent les façades de la rue du Faubourg Saint-Antoine ? « Visez la tête », « Seigneur, ayez pitié de nous »…

Il atteint l’angle de la rue des Lavandières-Sainte-Opportune et croise la boutique des frères Lissac, prospères opticiens du XXe siècle, auteurs du fameux slogan, au temps de l’occupation nazie : « Lissac n’est pas Isaac ».

Alors maintenant vous allez me dire combien vous pesez ! Vous verrez, vous me remercierez !
— Mais j’en sais rien combien je pèse, moi ! Je suis clodo, ducon ! Tu crois que je surveille ma ligne ?


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