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Rendez-vous demain

septembre 23, 2022


Christopher Priest, Denoël, 2022, 368 p., 16€ epub avec DRM

 
Le seul prestige de ce roman : me l'avoir fait lire jusqu'au bout

 

Présentation de l'éditeur : 

À la fin du XIXe siècle, le professeur Adler Beck étudie les glaciers et les changements climatiques liés à l’éruption des volcans, aux courants marins et aux cycles solaires. Après des années de recherche, il arrive à la conclusion que la planète subira un refroidissement majeur dans le courant du XXIe siècle.
Pourtant, en 2050, le climat ne cesse de se réchauffer et la montée des eaux semble inéluctable. C’est en tout cas ce que constate au quotidien Chad Ramsey, qui vient d’être évincé de son poste de profileur pour la police. Juste avant son licenciement, on lui a implanté dans le crâne un moyen de communication révolutionnaire. Il va s’en servir pour aider son jumeau, Gregory, qui cherche à en savoir plus sur un grand-oncle qui aurait fait de la prison il y a bien longtemps.
Cet ancêtre serait-il Adolf Beck, le frère jumeau d’Adler, qui aurait connu un certain succès sur les scènes d’opéra d’Amérique du Sud ? À moins qu’il ne s’agisse d’un dénommé John Smith, condamné à cinq ans de travaux forcés pour escroquerie en 1877 ? La vérité pourrait bien remettre en question les certitudes de Chad.

 

Mon ressenti : 

Un nouveau Priest débarque, je me rue de suite dessus (je l'ai lu en avril). Enfin, je regarde le prix : 16€ en epub !!! 22.50€ en papier ! Ouch, ça pique. Heureusement que les médiathèques existent et bonheur, ils ont le Priest en numérique, sinon, je ne l'aurai pas acheté. Reste la question de savoir si ce roman vaut ce prix...

Après avoir lu ce roman, je suis certain d'une chose : Christopher Priest écoute assidûment La méthode scientifique. Une bonne partie de ce que j'ai écouté se trouve dans ce livre, surtout les émissions autour de l'écologie, du changement climatique et celles de SF. Il a mélangé le tout avec ses thèmes favoris, la réalité distendue, les jumeaux. C'est ce qui m'avait fait tiquer à la lecture du résumé, l'impression d'être un concentré de Priest. Mais n'y a-t-il pas trop de Priest dans un seul texte ?

Du Priest à la sauce Méthode scientifique, cela ne pouvait que me plaire. Las, n'est pas Nicolas Martin qui veut. Ici c'est intéressant, mais qu'e st ce que c'est chiant. Il aurait dû prendre aussi la légèreté de l'équipe pour faire son livre. Alors c'est du Priest, la réalité n'est pas forcément la réalité, ca se lit rapidement, mais bon. L'auteur semble se justifier des critiques comme la mienne à la fin de son roman :

Il commença à lire Alerte !, le livre d’Adler. Il avait pour sous-titre : Un scientifique révèle la terreur à venir. Au début, il trouva son style difficile à suivre. Il était pesant, périphrastique, presque pompeux. Les paragraphes étaient longs, les phrases aussi. Le ton était un peu professoral, les rares tentatives d’humour étaient maladroites, il insistait trop sur les détails.
Le premier chapitre, très long, était une histoire de la science des glaciers depuis son origine jusqu’à l’époque où Adler écrivait, soit probablement les toutes premières années du XXe siècle : le livre avait été publié en 1905, Adler avait dû l’écrire un ou deux ans plus tôt. Les détails et les anecdotes étaient visiblement autobiographiques, mais l’usage maladroit de la troisième personne rendait la lecture peu digeste.

Alors oui, si on veut, mais ce roman est chiant à lire. Pas inintéressant, mais juste chiant. Le reproche principal fait aux jeunes auteurs est show don't tell. Voilà ce qu'a fait Priest. Le seul prestige de ce roman : me l'avoir fait lire jusqu'au bout en espérant que. Mais même pas !



Une intrigue captivante selon Le dragon galactique, un puzzle passionnant pour Le nocher des livres, une grande réussite très Priestienne selon Le Maki. Lorhkan est plus réservé : le résultat n’est pas aussi parfait qu’on aurait pu l’espérer et La navigatrice de l'imaginaire rejoint mon avis : Rendez-vous demain n’est pas un roman qui m’a transcendée ni vraiment emportée

Conséquences d'une disparition

octobre 08, 2018


Christopher Priest, Denoël Lunes d'encre, 2018, 336p., 16€ epub avec DRM


Les choses ne sont jamais ce qu’elles semblent être.


Le roman le plus simple de Christopher Priest, addictif au possible, mais aussi le plus complexe tant toutes les explorations de l'auteur se trouve ici condensé.

Présentation de l'éditeur :


2000. Ben Matson noue une relation passionnée avec Lilian Viklund. Il ne le sait pas encore mais, dans moins d’un an, la jeune femme aura disparu. Plus de vingt ans après, le décès de Kyril Tatarov, un scientifique de renom que Matson a jadis interviewé, fait la une des journaux, alors que les débris de ce qui ressemble à un avion sont retrouvés dans l’Atlantique, à une centaine de miles des côtes américaines. Ces deux événements, a priori sans rapport, replongent inexorablement Ben dans les souvenirs de son histoire avec Lil. Se pourrait-il qu’il y ait un lien entre la disparition de la jeune femme, celle de Tatarov et celle d’un avion inconnu ? Et le monde que nous connaissons serait-il en train d’en subir les conséquences ?

Mon ressenti : 

Conjecture : 
Voilà bien un auteur qui m'agace, provoque en moi une dissonance cognitive sur mon ressenti sur ses romans : j'aime,  mais je ne sais jamais si j'ai bien tout compris.

Alors, appliquons un raisonnement mathématique 


Objet A : 
Une histoire assez simple, banale : un homme, une femme, une disparition, un deuil, un mensonge (?) et une lente reconstruction. On se croirait chez Lelouch, mais Priest évite toute mièvrerie, tout sirupeux dans son histoire. Et se permet même d'y ajouter une dose de suspense : Lilian Viklund est-elle vraiment morte, ou simplement disparu ? Christopher Priest nous déroule les conséquences de cette absence sur la vie d'un homme. Comment faire son deuil, comment réussir à dépasser cette tristesse, cette colère.
Moi qui déteste les histoires d'amour dans les romans, cela est passé comme une lettre à la Poste. Le lecteur s'interroge sur les zones de floues de cette  histoire, d'autant que nous n'avons que le point de vue de Ben Matson, forcément sujet à caution et à l'interprétation qu'il se fait de leur romance. Bref, nous sommes bien dans du Priest, leur histoire est elle réelle, véridique ? Sur un fait, rien n'est jamais tout blanc, tout est question de perception. Cette réalité trompeuse est un sujet que Priest poursuit inlassablement tout au long de son oeuvre. Ici, il met en parallèle le quotidien, banal, d'un couple dont le tragique va révéler des zones d'ombres. Que sait on au final de l'autre ? L'histoire individuel, le récit de vie rejoint ici la grande Histoire, ou du moins un certain récit national.

Objet B :
Une histoire assez simple : un État, un attentat, une disparition, une guerre, un mensonge (?) et une lente reconstruction. Bref, c'est une simple histoire de gosses, tu me tapes, je te tapes et cela finit en pugilat. Mais à un niveau national, les choses se compliquent sérieusement surtout si l'un des États est le Maitre du monde.
Il me semble assez naturel que Priest s'empare du sujet des attentats du 11 septembre, tant la vision des uns et des autres sur cet événement est dissonante. Pour moi, le 11 septembre n'est pas un sujet qui me passionne, j'en ai suivi son déroulement et ses conséquences, mais sans jamais aller approfondir la chose. J'avais peur de me trouver ici dans une histoire américaine qui ne me concerne pas, ne m’intéresse guère. Et Priest m'a plongé dans cet évènement totalement, j'ai été happé par ce qu'il me racontait. Seul bémol, à un moment, en milieu de roman, j'ai eu plus l'impression d'être dans un essai que dans un roman, mais cela s'est rapidement dissipé.

Objet C :
Quelle est cette histoire qu'il nous raconte ? Est elle réelle, fiable ? Ou l'auteur s'amuse t-il à nous embobiner en conjuguant le vrai et le faux ?
Ben Matson nous relate aussi un épisode de sa vie, lorsque sa belle mère affirme des choses qui ne se sont pas passées, qui ne peuvent s'être déroulées. Est on dans une même réalité, ou une réalité alternative ? Sentiment renforcé par les intitulés des chapitres :
En ce temps-là, En ce temps-ci. D'autres éléments viennent , de ci, de là, renforcer cette impression.
En outre, même si ce roman ne se déroule pas dans son archipel du rêve, mais principalement en Écosse, les îles sont omniprésentes : En ce temps-ci se déroule dans le firth de Clyde, sur l'île de Bute; En ce temps-là sur l'île de Manhattan. De quoi avoir des doutes sur cette histoire américaine.

Théorême :
Priest fait son Priest. 


Néanmoins, le consensus demeurait autour de l’explication officielle. Ce semblait être trahir les victimes, trahir la nation, que de soulever des interrogations quant à ce que tout le monde pensait avoir vu à la télévision. Il devenait acquis que le doute était du domaine des asociaux, des groupes aux idéaux révolutionnaires, des adeptes des théories complotistes. L’explication officielle était patriotique — c’était une histoire américaine.


L'intelligence de Priest est d'avoir contourné les thèses complotistes en se plaçant dans le récit d'un homme qui a perdu sa compagne lors des attentats de 2001 , celui notamment sur le Pentagone, et cherche des explications sur cette disparition qui comporte quelques zones de floues : pourquoi son corps n'a jamais été retrouvé ? Pourquoi si peu d'images alors que c'est le bâtiment les plus surveillé ? Il ne remet jamais en question la réalité de l'évènement, le 11 septembre a bien eu lieu, mais interroge l'Histoire officielle de ces attentats. En ce sens, il se rapproche de la novella de Ken Liu, L'Homme qui mit fin à l'Histoire. En ces temps de Fake news, excusez moi, d'Infox, ce roman tombe à point nommé.
Et comme il l'écrit lui même dans sa dédicace, Conséquences d'une disparition, c'est

A story of a story - not an event

C'est un roman que je considère aussi très science-fictionel : nous sommes en plein dans la soft-Sf de psychologie sociale, avec un soupçon de hard-SF à travers les mathématiques.
L'édition française a été splendidement conçue, tant sur la couverture, que sur le titre. Seul ombre au tableau, pas de sommaire , ce qui aurait un plus pour s'y retrouver plus facilement, Priest étant un grand joueur.

J'ai gagné, de manière malhonnête, ce roman suite à un concours pour son lancement, ce qui m'a permis de le recevoir dédicacé :



"Christopher Priest signe un roman saisissant, un roman qui, non content de proposer une réflexion sociétale intelligente et inattendue, fait flirter réalité et délire d'interprétation, joue avec les niveaux de lecture et offre une perspective inédite des évènements."

 

Quelques citations :


Réinventer un événement réel dans une version romancée m’avait fait toucher du doigt l’importance de la fiction, de la narration, lorsque la vérité était trop malséante ou trop complexe, ou tout simplement une chose que l’on préférait ne pas révéler. On pouvait toujours raconter une histoire.



Les attentats de New York et de Washington avaient laissé des cicatrices, non seulement dans le tissu des bâtiments et des cités, mais aussi dans des milliers de vies. Au-delà de cela, les mensonges et omissions de certaines personnes non identifiées avaient laissé, subrepticement, occultement, indécemment, des cicatrices dans la démocratie, dans l’histoire et l’image de l’un des plus grands pays libres du monde, dans toute la société occidentale et dans le monde dans son ensemble.

La dernière raison pour laquelle je ne pouvais accepter l’idée d’un complot était la plus difficile à écarter : c’était la peur.
Pour moi, considérer qu’une quelconque officine gouvernementale américaine pût être complice de la mort de tous ces innocents impliquait d’infirmer une vie entière de postulats sur le monde dans lequel j’avais grandi.
Je présumais que, dans une société civilisée éclairée, disposant d’une presse libre et d’une justice indépendante, où les libertés individuelles étaient des droits inaliénables, où les sciences et les arts étaient fortement développés et culturellement intégrés à nos vies — en d’autres termes, dans une démocratie occidentale moderne —, les personnes que nous avions élues ne représentaient aucun danger.
Remettre en question cette présomption revenait à créer ce que les psychologues appelaient une dissonance cognitive. Ce qui signifie que, lorsque les cognitions commencent à faillir, lorsque nous voyons soudain le monde différemment, nous perdons notre impression de sécurité.
Nous supposons que le gouvernement est généralement de notre côté, même si nous n’avons pas voté pour le parti ou le président au pouvoir. Nous continuons de le supposer même si nous ne sommes pas d’accord avec leur politique. Si l’on perd cette confiance, naissent la peur et l’anxiété, et nos défenses entrent en scène.
La seule défense dont je disposais personnellement contre ce genre d’anxiété était le déni. Je ne pouvais pas en supporter plus. J’avais déjà perdu Lil, ce qui était bien assez. Ajouter à cette perte intime la prise de conscience qu’elle pouvait être morte par la faute du gouvernement américain eût été intolérable.


L'inclinaison

février 09, 2017

Christopher Priest, Denoël Lunes d'encre, 2016, 400 p., 17€ epub avec DRM



Ou comment je me suis laissé porter par la mélodie.



Présentation de l'éditeur :


Compositeur de musique renommé, Alesandro Sussken est né dans un pays en guerre, clos, dirigé par une impitoyable junte militaire. Parti au front, son frère Jacj n'est jamais revenu. Un jour, on propose à Alesandro une tournée de neuf semaines dans certaines îles de l'Archipel du Rêve, dont la volcanique Temmil, sur laquelle vit And Ante, un guitariste de rock qu'Alesandro considère comme un plagiaire éhonté.
Cette tournée, aux distorsions temporelles incompréhensibles, va changer la vie d'Alesandro d'une façon inattendue. Il va tout perdre : sa femme, ses parents, sa liberté. Pour comprendre sa descente aux enfers, il n'aura pas d'autre solution que de retourner dans cet Archipel du Rêve, aussi séduisant que dangereux...

Mon ressenti :


J'ai attendu quelques temps avant de me plonger dans cette dernière livraison de l'auteur. A cela, plusieurs raisons : les thématiques dévoilées par le résumé avaient, à mon avis, un goût de littérature blanche; j'avais moyennement apprécier son dernier roman, L'adjacent; et un prix déraisonnable doublé de DRM.
Mais comment raisonnablement faire l'impasse sur un roman de Monsieur "J’avais atteint l’âge de mille kilomètres."

La Machine à explorer l'espace

mai 11, 2016

Christopher Priest, Folio SF, 1976, 448 p., 9€ papier


Le jeune Edward Turnbull, représentant de commerce débutant, fait par hasard la connaissance de la douce Amelia Fitzgibbon. Celle-ci se révèle être l'assistante de Sir William Reynolds, inventeur aussi génial que versatile. Ainsi, à peine celui-ci a-t-il commencé à travailler sur un appareil volant plus lourd que l'air qu'il abandonne ce projet pour un autre encore plus fou : construire une machine à explorer le temps. Devant l'incrédulité d'Edward, Amelia lui propose d'essayer cette merveille. Mais rien ne va se passer comme prévu et les deux jeunes gens vont se retrouver propulsés dans une aventure interplanétaire hors du commun.

Ce roman était mon dernier « inédit » de l'oeuvre de Christopher Priest.

Le prestige

mai 11, 2016

Christopher Priest, Folio SF, 2006, 512 p., 10€ papier

Alfred Borden et Rupert Angier, deux prestidigitateurs hors du commun, s'affrontent dans un duel sans merci.

Trois générations plus tard, au cours d'une enquête sur une secte, le journaliste Andrew Wesley fait la connaissance de Kate Angier. Elle lui révèle qu'il s'appelle en fait Andrew Borden, et qu'une guerre oppose leurs deux familles depuis la fin du XIXe siècle. Quand Andrew découvre le rôle exact joué par le scientifique Tesla dans toute cette affaire, sa vie en est bouleversée à jamais...

 

 

 

L'été de l'infini

mai 11, 2016

Christopher Priest, Le Bélial, 2015, 516 p., 12€ epub sans DRM


L’Été de l’infini réunit les meilleures nouvelles de Christopher Priest publiées sur cinquante années de carrière, soit douze textes, dont quatre inédits. Un long entretien, le témoignage de l’aventure que fut l’adaptation du Prestige au cinéma, ainsi qu’une bibliographie exhaustive, complètent un ensemble indispensable à l’appréhension d’un auteur dont Xavier Mauméjean affirme, dans son introduction au présent ouvrage : « [qu’il] est un écrivain de sciencefiction et se revendique comme tel. Pourtant, avec d’autres auteurs d’égale envergure, tel Philip K. Dick, Thomas M. Disch, J. G. Ballard ou Frederik Pohl, il pousse le genre à son extrême limite, l’oblige à se dépasser en explorant la réalité, à affronter ce qui se tient hors de portée du vrai. La vérité n’est qu’une possibilité du réel, en aucun cas sa mesure... »




L'adjacent

mai 03, 2016

Christopher Priest, Lunes d'encre, 2015, 560 p., 25€ papier




En Anatolie, l'infirmière Melanie Tarent a été victime d'un attentat singulier : totalement annihilée, elle n'a laissé au sol, comme seul vestige de son existence, qu'un impossible cratère noir et triangulaire. De retour en République Islamique de Grande-Bretagne, son mari, le photographe free-lance Tibor Tarent, apprend qu'un attentat a eu lieu le 10 mai à Londres, qu'il a fait cent mille morts, peut-être le double. Là aussi, la vaste zone touchée était inscrite dans un triangle parfait. Alors qu'il est emmené dans une base secrète afin d'être interrogé sur ce qu'il a observé en Anatolie (globalement rien, en dehors de l'étrange point d'impact), Tibor entend parler pour la première fois du phénomène d'adjacence. Mais à bien y réfléchir, est-ce vraiment la première fois ?
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