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L’Interdépendance : L’Effondrement de l’empire

mai 17, 2021

John Scalzi, L'atalante, 2019, 336 p., 10€ epub sans DRM


Traité économique de spécialisation à la sauce scalzienne


Présentation de l'éditeur : 

L’Interdépendance : un empire de quarante-huit systèmes stellaires presque tous inhospitaliers, où l’humanité s’est implantée et dont la survie repose sur une étroite collaboration.
L’Interdépendance : un millénaire de règne des grandes familles marchandes, dont la première occupe le trône de l’emperox.
L’Interdépendance : le réseau des courants du Flux, seul moyen de voyager plus vite que la lumière, unique lien des mondes de l’empire entre eux.
Le Flux est éternel mais il n’est pas statique. S’il se déplaçait, réduisant les colonies à l’isolement, l’humanité serait au bord du gouffre.
Un jeune scientifique, une commandante de vaisseau spatial et la toute nouvelle emperox devront affronter la catastrophe annoncée.


Mon ressenti :

Scalzi est un auteur que j'apprécie particulièrement, du divertissement avec toujours un sous texte intelligent. J'ai attendu la fin de la série pour m'y plonger et enchaîner les romans de ce cycle. Mais au final, je n'ai guère envie de continuer l'aventure.

L'interdépendance, c'est diverses colonies spatiales reliées entre elles par un flux quasi magique. On ne sait pas trop c'est quoi mais il est là et c'est bien pratique pour commercer en mode libre échange. Chaque planète est spécialisée dans une matière première. Si l'une se casse la gueule, c'est la chute des dominos.
Scalzi tisse sa toile politique et commercial sur fond de terrorisme, toujours avec humour, humour parfois plus subtil que dans d'autres textes de l'auteur.
Par contre j'ai eu énormément de mal à rentrer dans l'histoire.. j'ai abandonné deux fois avant de parvenir à le lire. Une fois les bases posées, c'est un bon page turner, ça se lit tout seul, mais la fin a renoué avec une légère indifférence de ma part. 
Au final, j'ai trouvé le fond intéressant (Économie, la guerre et sa rentabilité, les réfugiés...), mais l'intrigue est trop caricaturale, trop simpliste, trop tirée par les cheveux. 

Assez étrange, mais j'y ai vu aussi une allégorie climatique. Le flux étant le symbole des courants marins, comme le Gulf Stream, et de leurs dérèglements via le réchauffement climatique. Et comme s'emparer du problème poserait plus de problèmes politiques et surtout économiques, on préfère la politique de l'autruche....


Pour aller plus loin, je te conseille d'écouter le podcast que C'est plus que de la SF a consacré à l'auteur, même si il parle d'un autre de ses cycles : Le Vieil Homme et la Guerre - Mikael Cabon & Philippe Spiteri


Vers les étoiles

décembre 14, 2020

Mary Robinette Kowal, Denoël Lunes d'encre, 2020, 560 p., 17€ epub avec DRM

 

Prix Hugo, Prix Locus, Prix Nebula, Prix Sidewise,
De quoi te mettre des étoiles pleins les yeux,
d'ici quelques tomes...


Présentation de l'éditeur :

1952. Une météorite s’écrase au large de Washington, dévastant une grande partie de la côte Est des États-Unis et tuant la plupart des habitants dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres. Par chance, Elma York et son mari, Nathaniel, en congé dans les Poconos, échappent au cataclysme et parviennent à rejoindre une base militaire.
Elma, génie mathématique et pilote pendant la Seconde Guerre mondiale, et Nathaniel, ingénieur spatial, tentent de convaincre les militaires que la météorite n’a pu être dirigée par les Russes. Mais, ce faisant, ils découvrent que la catastrophe va dérégler le climat de manière irréversible et entraîner, à terme, l’extinction de l’humanité.
Seule issue : l’espace. Une coalition internationale lance un programme spatial de grande envergure… inaccessible aux femmes. Elma compte pourtant bien y prendre part et devenir la première Lady Astronaute.


Mon ressenti :

Cela commence sur les chapeaux de roues, alors qu'un couple s'ébat dans une résidence secondaire, une météorite s'écrase non loin de là, ravageant une partie des États Unis. On suit notre couple de scientifiques qui a la catastrophe aux fesses.
Et là, c'est le drame. A vouloir précipiter les événements, il arrive la mésaventure des coureurs de fond partis comme une fusée, le souffle devient court après quelques centaines de mètres, on fait du sur place.

Mais que c'est long ! Je venais de terminer le Bifrost consacré à Shirley Jackson, et j'ai eu l'impression de lire le même genre, de la domestic fiction. Même si son mari est sympathique, il reste un homme des années 50, très peu pour lui le ménage, la cuisine et la paperasse, c'est le rôle de Madame. Et Madame est épuisée, alors elle oublie de payer la facture d'électricité. Mais son mari est compréhensif, il ne lui jettera pas l'opprobre. Bref, une femme d'intérieure épuisée.



Par contre, elle trouve un peu de reconnaissance dans son boulot de calculatrice, même si il faut parfois se payer quelques mains aux fesses. Mais là aussi, son mari veille au grain et comme il est un de pontes de cette pseudo NASA, gare aux mains baladeuses. Le problème principal d'Elma, c'est le public et le stress, elle aime pas cela Elma, un peu du style agoraphobe (ou autisme de haut niveau ?). Alors elle vomit. Beaucoup, souvent. Pas glop, mais son mari est compréhensif, ou plutôt aveugle sur ce coup là, car malgré des années de vie commune, il ne connaissait pas son point faible.



Donc entre les factures et les vomis, cela n'avance pas, les étoiles sont toujours aussi loin dans le ciel, la catastrophe météoritique passe à l'arrière plan. Le fond est plutôt pas mal dans cette uchronie, l'ambiance, le style, on y parle racisme, égalité des sexes et on se doute que tout cela va changer avec le temps. Mais les étoiles restent toujours aussi haut dans le ciel, et moi je n'arrête pas de me dire : envole toi, Elma, envole moi !





En fait, c'est une uchronie très ancrée dans notre réalité, je pense connaitre comment tout cela va se dérouler, d'autant que j'avais déjà regardé la série For all mankind qui parlait à peu près du même sujet, avec aussi parfois les mêmes écueils, trop ancré sur les personnages, pas assez dans l'espace. Arrivé à la moitié, et au vue des 2 tomes supplémentaires parus en langue original (merci pour l'info Mr Denoël !) et les autres nouvelles dans le même univers, je me dis que le chemin va être décidément très long vers les étoiles et préfère arrêter là mon désintérêt croissant.
Moi, ce que je voulais, c'était être un peu plus près des étoiles...




 

Si comme moi tu n'aimes pas les trucs à rallonge, écoute plutôt la méthode scientifique sur les Mercury 7 qui te donnera en outre plein de références notamment sur le groupe Mercury 13 qui rassemblaient des pilotes femmes, autrement appelé First Lady Astronaut Trainees (FLAT) (doc sur Netflix).
Emission qui te donnera aussi une furieuse envie de t'abonner à Disney + !!!

Mercury Seven : le club des 7

La Méthode scientifique du 01 décembre 2020
https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/la-methode-scientifique-emission-du-mardi-01-decembre-2020

Si vous n’avez pas rêvé devant "L'étoffe des héros", le film de Philipp Kaufmann sorti en 1983, adapté du roman de Tom Wolfe, peut-être vous laisserez vous emporter par la série homonyme, diffusée actuellement sur Disney et qui raconte elle aussi ce destin hors du commun de sept hommes, recrutés pour propulser les Etats-Unis en tête de la course à l’espace contre la Russie. Une aventure « bigger than life », dont les américains ont le secret, et qui nous replonge dans les tout débuts de la conquête spatiale, sous le feu des projecteurs, lorsque chaque lancement était une prise de risque inouïe, et où tout reposait sur les épaules de ces hommes qui jouaient leur vie, en direct, devant les caméras.
Mercury Seven : le club des 7. C’est le programme casse-cou qui est le nôtre pour l'heure qui vient. Bienvenue dans La Méthode scientifique.

 

Hier, les oiseaux

juin 11, 2019

Kate Wilhelm, Denoël, 1977, Livre de poche, 2018, 318 p., 8€ epub avec DRM


Si tu en as marre de te faire réveiller à l'aube par le bruit infernal des piafs, ce roman est pour toi.

Présentation de l'éditeur :


La planète est exsangue, ravagée par la pollution, la guerre, la maladie. Les Sumner, de riches propriétaires terriens, pressentent que l’effondrement du monde est proche. Ils décident de construire à Bear Creek, dans leur domaine de Virginie, un centre de recherches scientifiques et d’y organiser la vie en autarcie. Après le cataclysme, les hommes et les femmes se révèlent stériles et disparaissent en quasi-totalité. Créer des bébés par clonage semble pallier la reproduction sexuée. Mais, au fil des générations, les clones sont-ils encore des humains  ? Le retour inflexible de la Nature va-t-il obliger une microsociété à bout de ressources à franchir les frontières pour explorer le monde  ?


Mon ressenti :


Un roman post apocalyptique où l'humanité disparait suite à la pollution de l'environnement, il en sort 10 par mois désormais. Hier, les oiseaux a cependant été écrit en 1977, on peut donc parler de roman novateur pour l'époque.

Le principal défaut de ce roman vient de l'optique prise par l'autrice qui a préféré se focalisé sur l'humain (et ses clones) plutôt que sur la plausibilité scientifique. Les causes ayant amené à la pollution et a la disparition quasi complète de l'humanité sont envoyés en deux lignes. Le worldbuilding est donc assez bancal. En outre, les progrès réalisés depuis autour du clonage datent clairement le livre dans son époque, mais les questions éthiques soulevées restent intéressantes.

Une fois ceci accepté, que reste t il ? L'intérêt à mon sens est que ce post apo revisite le genre en nous proposant une post humanité différente à partir du clonage de l'humain. Elle nous propose une confrontation entre humains et clones, ce qui les différencient ou les lient. Une nouvelle civilisation nait, sur les ruines de la précédente. Qu'est ce qui fait civilisation, c'est la vaste question de ce roman. Lorsque l'individu est interchangeable, lorsque chaque individu est assigné à un rôle, à une fonction, lorsque l'on fonde une société sur l'instant, en oubliant le passé et la projection vers l'avenir, que reste t-il de l'humanité ?
Découpé en trois parties qui abordent l'éthique autour de la science, l'écologie, la sexualité, les normes sociales et l'individu face au groupe, la trame se déroulent sur quelques décennies pour explorer l'évolution de cette société nouvelle.
Centré sur la communauté autarcique, au plus près des individus, ce roman permet un questionnement toujours pertinent sur les questions sociétales et écologiques
Le genre de livres qui donnent peu d'inspirations aux graphistes, si ce n'est pour faire des couvertures hideuses.


Lekarr a apprécié la plume de l'autrice et la délicatesse de sa réflexion sur le devenir de l'homme.
Shaya a trouvé le roman
bien agréable à lire


Prix Hugo 1977
Prix Locus 1977

Récapitulatif

Le Dragon Griaule

octobre 29, 2018

Lucius Shepard, 2011, Le Bélial, 480p., 11€ epub sans DRM


Une colline reculée avec quelques villages de-ci, de-là, un dragon échoué là, allez savoir pourquoi. Terrassé pas un charme, mais toujours l'esprit vivant, le dragon Griaule hante les habitants.
Et moi, simple blogueur, je dois désormais chanter ses louanges.

Présentation de l'éditeur :

En 1853, dans un lointain pays du Sud, en un monde séparé du nôtre par la plus infime marge de possibilité, la vallée de Carbonales, une région fertile entourant la cité de Teocinte et réputée pour sa production d’argent, d’acajou et d’indigo, était placé sous la domination d’un dragon nommé Griaule. Il y avait d’autres dragons en ce temps-là, vivant pour la plupart sur des îlots rocheux à l’ouest de la Patagonie — de minuscules créatures irascibles, dont la plus grande avait à peine la taille d’une alouette. Mais Griaule était l’une des Bêtes géantes qui avaient régné sur un âge antique. Au fil des siècles, il avait grandi jusqu’à mesurer sept cent cinquante pieds au garrot et plus de six mille pieds de la queue au museau…
 

Mon ressenti :


Quelques lieux, en France ou dans le monde, sont rattachés à une légende autour d'un dragon : le puits du dragon de Cordes-sur-ciel; la Fosse au Dragon, à Mézières; le lac de Sameura au Japon; ou encore le Rio Sao Francisco au Brésil, photographié vu du ciel par notre astronaute national. Ces contes locaux enjolivent la réalité historique, nous savons tous que les dragons n'existent pas, n'ont jamais existé. Tous sauf un, dont Lucius Shepard va nous narrer quelques épisodes. Ce dragon véritable est située dans une réalité parallèle à la notre, dans une Amérique du Sud. Il se nomme Griaule. Voici son histoire.


Sous forme de nouvelles et de novellas, l’influence maléfique du dragon Griaule nous est conté durant ces deux derniers siècles. La force de ce recueil de fantaisie est de ne pas offrir la sempiternelle histoire de dragon, mais d'emprunter le chemin des légendes anciennes. Y a toujours il réellement un dragon ou n'est ce que la forme de la montagne qui a nommé le lieu, une lointaine rumeur ridicule ? Pas de chevaliers, de trésors, de combats épiques. Juste la réalité. Jouant sur différents genres, du roman noir à l'enquête judiciaire, du conte à la réalité la plus sordide, chaque texte apporte un éclairage différent sur la banalité du mal. Car Griaule est mauvais, foncièrement. Et de son aura maléfique, il influence l'humanité, son jouet. Ou bien est-ce les hommes qui se cherchent une excuse face à leurs bassesses ?

Le style de l'auteur est tout en poésie, mais qui se permet des notes de familiarité, de crudité. L'écriture toute en finesse qui m'avait déjà plu dans Les attracteurs de Rose Street est ici toujours présente. Dans la novella, nous avions quelques éléments politiques, ce recueil enfonce le clou. L'auteur était un bourlingueur qui s'est un peu attardé en Amérique du Sud, ce qu'il y a vu, le totalitarisme, les juntes militaires, le pouvoir, les relations riches/pauvres, les relations Amérique du Nord / Sud, transparaissent dans les textes, dont le dernier, Le crane, éminemment politique et sûrement biographique.

Dans sa postface, Lucius Shepard s'attarde un peu et avec beaucoup d'humour et de recul sur les origines de l'univers du dragon Griaule :

J'ignore pour quelle raison je n'ai cessé par la suite de revenir à Griaule. En règle générale, je déteste de tout mon cœur les elfes, les sorciers, les changelins et les dragons. Peut-être est-ce parce que j'ai vu un jour une liste de dragons de fiction classés par ordre de taille, avec le mien en tête de liste. Ça m'a donné l'idée de booster ma carrière en me consacrant à toutes sortes de créatures énormes. Une taupe gigantesque, un puceron gros comme une planète, un mouton gargantuesque, et cætera. Fort heureusement, je n'ai jamais exploité cette idée.


Un gros fil de discussion sur le recueil est disponible sur le forum du Bélial, l'occasion d'en apprendre aussi sur le travail de traduction de Jean-Daniel Brèque (ainsi qu’une discussion houleuse sur ce que doit ou pas être une critique sur un blog ! p.22)
Ce fil m'a permis de répondre à une interrogation que j'avais : Pourquoi le nom Griaule ?

Comme il l'a reconnu lors de l'entretien qui sera diffusé dans l'émission "Mauvais genres", Lucius s'est inspiré pour le nom de son dragon de celui de l'ethnologue français Marcel Griaule -- tout simplement parce que ça sonnait bien.
Jean-Daniel Brèque

Ce recueil ce clôt sur une petite postface en forme de notes sur chaque texte, de quoi comparé son ressenti à celui de l'auteur. Une impressionnante bibliographie termine l'ensemble.


D'autres avant moi se sont laissés influencés par le dragon Griaule
Lucius Shepard tisse un univers plein de noirceurs assez fascinant, et il a une sacrée plume pour mettre tout cela en forme (Vert)
Lorhkan se lance dans la dissection du dragon
En vrai super-héros qui ne s'en laisse pas compter, Xapur n'a pas succombé à l’influence subtile et perverse du Dragon Griaule !
Le mot de la fin à Baroona, qui influence depuis sa lecture tous les blogs de ses commentaires pour nous inciter à lire ce recueil, et qui me vole ma conclusion :

Au final, malgré des textes qui ne m'ont pas tous complètement emballés, Le Dragon Griaule est un recueil exceptionnel, pour au moins trois raisons. Tout d'abord, l'univers créé autour du dragon est inédit et superbement bien décrit. Dans cette continuité, il faut saluer la plume de Lucius Shepard : les descriptions sont magistrales et le texte est aiguisé. Mais surtout il sait terminer ses histoires. Même sans chute étonnante, chaque page finale est ciselée pour finir en toute beauté. Enfin, et peut-être même surtout, Le Dragon Griaule offre de nombreux moments réflexions, avec le libre-arbitre et la question des influences au coeur de tout. Mais peut-être est-ce Griaule qui influence ces mots pour vous inciter à le lire, qui sait ?

Ce recueil a reçu le prix Imaginales de la meilleure nouvelle en 2012

Petit tour d'horizon des textes
L’Homme qui peignit le Dragon Griaule
Une courte nouvelle dont le titre résume parfaitement le propos. Premier texte de cet univers, je pensais y trouver un texte bluffant, ce qui n'a pas été le cas. Juste un récit plaisant. Une mise en bouche pour connaitre un peu mieux la légende et le paysage où dort le dragon. C'est aussi l'un des textes politiques du recueil.

La Fille du chasseur d’écailles
Après avoir parcouru les environs géographiques du dragon, une petite incursion dans ses entrailles est nécessaire. Une expédition assez cauchemardesque qui m'a fait penser à certaines chimères du film Annihilation avec cette symbiose organique et végétale.
Prix Locus, novella / Court roman, 1989

Le Père des pierres
Un culte voué à la grandeur de Griaule, teinté d'occultisme, de magie noire et de luxure. Le prêtre est tué par le père d'une de ses ouailles. A t-il agit par vengeance ou sur la volonté de Griaule ? Nous suivons les pas d'un avocat aux dents jadis longues et qui se fait une raison sur comment fonctionne la société. Les pauvres restent pauvres les riches restent riches. Une enquête judiciaire en forme de lutte des classes.
Prix Locus, novella / Court roman, 1990

La Maison du menteur
Petit cour de biologie ici : comment naissent les enfants dragons ? De bien belle manière en tout cas. L'occasion d'en découvrir un peu plus aussi sur l'Amour chez les dragons.

L’Ecaille de Taborin
Les dragons controlent-ils l'espace temps ? Un texte qui permet d'en apprendre beaucoup sur la mythologie de notre dragon.

Le Crâne
Alors que les autres textes nous contaient des temps anciens, Le crâne nous transporte aujourd'hui au Temalagua (toute ressemblance avec des pays existants ou ayant existé....) Le texte le plus politique du recueil, le plus dur, le plus cynique, mais aussi l'un des meilleurs pour moi. Une sorte de conclusion de tous les sujets que l'auteur voulait parlé à travers son dragon : origine du mal, junte militaire et libre arbitre. Bien que très ancré dans la réalité, le récit n'oublie pas cependant que cela reste une histoire.



Quelques citations :


Au large de la pointe, la mer était une plaine couleur de jade parsemée de gerbes d'écume, dont la beauté semblait souligner l'élégance des résidences les plus cossues ; de l'autre côté, les récifs qui envoyaient des brisants sur les plages d'Almintra étaient souillés d'algues, d'immondices et de bois flotté. Il songea que les habitants du quartier, à la réputation naguère flatteuse, devaient avoir le cœur serré par ce panorama respirant la beauté et l'opulence qui contrastait si vivement avec leur quotidien, qui voyait les rats grouiller dans les tas de légumes pourris, les crabes-fantômes trottiner sur le pavé crasseux, les mendiants hanter les rues et les maisons pourrir lentement.
Le Père des pierres

Durant les neuf ans qui avaient suivi l'obtention de son diplôme, il s'était voué corps et âme à son travail, parvenant à un certain degré de réussite mais sans jamais dépasser le niveau d'un fils de paysan ayant accédé à la classe supérieure ; des avocats moins doués que lui avaient connu une réussite plus éclatante que la sienne, et il avait fini par comprendre ce qu'il aurait dû savoir dès le début : la loi écrite est subordonnée à la loi tacite des liens du sang et de la position sociale.
Le Père des pierres

Il lui confia qu'il aimait s'asseoir la nuit venue en haut d'une colline, pour contempler Port-Chantay en contrebas et rêver qu'il posséderait un jour une de ses belles demeures.
« Et aujourd'hui, votre rêve s'est réalisé, dit-elle.
— Eh non. Il y a une loi qui l'interdit. Les belles demeures appartiennent à ceux qui jouissent d'un certain statut social et qui ont l'histoire de leur côté. Il existe des lois contre les gens de mon espèce, des lois qui les maintiennent à leur place.
Le Père des pierres

Notre législation repose sur un code moral qui découle à son tour de la foi religieuse. Ne touche-t-on pas à la métaphysique ? La métaphysique transformée en loi au moyen d'un consensus moral, celui qui régit notre société du fait de la religion qui lui dicte sa notion du bien et des limites du comportement de chacun. Ce que je veux démontrer ici, c'est qu'il existe un consensus portant sur l'influence de Griaule. Si j'allais interroger les gens dans la rue, je n'en trouverais aucun qui ne croie pas en Griaule d'une façon ou d'une autre. La croyance en Dieu ne bénéficie même pas d'une telle unanimité.
Le Père des pierres

Il n'existait rien de sûr, aucune voie sans danger, aucune certitude morale. Tu fais ce que tu peux, pour toi et pour tes proches, en espérant que cela suffira à préserver ton âme. Sinon… eh bien, à quoi bon se tourmenter ? Pourquoi te soucier de ta culpabilité dans ce monde où nous sommes tous coupables ?
Le Père des pierres

Pour lui, l'élément le plus mémorable de la scène n'était pas Griaule mais la route qui venait des faubourgs de la ville. Bien que la majorité des morts aient été incinérés par la flamme magique du dragon et réduits en petits tas de cendres, ladite flamme avait du perdre de sa puissance sur la fin, car plusieurs milliers de cadavres calcinés décoraient la colline, identiques à ce qu'ils étaient de leur vivant mais si noirs et si fragiles que la simple pression d'un doigt suffisait à les pulvériser. Ce n'étaient que des statues de poussière dont l'intégrité reposait sur la seule habitude, mais qui paraissaient pourtant solides, une complexe tapisserie de formes humaines que l'on eût pu considérer comme le chef-d'œuvre d'un artiste de l'apocalypse.
L’Ecaille de Taborin

- Yara. » Le gamin sortit un tube de colle de sa poche et en versa quelques gouttes dans son sac.
« Pardon ? dit Snow.
- Elle s’appelle Yara. Elle est folle.
- En quoi ça la distingue de tous les autres ? »
Snow songea qu’il allait devoir expliquer sa conception du genre humain, à savoir que nous ne sommes tous qu’une collection de pulsions aléatoires contenues par le maillage des contraintes sociétales, mais le gamin semblait savoir cela d’une façon innée, car, sans qu’une clarification fût nécessaire, il précisa : « Yara n’est pas folle comme un singe. Elle est folle comme un serpent. » Il fit mine de plonger la tête dans son sac saturé de vapeurs mais se ravisa et le tendit à Snow, qui, ému par cette soudaine démonstration de politesse, s’empressa de l’accepter.
Le Crâne

Pendant la première année de son séjour au Temalagua, il travaillait comme correspondant d'une ONG bidon du nom d'Aurora House : on lui demandait de rédiger d'une écriture enfantine des lettres écrites dans un anglais approximatif et censées témoigner de la reconnaissance des enfants à demi illettrés dont Aurora House finançait l'éducation. Ces lettres étaient envoyées à des Américains crédules qui versaient vingt dollars par mois pour venir en aide à une Pilar, un Esteban ou une Marisol méritants. Il y ajoutait des formulaires de versement et des photos volées montrant des enfants en uniforme scolaire, heureux et épanouis, preuves irréfutables des effets de la charité sur les bambins victimes de malnutrition dont les images étaient jointes aux précédents envois. Au risque d'insister, précisons qu'aucun enfant du Temalagua, qu'il ait figuré ou non sur ces photos, ne reçut un seul centime d'Aurora House.
Le Crâne

De toutes les choses que j’avais vues, le crâne était la première qui parût en mesure d’ébranler ma vision du monde. Sa taille et son apparence incroyable, les décorations barbares dont l’homme et la nature l’avaient orné au fil des siècles, ces graffiti de mousse et de lichen, ces enluminures de jade laiteux et d’onyx noir, ces crocs gainés de vert-de-gris, cette gueule recouverte d’arabesques fanées, appliquées par quelque tribu disparue depuis des lustres, tout cela éclairé par la lueur mouvante des torches… à un instant donné, je croyais découvrir le visage grotesque d’un clown, un gigantesque masque de mardi gras en papier mâché, l’instant d’après je frémissais de terreur, persuadé qu’il allait s’animer et hurler.
Le Crâne

Redshirts - Au mépris du danger

avril 17, 2018



John Scalzi, L'Atalante, 2013, 336 p., 10€ epub sans DRM




Et on rigole, et on s’amuse !

Des morts à foison, une boite mystérieuse, un lieutenant poisseux, une machine à café bien utile, il s'en passe des événements étranges sur l'Intrépide. Au mépris du danger, la nouvelle cargaison de chair fraiche a bien l'intention de changer les choses.

Présentation de l'éditeur :  


Années 2460. Lʼenseigne Andrew Dahl vient dʼêtre affecté à bord de lʼIntrépide, le prestigieux vaisseau amiral de lʼUnion universelle. Génial ! Pas tout à fait. Les jeunes recrues de lʼéquipage ne tardent pas à sʼen apercevoir, les sans-grade comme eux ont une fâcheuse propension à trouver une mort spectaculaire au cours des missions dʼexploration alors que leurs supérieurs – le commandant, le premier officier scientifique et lʼhéroïque lieutenant Kerensky – sʼen tirent toujours à bon compte. Il faut bien lʼadmettre : les « redshirts » sont éminemment périssables. Compris. Sʼils tiennent à survivre en dépit de la couleur de leur tenue, Andrew et ses compagnons sont condamnés à résoudre le mystère et à trouver une parade.


Mon ressenti :


Bienvenu à bord de L'Intrépide, le vaisseau phare de la Flotte de l'Union universelle, celui qui exécute "avec brio" le plus de missions diplomatiques, militaires et de recherche délicates.
Celui aussi où les pertes en personnel sont les plus fortes et les plus étranges : mort par requin de glace, par vers géants de Borgovie, par désintégration, ... Un vaisseau où les membres de l'équipe vont tous chercher du café à l'approche de leur état major, un vaisseau dont les scientifiques utilisent une "boîte magique qui [leur] sert pour tout ce qui est impossible". J'ai beaucoup apprécier le concept de cette boite. Sans parler de Kerensky qui " Au cours des trente-six derniers mois, Kerensky s’est fait tirer dessus à trois reprises, il a attrapé quatre maladies mortelles, il s’est fait ensevelir sous un éboulis, blesser dans un crash de navette, brûler au visage dans l’explosion de son panneau de commandes sur la passerelle, il a subi un accident de décompression, un accès d’instabilité mentale, la morsure de deux animaux venimeux et il s’est vu arracher le contrôle de son organisme par un parasite extraterrestre. Tout cela avant ses récents déboires avec bactéries et robots."
Comme le dit l'auteur, "Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce vaisseau"
L'équipe de chair à canon bien fraiche qui arrive va tenter de comprendre cette épidémie de bleusaille. Et découvrir une réalité peu reluisante.

Pour tous ceux à cheval sur la véracité scientifique, changez de trottoir, de rue et de ville et passez votre chemin. Scalzi s'en moque et va jusque dans la caricature. Pour preuve cet extrait "Le prix d’un hyper [appel téléphonique] de cinq minutes représentait une semaine de solde. Dahl ne s’en étonna pas : il fallait une quantité considérable d’énergie pour ouvrir un tunnel dans l’espace-temps et connecter en temps réel deux terminaux séparés de plusieurs années-lumière. Or l’énergie n’était pas donnée." Mais toutes ces invraisemblances sont au service du récit.

Un humour léger, parfois moins, mais qui m'a fait rire ou sourire
— Pour ça, je te devrai une pipe, dit Duvall.
— Hein ? s’écria Dahl.
— Hein ? répéta Hester.
— Pardon, dit Duvall. Dans les forces terrestres, quand quelqu’un te rend service, tu lui dois une faveur sexuelle. Pour un petit service, c’est une branlette. Moyen service : une pipe. Grand service : la totale. J’ai dit ça par habitude. Ce n’est qu’une expression.
— Compris, fit Dahl.
— Pas de fellation en vue, précisa Duvall. Que ce soit bien clair !
— C’est l’intention qui compte, la rassura Dahl avant de se tourner vers Hester. Et toi ? Tu veux me devoir une gâterie, toi aussi ?
— Laisse-moi y réfléchir.
— Moi aussi, je me ferais bien sucer ! s’exclama Kerensky en arrivant enfin d’un pas incertain.
— Bon, d’accord, dit Hester. Je t’en devrai une.

Arrivé à mi parcours, Scalzi nous délivre le secret de ce vaisseau. A temps, car les péripéties de nos comparses, aussi cocasses fussent-elles, auraient pu commencer à faire tourner en rond le lecteur. Le livre prend une route que je n'avais pas vu venir, lui donnant une réflexion que tout à chacun s'est posé une fois au moins dans sa vie.
Le roman se termine par trois Codas permettant d'explorer l'effet "miroir" (difficile d'en dire plus sans dévoiler l'intrigue). Bien que permettant d'aborder finement la psychologie des personnages, j'ai eu du mal à me départir d'un  : "mais pourquoi ne pas l'avoir intégré à la trame principale ?" A partir de là, je me demandais si l'auteur a voulu par ce subterfuge masquer une construction bancale de son récit. Mais même à cette critique, le roman donne une réponse : cela reste l'un des mystères de la création !

De tous les Scalzi lus, c'est aussi dans une veine humoristique et ironique, mais je n'ai pas retrouvé le sérieux qui suintez en filigrane de ses autres écrits. Malgré sa brièveté, j'ai parfois trouvé le temps long.
A lire comme un divertissement assumé et assuré, un roman qui fera sourire les fans des séries Star Strek ou SG-1 ou autres séries SF, pour peu qu'ils aiment le second, troisième et zéro degré.

Ce roman a reçu les prix Hugo et Locus en 2013
(Il ne devait pas avoir beaucoup de concurrents cette année !)

Baroona a trouvé le tout très fun, et Alias a eu l’impression que ça tirait sur la corde




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